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Nucléaire iranien : l’AIEA veut une « clarification »

Experts et diplomates jugent peu probable la conclusion d'un accord en l'espace de six mois

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, à Koweit city le 1er décembre 2013 (Crédit : AFP/Archives Yasser al-Zayyat)
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, à Koweit city le 1er décembre 2013 (Crédit : AFP/Archives Yasser al-Zayyat)

Le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Yukiya Amano, a exhorté l’Iran lundi à répondre à toutes les inquiétudes occidentales sur un possible volet militaire de son programme nucléaire.

Les premières mesures adoptées par l’Iran « représentent une étape positive, mais il reste beaucoup à faire afin de résoudre toutes les questions en suspens », a déclaré le directeur général de l’agence lors du conseil des gouverneurs, réuni à huis clos jusqu’à vendredi à Vienne.

Le Japonais juge « essentielle » une « clarification de toutes les questions relatives à une possible dimension militaire, et l’application par l’Iran du protocole additionnel », permettant notamment des inspections plus fréquentes de l’AIEA.

La veille, le président iranien Hassan Rouhani avait accusé les Occidentaux de vouloir freiner les développements du programme nucléaire iranien.

« L’AIEA a mené des milliers d’heures d’inspections et a affirmé qu’il n’y avait aucun signe d’une diversion du programme nucléaire iranien vers un but militaire », a-t-il déclaré dans un discours retransmis par la télévision d’Etat.

L’agence avait publié un rapport en novembre 2011 contenant un catalogue d’éléments présentés comme crédibles, indiquant que l’Iran avait travaillé à la mise au point de la bombe atomique avant 2003, voire ensuite. Téhéran a toujours nié vouloir se constituer un arsenal nucléaire.

La possible dimension militaire a été timidement abordée pour la première fois dans un accord en sept points conclu début février, où l’Iran s’est engagé à s’expliquer sur la mise au point de détonateurs utilisables pour une bombe.

Les négociations avec l’AIEA sont séparées, mais intimement liées à celles menées avec les grandes puissances.

Le 24 novembre dernier, l’Iran et le 5+1 (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine et Allemagne) avaient conclu un plan d’action sur six mois prévoyant un gel de certaines activités de l’Iran en l’échange de l’allègement de sanctions. L’accord est appliqué depuis le 20 janvier.

« Jusqu’à présent, les mesures conclues dans le plan d’action commun ont été mises en oeuvre comme prévu », a souligné M. Amano.

La dilution du stock sensible d’uranium enrichi jusqu’à 20 % « a atteint la moitié », a-t-il notamment précisé.

Il a aussi annoncé que 17 pays membres s’étaient engagés à contribuer à une augmentation du budget de l’agence devant lui permettre de remplir sa mission de surveillance comme convenu dans l’accord de Genève. Mais il manque toujours à l’AIEA 1,6 million d’euros, a-t-il dit.

Les progrès laborieux, mais réels, de la négociation nucléaire engagée entre les grandes puissances et l’Iran passent lundi au scanner de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui se réunit à Vienne.

Le Conseil des gouverneurs de l’agence, composé des délégués de 35 pays, prend place entre deux sessions de la grande négociation lancée fin 2013 à Genève.

Le plan intérimaire, appliqué depuis le 20 janvier, prévoit le gel de certaines activités nucléaires sensibles de l’Iran, en échange d’une levée partielle et provisoire des sanctions internationales.

Pendant ce temps, les négociateurs essaient de transformer l’accord -au plus tôt d’ici le 20 juillet – en un arrangement définitif, qui supprimerait toutes les sanctions en échange de garanties solides que l’Iran n’aura pas la bombe.

« Les négociations se passent bien », a assuré le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif jeudi 27 février, illustrant le très prudent optimisme actuel.

A Vienne, l’AIEA a déjà établi que l’Iran respectait les engagements pris à Genève, et en particulier qu’il avait interrompu l’enrichissement d’uranium jusqu’à 20 %.

C’est ce processus rapprochant l’uranium du niveau nécessaire à la confection de l’arme nucléaire qui inquiète particulièrement les grandes puissances, mais aussi Israël et les monarchies pétrolières arabes du Golfe, voisines sunnites de l’Iran chiite.

L’AIEA a aussi noté ces derniers jours qu’aucun élément d’importance n’avait été installé au réacteur à eau lourde d’Arak, dont le plutonium pourrait aussi entrer dans la composition d’une bombe atomique.

Un bilan dont le président iranien Hassan Rouhani, un modéré dont l’élection en 2013 a permis le dégel, s’est félicité dans un discours dimanche : « Ils (les Occidentaux, ndlr) savaient tous que la science nucléaire en Iran est uniquement pacifique (…). L’AIEA a mené des milliers d’heures d’inspections et a affirmé qu’il n’y avait aucun signe d’une diversion du programme nucléaire iranien vers un but militaire. »

En marge du conseil des gouverneurs, les experts techniques de l’Iran et des grandes puissances débutent lundi leurs discussions, également dans la capitale autrichienne.

Les deux camps s’étaient préalablement accordés, en février, sur un ordre du jour détaillé pour la suite des négociations.

Selon un diplomate proche du dossier, les parties sont désormais d’accord sur sept mesures à mettre en oeuvre d’ici le 15 mai. Seule une d’entre elles concerne ce que les négociateurs appellent « les possibles dimensions militaires » du programme iranien.

Autant dire que la route vers un accord définitif apparaît encore longue et escarpée. « Les progrès ont été bons jusqu’ici », mais « les parties difficiles de l’exercice sont devant nous », résume un diplomate avant le Conseil des gouverneurs, tout en notant que « tout le monde est convaincu de la volonté de coopérer » du président Rouhani et de son équipe de négociateurs.

Vienne accueillera encore, le 17 mars, la prochaine réunion entre l’Iran et les 5+1. Plusieurs autres doivent suivre d’ici au mois de juillet.

Experts et diplomates jugent peu probable la conclusion d’un accord en l’espace de six mois, tant les positions restent éloignées. Mais la période pourra, par consentement mutuel, être prolongée jusqu’à novembre.

L’absence d’avancée importante d’ici à l’été serait toutefois un mauvais signal.

Car si elles suscitent des espoirs, les négociations attisent aussi l’inquiétude, tant en Iran qu’aux Etats-Unis et en Israël, de ceux qui craignent de voir leur camp baisser la garde. Un surplace dans les discussions donnerait des arguments à ces sceptiques.

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