Olmert passe à l’offensive dans une autobiographie à paraître
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Olmert passe à l’offensive dans une autobiographie à paraître

Dans des extraits, l'ancien Premier ministre réfléchit à la vie en prison et à la Seconde Guerre du Liban. Il cible son ancien assistante, Shula Zaken ainsi que Netanyahu

L'ancien Premier ministre Ehud Olmert s'exprime lors d'une conférence à Tel Aviv, le 7 février 2018. (Flash90)
L'ancien Premier ministre Ehud Olmert s'exprime lors d'une conférence à Tel Aviv, le 7 février 2018. (Flash90)

L’ancien Premier ministre Ehud Olmert, qui a été libéré l’été dernier après avoir purgé 16 mois de prison pour avoir accepté des pots-de-vin et entravé la justice, assassine ses opposants dans une autobiographie à paraître, selon des extraits publiés jeudi dans le quotidien Yedioth Ahronoth.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, selon lui, a répandu des théories de conspiration et a utilisé la guerre du Liban de 2006, présidée par Olmert, pour renverser son gouvernement, organiser de fausses manifestations de réservistes contre lui et « inciter et encourager » les parents endeuillés à protester contre lui.

Il diffame le couple Netanyahu – actuellement sous l’objet de plusieurs accusations de corruption – pour avoir dépensé des montants « jamais vus » à la résidence officielle du Premier ministre, et pour « le gaspillage, l’hédonisme et le mépris des normes minimales de modestie et de retenue » qui selon lui « crient vers les cieux ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara assistent à la cérémonie d’ouverture de la nouvelle salle d’urgence de l’hôpital Barzilay, à Ashkelon, en Israël, le 20 février 2018. (Flash90)

En septembre, le procureur général Avichai Mandelblit a informé Sara Netanyahu qu’il avait l’intention de l’inculper de fraude pour avoir détourné quelque 360 ​​000 shekels de fonds publics pour son propre usage, avec l’intention spécifique d’éviter de payer ses dépenses personnelles. Les accusations portent sur le retrait des fonds des caisses de l’Etat pour des repas privés commandés à la résidence du Premier ministre. Aucun acte d’accusation n’a encore été publié.

Olmert méprise même les cheveux bien coiffés et la gestuelle de Benjamin Netanyahu : « Un peu de pourpre dans les cheveux, un peu de gel pour empêcher les cheveux dans le vent, un sourire et des mouvements de mains répétés devant le miroir des dizaines de fois », se moque-t-il.

Sur la tendance de Sara Netanyahu à mettre en avant « sa glorieuse contribution » en tant que psychologue pour les enfants de Jérusalem, il dit que l’ayant fait entrer dans le service psychologique lorsqu’il était maire de Jérusalem, et en sachant beaucoup de détails sur elle, il ne publiera pas « des choses embarrassantes. »

« Il suffit de dire que pour le bien des enfants de Jérusalem, Mme Netanyahu ne se présente presque jamais au travail », dit-il.

Ehud Olmert et Shula Zaken, September 2011. (Uri Lenz/Flash90)

A propos de Shula Zaken, sa chef de bureau et confidente de longue date qui a fini par témoigner contre lui dans le cadre d’une négociation de plaidoyer contre une peine réduite, Olmert affirme qu’elle a probablement pris des pots-de-vin au-delà des cadeaux qu’elle a reçus dans l’affaire de corruption immobilière à Jérusalem pour laquelle il a été envoyé en prison.

Zaken a été condamnée à 11 mois de prison, purgeant une peine que la commission des libérations conditionnelles a par la suite réduite d’un tiers en raison de sa bonne conduite.

Niant qu’il ait essayé de l’empêcher de témoigner contre lui (malgré son aveu contraire dans le cadre de son propre plaidoyer), Olmert réfute l’idée autrefois largement répandue que Zaken avait sacrifié sa vie par loyauté obstinée envers Olmert.

« Pour décrire cette relation en termes de sacrifice de soi, ignorer le fait que, à cause de moi, elle soit passée d’une simple dactylo dans un bureau juridique médiocre à assistante du Premier ministre, dément la vérité », dit-il.

Olmert, qui aurait écrit le livre, au stylo, dans une cellule qu’il partageait avec deux autres hommes condamnés dans l’affaire Holyland, aborde également la deuxième guerre du Liban, dans laquelle Israël a envahi le sud du Liban sous ses ordres. Le groupe terroriste du Hezbollah a tué trois soldats israéliens et en a kidnappé deux autres lors d’une attaque transfrontalière.

Olmert admet « pas mal d’échecs », citant un discours qu’il a prononcé à la Knesset après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu dans lequel il assumait la responsabilité de tous les échecs. Dans une apparente référence au comportement de Netanyahu après la guerre Israël-Gaza de 2014, il écrit : « J’étais responsable alors – et je l’ai toujours été … Je n’ai pas manipulé, je n’ai pas été suffisant, je n’ai blâmé personne, je ne me suis pas comporté comme une victime. »

Dani Dankner, à gauche, vu le 1er février 2008, alors qu’il était président du conseil d’administration de la banque Hapoalim. (Roni Schutzer / Flash 90)

A l’aile 10 de la prison de Ma’asiyahu de Ramle, qui a connu une rénovation à hauteur de 4 millions de shekels avant que ses pensionnaires VIP ne s’installent, Olmert note que Dani Dankner, ancien président du conseil d’administration de la Bank Hapoalim, qui purge une peine suite à des pots-de-vin dans l’affaire Holyland, était le patron de l’aile.

« Il nie ce statut, mais dans la pratique son autorité est acceptée avec amour et respect », dit Olmert. « Quand il y a des responsabilités, je suis là. Je ne veux pas être une exception. Quand c’est à mon tour de laver un couloir – je le fais. Quand les légumes doivent être coupés finement, je fais de mon mieux. Je suis l’un deux. Sans faveurs ni avantages. »

Il révèle que l’aile de la prison fermait à 20h30. Chaque nuit, les portes des cellules sont verrouillées à partir de 22 heures jusqu’à 6 heures le lendemain matin. Avant de se coucher, Dankner lui offrait à lui et à son camarade de chambre Uri Shitrit un morceau de chocolat noir. Shitrit, un ancien ingénieur du Conseil municipal de Jérusalem, a également été reconnu coupable dans l’affaire Holyland.

Dans un moment d’introspection, Olmert dit : « Je me demande encore et encore si tout cela était nécessaire. Était-ce évitable ? Est-ce que je me suis trompé à un moment de ma carrière publique qui fait que d’une position sans égal dans la vie publique, je suis passé à prisonnier ? »

Olmert, qui a occupé le poste de Premier ministre de 2006 à 2009, a été libéré le 2 juillet 2017, après avoir purgé 16,5 mois d’une peine de 19 mois pour abus de confiance et corruption dans deux condamnations pour corruption.

Il a été le premier Premier ministre israélien à aller en prison.

L’année dernière, la police a tenté de retarder les audiences de libération conditionnelle d’Olmert car elle craignait qu’il n’inclut dans son autobiographie des documents classifiés relatifs au bombardement d’un réacteur nucléaire syrien en septembre 2007.

Un manifestant palestinien présente une chaussure sur une banderole montrant le Premier ministre Ehud Olmert et le ministre de la Défense Ehud Barak lors d’une manifestation dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 5 janvier 2009 (Issam Rimawi / flash90)

Israël n’a jamais officiellement confirmé qu’il était responsable de l’attaque du réacteur dans la région de Deir Ezzor en Syrie, et les médias israéliens n’ont pas eu le droit de confirmer une connexion israélienne.

Dans un autre extrait, Olmert affirme qu’avant les élections de 2006, l’ancien Premier ministre Ehud Barak avait voulu une place sur la liste du parti Kadima, qu’Olmert dirigeait à l’époque. Barak avait abandonné l’idée de reprendre la direction du parti travailliste à la fin de 2005, en raison des faibles résultats aux sondages.

« Il a demandé à rejoindre Kadima ; il m’a supplié de le mettre sur la liste, même à la 20ème place, et il était clair qu’il cherchait une nouvelle base pour essayer de décoller », écrit Olmert, qui n’a pas accepté la proposition parce que le public dit-il n’avait pas pardonné « l’incroyable échec de Barak en tant que Premier ministre ».

En réponse, Barak a appelé Olmert « un menteur certifié par le tribunal » et a critiqué Yedioth pour avoir publié les affirmations d’Olmert sans chercher à obtenir un droit de réponse de sa part. Dans un tweet, il a ajouté : « Son affirmation selon laquelle j’ai demandé à unir le Parti travailliste et Kadima est un mensonge, tout comme son affirmation selon laquelle il n’a jamais demandé l’aide de Shula Zaken. »

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