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'Mettre fin au conflit et passer à un nouveau monde'

Oman déclare participer aux pourparlers de paix mais pas en tant que médiateur

Après la visite de Netanyahu dans le sultanat, son ministre des Affaires étrangères a déclaré qu’Israël devrait être traité "de la même manière" que les autres États de la région

La ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, s'entretient avec le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Yusuf bin Alawi, lors du 14ème sommet de l'Institut international d'études stratégiques à Manama, dans la capitale bahreïnienne, Manama, le 27 octobre 2018. (Crédit : AFP)
La ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, s'entretient avec le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Yusuf bin Alawi, lors du 14ème sommet de l'Institut international d'études stratégiques à Manama, dans la capitale bahreïnienne, Manama, le 27 octobre 2018. (Crédit : AFP)

Après une visite surprise vendredi à Oman du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre des Affaires étrangères du sultanat du Golfe a déclaré samedi qu’Israël devait être accepté dans la région, et a proposé qu’Oman contribue aux pourparlers de paix israélo-palestiniens.

S’exprimant lors d’un sommet sur la sécurité à Bahreïn, Yussef bin Alawi, bin Abdullah, a affirmé qu’Oman ne servirait pas de médiateur, mais proposerait des idées de négociations, tout en exprimant son soutien aux efforts de paix dirigés par le président américain Donald Trump.

« Israël est un État de la région, nous le comprenons tous. Le monde est également conscient de cela, et il est peut-être temps qu’Israël soit traité de la même manière et ait les mêmes obligations », a déclaré bin Abdullah à la conférence de samedi, selon l’agence de presse Reuters.

Ce commentaire faisait suite à une visite de Netanyahu à Oman vendredi, la première d’un leader israélien depuis plus de vingt ans, et un signe de réchauffement notoire des liens entre l’Etat juif et le monde arabe sunnite. Netanyahu et sa femme Sara se sont rendus à Mascate pour rencontrer le sultan Qaboos bin Said, qui avait adressé une invitation au couple « après de longs contacts entre les deux pays », a annoncé le bureau du Premier ministre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est accueilli par le sultan Qaboos bin Said à Oman, le 26 octobre 2018 (Crédit : autorisation)

Une déclaration commune publiée plus tard par Jérusalem et Mascate indique que les deux dirigeants ont discuté des « moyens de faire avancer le processus de paix au Moyen-Orient ainsi que de plusieurs questions d’intérêt commun concernant la réalisation de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient ».

Samedi, le ministre des Affaires étrangères omanais a déclaré qu’en soutenant les efforts de paix israélo-palestiniens, « nous ne disons pas que la route est maintenant facile, mais notre priorité est de mettre fin au conflit et de passer à un nouveau monde. »

Israël n’a pas de relations diplomatiques officielles avec Oman, comme avec la plupart des États arabes. Avant cette rencontre, un certain nombre de hauts responsables israéliens ont rencontré le sultan omanais.

Toujours lors du sommet, le ministre bahreïni des Affaires étrangères, Khalid bin Ahmed Al Khalifa, a exprimé son soutien aux efforts d’Oman pour promouvoir la paix israélo-palestinienne.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Jubeir, a déclaré que des pourparlers aideraient à normaliser les relations diplomatiques entre Israël et le monde arabe à Reuters. Le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, et ses homologues italien et allemand ont également assisté à la conférence.

Le ministre des affaires étrangères d’Oman, Yusuf bin Alawi, à gauche, s’entretient avec le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Jubeir, à l’occasion du 14ème sommet de l’Institut international d’études stratégiques à Manama, la capitale bahreïnienne, le 27 octobre 2018. (Crédit : AFP)

Un responsable israélien anonyme qui était au courant des détails de la visite de Netanyahu a déclaré au New York Times que puisqu’Oman est perçu comme un médiateur juste par tous les pays du Moyen-Orient, ce voyage pourrait ouvrir de nouvelles perspectives diplomatiques à Israël.

Le responsable a également déclaré qu’Israël pourrait utiliser Oman comme canal vers l’Iran et la Syrie. Oman a été profondément impliqué dans les discussions américano-iraniennes qui ont abouti à l’accord nucléaire de 2015 entre Téhéran et six puissances mondiales, dont les Etats-Unis. Trump a retiré son pays de cet accord plus tôt dans l’année.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, accompagné de son épouse Sara, est accueilli par le sultan Qaboos bin Said à Oman, le 26 octobre 2018 (Crédit : autorisation)

Le bureau de Netanyahu a déclaré vendredi : « La visite du Premier ministre est une étape importante dans la mise en œuvre de la politique qu’il a exposée pour renforcer les relations avec les États de la région tout en exploitant les atouts d’Israël en matière de sécurité, de technologie et d’économie. »

Le Premier ministre israélien parle depuis des années du réchauffement des relations entre Israël et le monde arabe, citant non seulement l’Iran comme ennemi commun, mais également l’intérêt de nombreux pays à coopérer avec Israël sur les questions de sécurité, de défense et de haute-technologie.

« Vous ne devez pas sous-estimer l’ouverture et l’envie du monde arabe envers Israël aujourd’hui », a-t-il déclaré jeudi. « Et la raison première, avant toute autre chose, est que nous sommes excellents en matière d’innovation. »

Oman, un pays d’environ quatre millions et demi d’habitants situé sur la côte sud-est de la péninsule arabique, est depuis longtemps l’un des rares États arabes à ne pas avoir déserté les relations avec Israël.

En 1994, le Premier ministre israélien d’alors, Yitzhak Rabin, s’était rendu à Oman, où il avait été accueilli par le sultan. En 1995, quelques jours après l’assassinat de Rabin, le Premier ministre par intérim, Shimon Peres, avait accueilli le ministre des Affaires étrangères omanais, Yusuf Ibn Alawi, à Jérusalem.

En janvier 1996, Israël et Oman ont signé un accord sur l’ouverture réciproque de bureaux de représentation commerciale. « Oman pense que l’étape en cours conduira à des progrès continus dans le processus de paix et à une stabilité accrue dans la région », déclarait le ministère israélien des Affaires étrangères à l’époque, précisant que son rôle principal serait « de développer des relations économiques et commerciales réciproques avec Oman, ainsi qu’une coopération dans les domaines de l’eau, de l’agriculture, de la médecine et des communications. »

Quatre mois plus tard, Peres s’était rendu à Oman pour y ouvrir officiellement des « bureaux de représentation commerciale d’Israël ».

Le bureau israélien de Mascate a fermé ses portes en 2000 à la suite de la Seconde Intifada, alors que l’opinion publique se retournait contre Israël, mais le gouvernement a discrètement encouragé les diplomates israéliens à rester aussi longtemps que les relations entre les deux pays resteraient secrètes.

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