Obama ne devrait pas rencontrer Erdogan quand il viendra à Washington
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Obama ne devrait pas rencontrer Erdogan quand il viendra à Washington

Plusieurs chefs d'Etat sont attendus pour le Sommet sur la sécurité nucléaire ; Obama ne devrait rencontrer que son homologue chinois

Le président américain Barack Obama et le Premier ministre turc, aujourd'hui président, Recep Tayyip Erdogan à la suite de la session de l'après-midis du sommet du G20 à Pittsburgh, le 25 septembre 2009.(Crédit : Pete Souza [domaine public], via Wikimedia Commons)
Le président américain Barack Obama et le Premier ministre turc, aujourd'hui président, Recep Tayyip Erdogan à la suite de la session de l'après-midis du sommet du G20 à Pittsburgh, le 25 septembre 2009.(Crédit : Pete Souza [domaine public], via Wikimedia Commons)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan se rend cette semaine aux Etats-Unis dans un contexte de tensions croissantes entre les deux alliés, aussi bien sur le conflit syrien qu’en matière de droits de l’Homme.

Aucune rencontre bilatérale n’est prévue avec Barack Obama pour ce second déplacement d’Erdogan aux Etats-Unis depuis son élection à la présidence turque en août 2014, illustrant le froid entre les deux pays.

Ankara assure que la visite de son président vise principalement à assister, avec plusieurs autres chefs d’Etat, à la quatrième édition du Sommet sur la sécurité nucléaire dans la capitale américaine jeudi et vendredi. Et à inaugurer une grande mosquée de style ottoman dans le Maryland, près de Washington, illustrant la volonté de la Turquie de diffuser son influence culturelle hors de ses frontières.

La Maison Blanche a insisté sur le fait qu’Obama et son vice-président Joe Biden avaient rencontré Erdogan et d’autres responsables turcs à de nombreuses reprises ces derniers mois. Mais l’absence au programme de tête-à-tête entre les deux présidents, alors que le combat contre le groupe Etat islamique (EI) au Moyen-Orient fait rage, en dit long sur le climat entre les deux pays.

Selon la Maison Blanche, même des discussions en marge du sommet nucléaire entre les deux présidents ne sont pas prévues.

A l’aéroport d’Istanbul mardi, juste avant son départ pour Washington, Erdogan a affirmé au contraire qu’il rencontrerait son homologue américain en marge du sommet, même si la forme de cette rencontre restait à définir.

Un communiqué de la présidence turque annonçant le déplacement ne citait même pas Obama, affirmant seulement que Erdogan tiendrait des discussions de haut niveau à Washington sur la lutte contre le terrorisme après les récents attentats à Bruxelles, Ankara et Istanbul.

Selon le quotidien Hürriyet, Erdogan espérait inaugurer la mosquée, la seule aux Etats-Unis présentant deux minarets, en compagnie d’Obama mais ce dernier a rejeté l’idée.

‘Relations empoisonnées’

La Turquie a longtemps été perçue comme un allié musulman clé par Washington et une force de stabilisation modérée dans la région. Les relations se sont notamment crispées ces derniers mois autour de la Syrie, Washington appelant Ankara à faire davantage pour combattre les jihadistes de l’EI, alors que la Turquie est toujours plus frustrée par le soutien américain aux combattants kurdes.

Vaincre l’EI est la priorité de Washington. Or la Turquie veut avant tout le départ de Bashar el-Assad, une perspective devenue moins crédible depuis l’intervention russe en soutien du régime de Damas.

Washington soutient activement les Kurdes syriens et leur principal parti, le Parti de l’Union démocratique (PYD), estimant qu’ils représentent la meilleure chance de défaire l’EI, tandis qu’Ankara les considère comme la branche syrienne du PKK, ennemi juré intérieur.

« La relation entre les Etats-Unis et la Turquie est tendue principalement en raison de leurs priorités divergentes en Syrie, et plus précisément de leurs perceptions du PYD », juge Ozgur Unluhisarcikli, le directeur du bureau turc du German Marshall Fund américain.

Les deux pays « se marchent sur les pieds » en Syrie, résume-t-il auprès de l’AFP. « Jusqu’à ce qu’ils reconsidèrent leur façon d’aborder le PYD, la relation américano-turque va rester empoisonnée par cette question ».

S’ajoutant à ces tensions, Washington a dénoncé des atteintes à la liberté d’expression et à la démocratie en Turquie. Les autorités turques sont accusées de dérive autoritaire et notamment de museler la presse d’opposition.

« Nous ne sommes pas toujours d’accord sur toutes les questions. La liberté de la presse en est une », a relevé lundi le porte-parole du département d’Etat, John Kirby.

Pendant son séjour américain, Erdogan doit aussi diner avec des hommes d’affaires et rencontrer des responsables de la communauté juive américaine, a précisé son porte-parole, dans un effort pour renouer les liens entre la Turquie et Israël.

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