Officier d’extrême droite, il se prétendait réfugié et projetait un attentat
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Officier d’extrême droite, il se prétendait réfugié et projetait un attentat

Parmi ses cibles potentielles figuraient, Heiko Maas, la vice-présidente du Bundestag ainsi qu'une militante des droits de l'Homme

Drapeau de l'Allemagne (Crédit : domaine public)
Drapeau de l'Allemagne (Crédit : domaine public)

Un officier allemand qui s’était fait passer pour un réfugié syrien et aurait préparé un attentat comparaît depuis jeudi à Francfort dans une affaire rocambolesque qui avait ébranlé la Bundeswehr et mis en lumière des dérives d’extrême droite.

Porté par une idéologie « nationale-socialiste », selon l’acte d’accusation, Franco Albrecht, 32 ans, est notamment soupçonné d’avoir voulu préparer en 2017 « un acte de violence grave portant atteinte à la sécurité de l’Etat ».

Son procès, pour lequel il encourt 10 ans de prison, doit durer jusqu’en août.

Ce lieutenant prometteur, stationné dans la base franco-allemande d’Illkirch, dans l’est de la France, s’était constitué un véritable arsenal: quatre armes à feu, plus de 1000 munitions et 50 engins explosifs dérobés à la Bundeswehr.

Il avait aussi une double identité après avoir réussi à se faire enregistrer comme demandeur d’asile syrien afin, selon ses dires, de tester le système et d’en révéler les failles.

Arrivé libre pour la première audience, l’ancien soldat a une nouvelle fois nié les accusations portées contre lui: « Je n’ai jamais planifié aucune action au détriment de qui que ce soit », a-t-il déclaré devant les journalistes, affirmant ne pas être d’extrême droite.

Avec sa barbe finement taillée, ses cheveux attachés en catogan et vêtu d’un gilet de costume sur une chemise à carreaux, Franco Albrecht a l’allure d’un trentenaire à la mode.

Ses avocats ont dénoncé une « campagne de diffamation » à son égard et ont lu des témoignages d’anciens amis, professeurs et officiers le présentant comme ouvert et cosmopolite.

Concept d’asile « dévoyé »

Pourtant, ce fils d’un travailleur italien n’a jamais caché ni ses opinions extrémistes, ni son opposition à l’immigration. « Mein Kampf », le manifeste raciste et antisémite d’Adolf Hitler, figurait dans sa bibliothèque.

Des messages xénophobes échangés avec d’autres soldats avaient été retrouvés sur son téléphone portable, ainsi qu’un travail universitaire qu’il avait rédigé, truffé de propos nationalistes ou extrémistes.

Pour tenter de prouver que le concept d’asile avait été détourné, selon lui, après l’arrivée en Allemagne de centaines de milliers de migrants en 2015 et 2016, fuyant pour la plupart la guerre en Syrie, il s’était créé une identité fictive de réfugié.

Des réfugiés irakiens et syriens tiennent des panneaux disant ‘ma religion est l’amour’ et ‘paix à tous’ aux abords du site d’un attentat-suicide à la bombe à Ansbach, dans le sud de l’Allemagne, le 26 juillet 2016 vingt quatre heures après qu’un terroriste âgé de 27 ans a blessé 15 personnes (Crédit : AFP PHOTO/dpa/Daniel Karmann)

Le visage grimé, il avait réussi en 2015 à déposer une demande d’asile sous un nom d’emprunt, David Benjamin. Il avait expliqué aux services de l’immigration ne pas avoir appris l’arabe car ayant fréquenté un collège français près de Damas.

Il reçoit même quelque 400 euros d’indemnité mensuelle et une place en foyer pour réfugiés. Mais il continue sa vie de soldat à la caserne d’Illkirch sous sa véritable identité.

« Je voulais en avoir personnellement le coeur net, et vérifier à quel point le concept d’asile avait été dévoyé par les autorités allemandes, au détriment de la sécurité », a déclaré en mars, au quotidien le Figaro, l’ancien soldat.

Réfutant toute intention violente, il assure s’être préparé pour « protéger (sa) famille en cas d’urgence ».

Une version contestée par le parquet pour qui l’accusé projetait « une attaque sur de hauts responsables politiques et personnalités publiques » en se faisant sans doute passer pour un réfugié.

Selon l’accusation, il souhaitait faire porter la responsabilité de ses actes aux migrants dans le but de fracturer un peu plus la société allemande, profondément divisée lors de l’accueil des réfugiés organisé par le gouvernement d’Angela Merkel.

Défaillances

Parmi ses cibles potentielles figuraient notamment, selon l’accusation, un ministre et la vice-présidente du Bundestag.

L’arrestation de Franco Albrecht était survenue début 2017 alors qu’il tentait de récupérer un pistolet qu’il avait caché dans des toilettes de l’aéroport de Vienne, en Autriche.

Ses empreintes avaient alors révélé leur similitude avec celles du réfugié syrien David Benjamin.

Ce scandale avait mis en lumière la gestion erratique de l’accueil des réfugiés en Allemagne malgré les assurances répétées des autorités affirmant contrôler strictement les procédures de demandes d’asile.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d’une conférence de presse après une vidéoconférence avec les dirigeants de l’UE au bâtiment du Conseil européen, à Bruxelles, le 23 avril 2020. (Olivier Hoslet, Pool via AP)

L’armée allemande avait également été accusée de ne pas suffisamment lutter contre les dérives idéologiques parmi ses troupes. Franco Albrecht participait à un groupe clandestin de soldats et policiers d’extrême droite.

En juin 2020, le KSK, un commando d’élite de l’armée, a été en partie dissous car une vingtaine de ses membres étaient soupçonnés d’appartenir à la mouvance néo-nazie.

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