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NY – Le pro-Trump Zeldin, candidat au poste de gouverneur, soutenu par les haredi

Le candidat juif a obtenu le soutien des communautés religieuses de la ville en s’engageant à protéger les yeshivot et à lutter contre la criminalité

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Le candidat Républicain au poste de gouverneur Lee Zeldin salue ses partisans à la fin d’un rassemblement de campagne à Westchester, New York, le 31 octobre 2022. (Crédit :AP Photo/Eduardo Munoz Alvarez)
Le candidat Républicain au poste de gouverneur Lee Zeldin salue ses partisans à la fin d’un rassemblement de campagne à Westchester, New York, le 31 octobre 2022. (Crédit :AP Photo/Eduardo Munoz Alvarez)

NEW YORK – Samedi soir à Brooklyn, le Républicain élu à la Chambre des représentants, Lee Zeldin, s’est exprimé devant une foule rassemblée à la fin de Shabbat, porteur d’un message spécifique pour la communauté haredi, à quelques jours du scrutin pour l’élection du gouverneur.

Zeldin a rappelé les origines juives de sa famille, évoquant comment son grand-père avait fondé une synagogue, avant de soulever deux questions centrales pour la communauté, dans un scrutin qui promet d’être très disputé.

« Ma mère était professeur de yeshiva de 4e année, ici, à Brooklyn », a-t-il rappelé.

« Je le dis publiquement et fièrement et je le dirai partout », a-t-il déclaré.

« Ce serait pour moi un très grand honneur de porter haut les couleurs de l’éducation reçue dans les yeshivot. »

La foule en liesse du quartier de Williamsburg, base du mouvement hassidique Satmar, a répondu en scandant son nom « Zeldin ! Zeldin ! »

Le candidat a ensuite évoqué la criminalité et l’antisémitisme, dénonçant les lois progressistes sur la libération sous caution sans contrepartie financière, et s’engageant à « reprendre le contrôle des rues ».

« On ne devrait pas s’en prendre à vous pour ce que vous êtes. Les New-Yorkais sont clairement la cible d’attaques. Il ne doit y avoir aucune tolérance envers l’antisémitisme ici-même, dans nos écoles ou dans les couloirs du gouvernement », a-t-il déclaré.

« Les violentes attaques antisémites à Brooklyn doivent cesser et je veux y travailler avec vous. »

Bastion Démocrate, New-York se révèle cette année, à la grande surprise de beaucoup, un État très disputé pour l’élection du gouverneur, mardi prochain.

La gouverneure Kathy Hochul reste en tête de la plupart des sondages, mais Zeldin fait figure de challenger crédible avec son positionnement sur l’économie et la criminalité, conforme à la ligne des Républicains américains.

S’agissant spécifiquement des communautés juives religieuses, Zeldin a promis de défendre le système scolaire des yeshivas, très critiqué par les autorités de l’État et les médias grand public, et notamment le New York Times, qui a couvert les yeshivot de manière agressive ces derniers mois.

Le candidat Républicain a obtenu le soutien d’un certain nombre d’organisations juives haredi en vue du scrutin.

Des électeurs font la queue dans le quartier de Williamsburg à Brooklyn, dans l’Etat de New York, le 6 novembre 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Le message de Zeldin semble avoir galvanisé certains électeurs.

Dimanche soir, une file d’électeurs, essentiellement haredi, s’est formée dans une rue de Williamsburg alors que la fin du scrutin anticipé. Le quartier était étrangement calme, en raison de l’interruption de la circulation durant le marathon de New York. Des enfants se promenaient au beau milieu de Division Avenue, au milieu des feuilles mortes qui jonchaient les trottoirs.

Les agents chargés des élections ont indiqué que la file d’attente s’étendait sur tout un bloc, composée d’électeurs du quartier qui n’avaient pas pu voter le jour de Shabbat. Certains ont dû patienter une quarantaine de minutes.

« Tout le monde pourra voter, même si je dois rester jusqu’à 21 heures », a déclaré l’un des agents aux électeurs avant la fermeture à 17 heures.

« D’habitude, ça ne se passe pas comme ça : tout dépend de la situation et de qui se présente », a déclaré un autre agent.

Des files d’attente similaires ont été signalées dans les zones haredi du parc Boro de Brooklyn, où de nombreux dirigeants communautaires ont soutenu Zeldin, et notamment l’influent mouvement Bobov.

Des électeurs ayant choisi de voter en ligne ont fait savoir qu’une grande partie de leur communauté soutenait Zeldin et que les yeshivot étaient le principal problème.

Des affiches conseillant aux habitants d’aller « voter pour la préservation de leur système éducatif » ont été placardées sur les murs et réverbères du quartier.

Affiches demandant aux habitants d’aller « Voter pour le système éducatif » dans le quartier de Williamsburg à Brooklyn, New York, le 6 novembre 2022. (Crédit: Luke Tress/Times of Israel)

« La criminalité est un autre gros problème, mais je crois que ce qui motive le plus est la question des yeshivot », a déclaré l’un des électeurs.

Zeldin a exprimé à plusieurs reprises son soutien aux yeshivot, notamment après un article retentissant du New York Times qui s’en est pris à ce système éducatif.

« Les yeshivot enseignent des valeurs qui permettent à leurs élèves de mener une vie productive et respectueuse des lois. C’est un enseignement de grande qualité pour de nombreux jeunes garçons et jeunes filles », assurait-il en septembre.

« New York a tort de vouloir à tout prix appliquer ce système d’équivalences. Sur cette question, Kathy Hochul est aux abonnés absents. »

Le Département de l’éducation de l’État n’est pas du ressort du gouverneur, et le mouvement en faveur d’une augmentation de la part des enseignements laïcs au sein des yeshivas avait commencé bien avant qu’elle ne prenne ses fonctions.

Elle a tout fait pour rester en dehors de la question, comme le maire de New York, Eric Adams.

« Cette question ne relève pas de la compétence du gouverneur », indiquait Hochul en septembre.

La gouverneure de l’Etat de New York, Kathy Hochul, parle des investissements dans la fabrication de micropuces dans le nord de l’État de New York, au Onondaga Community College de Syracuse, dans l’État de New York, le 27 octobre 2022. (Crédit : AP Photo/Joshua Bessex)

« C’est bien tout le problème : elle n’est pas impliquée, ce qui explique que la situation se soit dégradée », déclarait dimanche un électeur haredi. L’État a adopté de nouvelles règles pour réglementer les enseignements laïcs au sein des yeshivot en septembre.

« Elle n’en a pas parlé; [Zeldin], lui, en a parlé », soulignait un autre homme, qui attendait son tour pour voter. Tous ont refusé de donner leur identité.

Dans un courrier adressé aux dirigeants de la communauté juive la semaine passée, Hochul s’est dit prête à soutenir les yeshivot, assurant qu’elle « continuerait à se battre pour votre droit de pratiquer votre religion et donner à vos enfants des enseignements et une éducation religieuse ».

« Je tiens à dire que les écoles juives seront toujours traitées avec équité et respect. Chaque école à New York devrait avoir les ressources nécessaires pour donner les enseignements susceptibles d’offrir à chaque élève la possibilité de réussir », a-t-elle déclaré.

Un autre électeur a indiqué que la communauté en avait « assez » des politiciens Démocrates, particulièrement depuis le début de la pandémie, période durant laquelle écoles et synagogues avaient été fermées.

« Nous avons été très affectés et mécontents de la fermeture des shuls et des écoles durant le COVID », a-t-il expliqué, ajoutant que les lois progressistes sur la libération sous caution, qui permettent de remettre rapidement en liberté les délinquants, étaient un autre point de contention.

Il a ajouté que l’antisémitisme était un problème finalement moins important que la criminalité, parce que la communauté avait intégré la haine des Juifs comme une constante de la vie en société, mais qu’elle voulait surtout une meilleure protection contre les criminels.

« Les gens font ce qu’ils veulent et ensuite, on les libère. Rien à voir avec l’antisémitisme », a-t-il indiqué.

Le taux de criminalité a certes augmenté à New York ces dernières années, mais la ville reste plus sûre que la plupart du reste des États-Unis et la criminalité est finalement beaucoup plus faible qu’elle ne l’a été par le passé.

À New-York, les Juifs sont systématiquement le groupe le plus ciblé par les crimes de haine : les incidents sont quasi quotidiens, que ce soit du harcèlement, vandalisme ou agressions.

Illustration : La police de New York assure la sécurité lors d’un événement organisé par la communauté juive à New York, le 19 mai 2022. (Crédit: Luke Tress/Times of Israel)

Hochul était très nettement en tête au début de la campagne, mais le vent a tourné et son équipe semble prise au dépourvu.

Les Démocrates ont remporté toutes les élections au poste de gouverneur de l’État de New-York depuis 2006, mais des sondages récents montrent que l’avance de Hochul se réduit comme peau de chagrin. Des secteurs proches, comme la vallée de l’Hudson et Long Island, ville natale de Zeldin, s’affirment de plus en plus Républicains.

Pour les deux candidats, le vote juif haredi est un élément parmi d’autres d’une stratégie de campagne beaucoup plus vaste.

Les Juifs non haredi de New York, qui représentent la grande majorité de la population juive, sont dans l’ensemble Démocrates, là où la population haredi ne représente qu’un pour cent des quelque 20 millions d’habitants de l’État.

Malgré tout, les communautés sont des acteurs importants de la politique de la ville de New York et les élus s’arrachent les faveurs des dirigeants communautaires, qui dispensent leurs soutiens et conseillent à leurs membres de voter pour leurs favoris.

Les communautés haredi votent généralement Démocrate aux élections locales, mais elles ont largement soutenu Trump.

Zeldin s’est concentré sur le vote juif, rendant publics les soutiens dont il bénéficie, allant jusqu’à revendiquer le « soutien universel » des communautés hassidiques de Brooklyn.

Hochul a obtenu le soutien un groupe Satmar au moins : d’autres groupes n’ont rien laissé filtrer de leurs préférences.

Il est arrivé que les communautés haredi votent contre des candidats juifs par le passé, et bien que la famille de Zeldin compte de célèbres dignitaires juifs, il n’est pas issu d’un milieu orthodoxe.

Les deux candidats sont de fervents partisans d’Israël.

Le week-end dernier, ils se sont rendus dans les communautés juives de la ville. Zeldin a recueilli des soutiens à Flatbush et attiré une foule immense au parc Boro ; Hochul s’est recueillie sur la tombe du Rabbi Habad-Loubavitch dans le Queens.

Certains groupes ont donné pour consigne à leurs membres de voter pour Zeldin pour l’élection du gouverneur, et Démocrate pour d’autres postes, notamment pour le Sénat ou le poste de procureur général de l’État.

Hochul et d’autres dirigeants Démocrates new-yorkais entretiennent des relations étroites avec les communautés juives, et la gouverneure s’est elle-même prononcée à plusieurs reprises contre l’antisémitisme, a fourni des fonds pour renforcer la sécurité et contribué à aider les survivants de la Shoah, entre autres mesures.

Les réformes qui affectent les yeshivot ont eu lieu sous sa direction, cependant, et son parti est malmené par les sondages favorables aux Républicains.

Hochul et le parti Démocrate ont tout mis en œuvre pour regagner le terrain perdu.

Samedi après-midi à Brooklyn, elle a tenu un meeting de campagne avec l’ex-président Bill Clinton et d’autres grandes figures politiques locales, comme la procureure générale Letitia James, le Représentant Hakeem Jeffries, le maire de New York et le sénateur Chuck Schumer.

Dimanche, elle est apparue avec le président américain Joe Biden à Yonkers, au nord de la ville, aux côtés d’autres grands noms, dont la vice-présidente Kamala Harris et Hillary Clinton.

L’ex-président américain Bill Clinton fait campagne aux côtés de la gouverneure de New York Kathy Hochul à New York, le 5 novembre 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Lors du meeting de samedi au centre-ville de Brooklyn, les orateurs ont surtout évoqué leurs positions sur l’avortement, les droits des femmes, les soins médicaux et les attaques Républicaines contre la démocratie, qui ont disparu de l’actualité en raison des préoccupations liées à l’inflation et à la criminalité.

Cette élection sera la première dans l’État de New York depuis le renversement de la jurisprudence Roe v. Wade, en juin dernier.

Si elle l’emporte, Hochul sera la toute première femme élue gouverneure de l’Etat de New York, après avoir succédé à Andrew Cuomo, l’année dernière, démissionnaire en raison d’un scandale de harcèlement sexuel.

Zeldin est un ardent défenseur de Trump, qui a voté, avec 146 autres élus Républicains, contre la certification de la victoire électorale de Biden suite à l’assaut du 6 janvier contre le Capitole.

Zeldin est l’un des deux seuls Républicains juifs du Congrès américain.

Hochul devrait facilement remporter la majorité des votes dans la ville de New York, où les Républicains tablent sur un score de 30 %, mais elle fait campagne pour recueillir plus de suffrages et consolider son avance.

Au-delà de l’élection du gouverneur, plusieurs sièges à la Chambre des Représentants sont à pourvoir, alors que les partis se disputent le contrôle du Congrès.

Le meeting de Hochul, samedi dernier, a été suivi par un grand nombre de syndicats arborant des pancartes aux couleurs de corporations de charpentiers, employés du secteur de l’hôtellerie et des jeux. Il a eu lieu pendant le Shabbat et hormis quelques allusions à la sécurité de la synagogue après une menace dans le New Jersey voisin, les questions juives n’ont pas été abordées.

La gouverneure de New York, Kathy Hochul, lors d’un meeting de campagne à New York, le 5 novembre 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Ceux qui ont pris la parole ont laissé entendre que la criminalité était liée au soutien des Républicains au droit de porter des armes à feu, soulignant les efforts de Hochul pour limiter la diffusion des armes à New York.

Les questions économiques étaient pour l’essentiel absentes, même si Clinton a indiqué que l’inflation relevait d’un phénomène mondiale, connexe à la réduction de la production de pétrole par l’Arabie saoudite et ses alliés de l’OPEP +.

On a relevé la même tendance qu’en Israël, à savoir une promotion forte du vote, pour éviter la victoire des Républicains.

Hochul, qui est originaire de la ville de Buffalo, dans l’ouest de New York, dans la Rust Belt, a rappelé les racines ouvrières de sa famille dans les aciéries de la ville.

« L’acier coule dans mes veines », a-t-elle dit. « J’apprécie ce que le travail a fait pour des millions de New-Yorkais, comme ma propre famille. Soyez assurés que je ne vous laisserai pas tomber. »

Elle a rappelé le rôle de la ville de New York en faveur les droits des femmes, de l’égalité raciale, de l’accès à l’avortement et des droits des homosexuels, mentionnant la Convention de Seneca Falls pour les droits des femmes en 1848 et les émeutes de Stonewall pour la communauté LGBTQ en 1969.

« Allons-nous reprendre le flambeau de ces individus courageux qui ont défié les difficultés de leur temps et nous montrer à la hauteur de ce qu’ils ont fait, ou allons-nous le laisser s’éteindre ? », a-t-elle demandé.

« C’est ce qui sera en jeu mardi avec votre bulletin de vote. »

« Nos votes vont nous donner les moyens de surmonter nos peurs », a dit Hochul, renvoyant son adversaire au suprémacisme blanc, à l’extrémisme et au déni électoral.

« La complaisance est capable de détruire notre démocratie. La complaisance pourrait en finir avec notre droit de vote. »

« Vous devez avoir peur, vous devez être en colère », a déclaré Clinton à un public conquis. « Pour les jeunes d’ici, votre vie est en jeu. »

« Toute cette élection pourrait se résumer à la participation à Brooklyn », a-t-il déclaré. « Vous avez quelques jours ici pour vous assurer que suffisamment de gens le savent, pour qu’ils sachent qu’ils doivent prendre le temps de voter. »

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