Nucléaire : Trump devrait utiliser du contenu de la présentation de Netanyahu
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Nucléaire : Trump devrait utiliser du contenu de la présentation de Netanyahu

Macron s'entretiendra avec Merkel et May après l'intervention du président américain

Le président américain Donald Trump fait un signe à son retour de Cleveland, Ohio, sur la pelouse sud de la Maison-Blanche à Washington, le 5 mai 2018. (YURI GRIPAS/AFP)
Le président américain Donald Trump fait un signe à son retour de Cleveland, Ohio, sur la pelouse sud de la Maison-Blanche à Washington, le 5 mai 2018. (YURI GRIPAS/AFP)

Le président Donald Trump va annoncer mardi après-midi le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, a indiqué à l’AFP un responsable américain.

« Le président a décidé de se retirer du JCPOA », a indiqué ce responsable sous couvert d’anonymat, en utilisant l’acronyme sous lequel est connu ce texte signé en 2015 par Barack Obama et qui vise, en échange d’une levée progressive des sanctions, à s’assurer que Téhéran ne se dote pas dans un maps de temps défini de l’arme nucléaire.

Selon le New York Times, le président américain, qui n’a eu de cesse de dénoncer l' »horrible » texte conclu par Barack Obama, se prépare à rétablir toutes les sanctions qui avaient été levées en contrepartie de l’engagement pris par l’Iran de ne pas se doter de l’arme nucléaire.

Le Washington Post a annoncé que Trump utilisera, dans sa déclaration, les révélations du Premier ministre Benjamin Netanyahu du 30 avril sur les archives du nucléaire iranien.

« Dans son annonce, Trump doit décrire la décision comme un élément d’une position plus dure sur l’Iran, même s’il n’était pas encore très clair quant à savoir s’il proposera d’autres éléments politiques pour traiter les activités régionales de l’Iran et les missiles ballistiques », a-t-on expliqué au Post.

« Il citera les documents iraniens sur le projet secret des années 1990 pour obtenir des armes nucléaires comme une preuve que l’Iran a menti sur l’ampleur de son programme, ont déclaré deux personnes proches du dossier. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a révélé les documents la semaine dernière ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu se tient devant une photo de Mohsen Fakhrizadeh, qu’il considère comme étant le chef du programme d’armes nucléaires de l’Iran, le 30 avril 2018 (YouTube).

Emmanuel Macron s’entretiendra avec la chancelière allemande Angela Merkel et la Première ministre britannique Theresa May vers 19h30 (17H30 GMT), a indiqué la présidence française mardi sans autre précision, soit une demi-heure avant que Donald Trump annonce sa décision.

Les trois pays européens signataires de l’accord de 2015 semblent ainsi préparer une prise de position commune après l’annonce de Donald Trump, prévue à 18h00 GMT. Le président américain répète depuis son élection vouloir « déchirer » cet accord, et selon un responsable américain il va annoncer que les Etats-Unis s’en retirent.

Une telle décision, portant en particulier sur la Banque centrale iranienne et des revenus pétroliers de Téhéran, devrait provoquer une vive réaction des autorités iraniennes qui pourraient, par ricochet, se considérer déliées de leurs propres engagements.

Son allocution sera observée avec attention au Moyen-Orient où beaucoup redoutent une escalade avec la République islamique mais aussi de l’autre côté de planète, en Corée du Nord, à l’approche du sommet entre Donald Trump et Kim Jong Un sur la dénucléarisation de la péninsule.

A l’exception des Etats-Unis, tous les signataires ont défendu jusqu’au bout ce compromis qu’ils jugent « historique », soulignant que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a régulièrement certifié le respect par Téhéran des termes du texte censé garantir le caractère non militaire de son programme nucléaire.

Le chef de la diplomatie allemand Heiko Maas a dit redouter « qu’un échec ne conduise à une escalade » au Moyen-Orient.

En janvier, l’ancien magnat de l’immobilier avait lancé un ultimatum aux Européens, leur donnant jusqu’au 12 mai pour « durcir » sur plusieurs points ce texte signé par Téhéran et les grandes puissances (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni, Allemagne).

En ligne de mire : les inspections de l’AIEA; la levée progressive, à partir de 2025, de certaines restrictions aux activités nucléaires iraniennes, qui en font selon lui une sorte de bombe à retardement; mais aussi le fait qu’il ne s’attaque pas directement au programme de missiles balistiques de Téhéran ni à son rôle jugé « déstabilisateur » dans plusieurs pays du Moyen-Orient (Syrie, Yémen, Liban…).

Depuis la levée d’une partie des sanctions internationales permise par l’accord nucléaire de Vienne, l’Iran n’a véritablement signé en 2017 qu’un seul accord majeur dans le domaine pétrolier, avec le Français Total associé au Chinois CNPC, pour un investissement de 5 milliards de dollars.

Mais si Total est revenu en Iran, son maintien dépendra pour beaucoup de ce dont doit annoncer M. Trump, farouchement hostile à l’accord de 2015 qui prévoit une levée progressive et conditionnelle des sanctions internationales en échange de la garantie que l’Iran ne se dotera pas de l’arme atomique.

Du fait du maintien de sanctions américaines contre l’Iran – non liées au nucléaire -, les banques européennes restent pétrifiées à l’idée de faciliter des transactions avec la République islamique, alors même qu’elles sont encouragées par les gouvernements de leurs pays respectifs à le faire.

« Les Iraniens n’avaient pas du tout prévu que les Etats-Unis feraient de la surenchère sur les banques », note un entrepreneur étranger pour qui les grands « groupes et les banques (étrangers) s’autocensurent beaucoup trop », à cause des sanctions américaines encore en vigueur.

Après la signature de l’accord nucléaire, l’Iran a collectionné des promesses d’investissements. Mais selon la Banque mondiale, le montant net des investissements directs étrangers en Iran a atteint 3,4 milliards de dollars en 2016. Le président iranien Hassan Rouhani en visait 50 milliards.

Une photo fournie par le bureau du président iranien Hassan Rouhani qui le montre lors d’une réunion avec des agriculteurs à Téhéran, le 21 novembre 2017. (Crédit : AFP / Présidence iranienne)

Pour les Iraniens, l’accord est un « véritable désenchantement », estime Ardavan Amir-Aslani, avocat franco-iranien, cofondateur du cabinet parisien Cohen Amir-Aslani, représenté à Téhéran depuis 2016.

« Ils peuvent vendre leur pétrole, d’accord, mais c’est tout juste suffisant pour payer les fonctionnaires et entretenir les infrastructure », dit-il à l’AFP, « tous les investissements sont sur pause ».

Fuite des capitaux

Les difficultés persistantes de l’économie pèsent sur le cours du rial iranien, et l’incertitude créée par M. Trump a entraîné une forte spéculation contre la devise iranienne qui, en un peu plus de six mois, a perdu près de 40 % de sa valeur par rapport au dollar.

Cela a entraîné une forte inflation et contraint les autorités à mettre fin au libre flottement de la monnaie nationale.

Les chiffres sont impossibles à vérifier, mais plusieurs analystes et officiels parlent d’une fuite des capitaux hors d’Iran comprise entre 10 milliards et 30 milliards de dollars en quelques mois.

Les dirigeants iraniens accusent régulièrement les Etats-Unis de violer l’accord de 2015, par lequel l’Union européenne et Washington se sont engagés (article 29) à s’abstenir de « toute mesure conçue précisément pour porter préjudice directement à la normalisation des relations économiques et commerciales avec l’Iran ».

Toutes les difficultés économiques que connaît l’Iran ne sont cependant pas liées à M. Trump.

La crise du système bancaire, la faiblesse du secteur privé dans une économie largement étatisée et le chômage de masse qui frappe la jeunesse ne datent pas d’hier.

La vague de contestation sanglante qui a touché le pays autour du Nouvel An est venue rappeler au pouvoir qu’il était d’urgent de trouver des remèdes à ces maux.

Les étudiants iraniens manifestent à l’université de Téhéran le 30 décembre 2017. Les étudiants ont organisé un troisième jour de protestation, ont montré des vidéos postées sur les réseaux sociaux, mais ils ont été surpassés en nombre par les contre-manifestants (Crédit : AFP PHOTO / STR)

Dans un article récent, Djavad Salehi-Isfahani, professeur à l’université américaine Virginia Tech estime que l’équipe de M. Rohani « s’est avérée incapable de répondre aux problèmes économiques croissants ».

En fonction de ce que décidera M. Trump, les efforts de M. Rohani pour ouvrir davantage l’économie à la libre-entreprise et au monde pourraient être « stoppés nets » et la vision des ultraconservateurs, partisans d’une « économie de résistance » tournée sur elle-même et sérieusement contrôlée par les autorités, pourrait selon lui alors s’imposer.

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