Et si Obama avait fait ce touchant discours en 2009 avant ou après Le Caire
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Opinion

Et si Obama avait fait ce touchant discours en 2009 avant ou après Le Caire

En invoquant de façon insistante l'espoir dans la vision de Peres, le président américain a délivré un éloge chaleureux sur l'Etat juif et ses défis

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le président américain Barack Obama devant le cercueil de l'ancien président israélien Shimon Peres, après avoir parlé lors de ses funérailles au mont Herzl à Jérusalem, le 30 septembre 2016. (Crédit : Abir Sultan/Pool/AFP)
Le président américain Barack Obama devant le cercueil de l'ancien président israélien Shimon Peres, après avoir parlé lors de ses funérailles au mont Herzl à Jérusalem, le 30 septembre 2016. (Crédit : Abir Sultan/Pool/AFP)

L’événement était triste et solennel, mais la perception, et le contenu, ont été source d’inspiration. Debout devant une ligne de drapeaux israéliens lumineux, flottant dans la brise en cette fin de matinée, le président Barack Obama, une kippa vissée sur la tête, a prononcé un discours dans lequel pointait son admiration non seulement pour Shimon Peres, ancien président israélien et Premier ministre, mais également pour la communauté juive et l’Etat juif.

Dernier orateur lors des funérailles de Shimon Peres, vendredi sur le mont Herzl de Jérusalem, Obama a détaillé l’histoire personnelle de Peres faite d’espoir et de réussite après la tragédie, ajoutant qu’elle symbolisait l’histoire du peuple juif en ce siècle passé – son aspiration à une patrie, la dévastation de l’Holocauste, la renaissance de l’Etat juif. Dans le cas de Peres, a sombrement noté Obama, « les voies ferrées qui l’ont porté vers la Terre promise ont également livré tant de personnes de son peuple vers les camps de la mort. »

« Je ne pouvais être plus honoré que d’être à Jérusalem pour dire adieu à mon ami Shimon Peres, qui nous a montré que la justice et l’espoir sont au cœur de l’idée sioniste », a déclaré M. Obama au début de son discours, en extirpant le mot « sionisme » du lexique de ceux qui dénigrent Israël. L’Etat sioniste, a poursuivi Obama, cherche, « une vie libre, dans une patrie retrouvée. Une vie sûre, dans une nation qui peut se défendre, par elle-même. Une vie pleine, dans l’amitié avec les pays qui peuvent se considérer comme alliés, toujours. Une vie abondante, tirée par des plaisirs simples de la famille et par de grands rêves.

« Ce fut la vie de Shimon Peres », a affirmé le président, devant le plus grand rassemblement de dirigeants du monde depuis l’assassinat de Yitzhak Rabin il y a 21 ans.

« Ceci est l’Etat d’Israël. Ceci est l’histoire du peuple juif au cours du siècle dernier ».

« L’histoire de Shimon, l’histoire d’Israël, l’expérience du peuple juif », a déclaré Obama, peu après, est « l’histoire d’un peuple qui, au fil des siècles dans le désert, n’a jamais renoncé à ce désir humain fondamental de rentrer chez lui. C’est l’histoire d’un peuple qui a souffert de la botte de l’oppression et des chambres à gaz, et qui pourtant n’a jamais renoncé à croire en la bonté ».

Ces phrases, comme beaucoup d’autres dans le discours d’Obama, étaient chargées d’empathie, de compréhension et de solidarité envers Israël et son peuple. C’étaient les mots d’un ami – ceux du plus cher ami qu’on ait.

Ces phrases, comme beaucoup d’autres dans le discours d’Obama, étaient chargées d’empathie, de compréhension et de solidarité envers Israël et son peuple. C’étaient les mots d’un ami – ceux du plus cher ami qu’on ait.

En écoutant Obama parler, il est plus facile de comprendre pourquoi il a considéré comme essentiel de se rendre ici pour ces funérailles, même pour quelques heures. Lorsque Bill Clinton, qui a également honoré de sa présence Peres, a construit une relation unique avec Rabin, le chef de la sécurité qui s’est transformé en pacificateur, Obama sait qu’il partage une vision avec Peres, l’optimiste, le rêveur, l’homme d’espérance.

Le discours du président américain a effleuré avec précaution la politique. Au début de son discours, ses premiers mots ont été adressés au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas – qui avait été placé par les organisateurs israéliens dans la première rangée, quoique légèrement excentré – « dont la présence ici », a déclaré Obama « est un geste et un rappel que le processus de paix reste inachevé ».

Et tout au long de son éloge, il a invoqué Peres pour défendre sa conviction que l’avenir d’Israël dépend au final de sa capacité à accéder à la paix avec ses voisins et en premier lieu les Palestiniens. «Je ne crois pas qu’il était naïf » a déclaré Obama, en parlant de Peres mais sans doute en pensant quelque peu à lui-même et à la façon dont il est certainement perçu par les Israéliens les plus bellicistes. « Mais il a compris avec l’expérience que la véritable sécurité passe par la paix avec vos voisins. »

Il a poursuivi: « Shimon croyait que le caractère exceptionnel d’Israël était enraciné non seulement dans la fidélité au peuple juif, mais également dans sa vision morale et éthique et les préceptes de sa foi juive. « Le peuple juif n’est pas né pour gouverner un autre peuple, disait-il. « Dès le premier jour, nous étions contre les esclaves et les maîtres ». Encore une fois, ce sont les convictions de Peres qui font écho et résonnent de toute évidence pour Obama.

Obama a toujours tenté durant sa présidence de négocier un accord israélo-palestinien. Sa relation tendue avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’explique en partie par la politique de Netanyahu, avec l’expansion des implantations, et a repoussé à plus tard la perspective de la paix.

Mais la constellation même de participants aux funérailles de Peres a souligné la complexité de la paix dans cette imprévisible époque qui secoue le Moyen-Orient. Abbas, apparemment après avoir longuement hésité, a décidé de venir à la cérémonie, et Netanyahu l’a remercié pour cela. Mais le roi Abdallah de Jordanie et Abdel Fattah el-Sissi d’Egypte n’ont pas fait le déplacement.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (C) se trouve aux côtés du président du Conseil européen Donald Tusk (L) et le président roumain Klaus Iohannis au cimetière du mont Herzl à Jérusalem lors des funérailles de l'ancien président israélien Shimon Peres le 30 septembre 2016. (Crédit : AFP / Abir Sultan)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (C) se trouve aux côtés du président du Conseil européen Donald Tusk (L) et le président roumain Klaus Iohannis au cimetière du mont Herzl à Jérusalem lors des funérailles de l’ancien président israélien Shimon Peres le 30 septembre 2016. (Crédit : AFP / Abir Sultan)

Ce sont les dirigeants de pays formellement en paix avec Israël, qui partagent des intérêts fondamentaux avec Israël, et qui ont personnellement connu Peres. Mais apparemment, et compte tenu de l’hostilité d’une grande partie de leur peuple à l’égard de l’existence d’Israël, ce voyage à Jérusalem était inutilement risqué, et trop loin sans doute…

Encore plus triste, l’ensemble des députés de la Liste arabe unie, soit les 13 membre de la Knesset de ce parti représentant la minorité arabe d’Israël, a boycotté la cérémonie ; ses membres sont restés loin de l’enterrement du plus grand champion d’Israël en faveur du rétablissement de la paix et de l’égalité, se déclarant incapable d’oublier certaines de ses actions et positions passées.

Peres avait compris les difficultés de faire la paix dans un tel environnement. Obama, dans son discours, a salué l’ancien président pour avoir néanmoins toujours tenté : « Même face à des attaques terroristes, des déceptions répétées à la table de négociation, (Peres) a insisté pour que les êtres humains, les Palestiniens soient considérés comme égaux en dignité avec les Juifs, et égaux pour leur auto-détermination. En raison de son sens de la justice, de son analyse de la sécurité d’Israël, de sa compréhension sur ce qu’Israël signifie, il croyait que l’idée sioniste serait mieux protégée une fois que les Palestiniens auraient leur propre état ».

Ceci est la vision du monde que Obama, dans sa présidence, a tenté de transmettre à l’opinion publique israélienne. Comme Peres en avait fait l’expérience, c’est une tâche ardue lorsque tout va bien, et encore plus difficile dans une période tumultueuse comme celle que nous vivons.

Mais lors des funérailles de Peres vendredi, Obama a enveloppé de son empathie Israël et lui a apporté son soutien pour les défis qui l’attendent.

En 2009, au début de sa présidence, Obama s’était rendu au Caire, pour toucher le monde musulman. S’il avait alors ajouté une escale et présenté sa vision d’Israël face à une ligne de drapeaux nationaux dans la lumière chaude de Jerusalem, ses efforts durant ses deux mandats pour obtenir plus de soutien pour la vision de Shimon Peres auraient peut être rencontré davantage de succès…

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