ONU : Danny Danon veut revenir en politique en Israël et vise un haut poste
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Interview

ONU : Danny Danon veut revenir en politique en Israël et vise un haut poste

Ambassadeur israélien aux Nations unies, l'adversaire de Netanyahu par le passé a estimé qu'il sera "difficile" à ce dernier de tenir bon sous inculpation

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

L'ambassadeur d'Israël à l'ONU Danny Danon au Conseil de sécurité de l'ONU le 25 juillet 2017 (Crédit : l'ONU / Manuel Elias via la mission d'Israël à l'ONU)
L'ambassadeur d'Israël à l'ONU Danny Danon au Conseil de sécurité de l'ONU le 25 juillet 2017 (Crédit : l'ONU / Manuel Elias via la mission d'Israël à l'ONU)

NEW YORK — Danny Danon est prêt pour le changement. Le mois prochain, il fêtera son quatrième anniversaire au poste d’ambassadeur israélien aux Nations unies – un signe, pour lui, qu’il est temps d’avancer.

« Je plaisante en permanence avec ma chère amie, l’ambassadrice Haley, en lui disant qu’elle a obtenu la condamnation la plus courte au sein de l’institution parce qu’elle est partie au bout de deux ans et que j’achève actuellement ma quatrième année », s’amuse-t-il lors d’un entretien accordé cette semaine au siège des Nations unies au Times of Israël, en évoquant l’ancienne envoyée américaine Nikki Haley. « Je pense qu’après quatre années passées là, il est temps de réfléchir à l’avenir. »

L’ancien député du Likud ne cache pas sa volonté de faire son retour en politique, ni la grandeur de ses ambitions.

« La prochaine fois que vous entrerez dans mon bureau, ce sera l’occasion de voir la liste des anciens ambassadeurs. Vous verrez que l’un d’eux est devenu président, un autre ministre des Affaires étrangères et que Bibi [ambassadeur israélien à l’ONU de 1984 à 1988] est devenu Premier ministre », a-t-il noté, utilisant le surnom donné au Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Pour le moment, sa situation reste floue. Alors que l’avenir politique d’Israël est incertain, il est dans l’incapacité de programmer son départ exact de Turtle Bay – mais Danon explique néanmoins qu’il restera à son poste au moins jusqu’au début de l’année 2020.

Mercredi, le président Reuven Rivlin a confié à Netanyahu la tâche de former un gouvernement en premier – mais la perspective de voir Israël retourner aux urnes pour la troisième fois en douze mois ne cesse de devenir plus réelle. La télévision israélienne a fait savoir vendredi que le Premier ministre pourrait annoncer dès les prochains jours qu’il n’a pas été en mesure de rassembler une majorité. Son principal adversaire, le chef de Kakhol lavan, Benny Gantz, est encore moins garanti de pouvoir former une coalition.

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz (à gauche), le président Reuven Rivlin (au centre) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) se rencontrent à la résidence du Président à Jérusalem, le 25 septembre 2019. (Amos Ben Gershom/GPO)

En même temps, Danon estime que ses pronostics valent ceux de n’importe qui d’autre. En marge de l’Assemblée générale de l’ONU, il s’est entretenu avec le Times of Israël pour évoquer l’intérêt croissant de l’institution internationale, ces derniers temps, pour l’Iran, mais aussi la crise politique israélienne, l’initiative de paix de Trump dans le conflit israélo-palestinien et plus encore.

Danon, Likudnik de droite, opposé à une solution à deux Etats, clame que l’administration Obama a davantage soutenu l’Etat juif que de nombreux membres de son parti ne l’affirment. Il estime également qu’il sera « très difficile » pour Netanyahu de conserver son autorité s’il est finalement inculpé dans ses affaires judiciaires.

Voici une retranscription de notre conversation, révisée et condensée pour plus de clarté.

Comment s’est déroulée l’Assemblée générale pour vous jusqu’à présent ?

Bien chargée, comme toujours. Et très intéressante. Tout le monde parle des Iraniens, en particulier après l’attaque perpétrée en Arabie saoudite. Nous ne sommes donc pas les seuls à évoquer la menace provenant de l’Iran, il y a aussi les autres dirigeants arabes qui arpentent les couloirs, qui s’expriment lors des événements, et c’est vraiment mieux que nous ne soyons pas les seuls à en parler.

Ainsi l’Iran a été un sujet majeur. Et le processus de paix ?

Pas du tout.

Personne n’en parle ?

[Le président iranien Hassan] Rouhani l’a mentionné mais cela n’a pas été le cas du président Trump. Ce n’a pas été un sujet majeur.

Mais on s’attendait, avec ce qu’avait dit la Maison-Blanche, que le plan de paix soit diffusé après les élections. Manifestement, ce n’est pas aussi évident que ça. Mais la révélation du volet politique de la proposition s’annonçait imminente.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le Président américain Donald Trump, lors de leur rencontre au Palace Hotel à New York, avant l’Assemblée générale des Nations Unies, le 18 septembre 2017. (AFP Photo/Brendan Smialowski)

Il y a la réalité politique, en Israël et ici. En Israël, nous sommes allés voter. Je pense que ne pas rendre public le plan de paix avant le scrutin a été la bonne décision à prendre. Aujourd’hui, la formation du gouvernement peut durer un moment de notre côté. Au mois de novembre, ici, aux Etats-Unis, il va y avoir un nouveau cycle d’élections nationales.

Le moment choisi par l’administration pour rendre son plan public revient donc absolument à cette dernière et nous serons très respectueux des initiatives entreprises – sans connaître le contenu de la proposition, mais nous allons voir le travail qui a été effectué. Nous apprécions les efforts qui ont été livrés et nous saurons faire preuve d’ouverture d’esprit.

Parlons de votre patron. Est-ce la fin de l’ère Bibi ?

Cela ne va pas être simple. Nous avons eu dans le passé un gouvernement d’unité. Ca n’a pas été parfait, mais ça a fonctionné. Peut-être que ça va être une solution. Un grand nombre de chefs d’Etat que j’ai eu l’occasion de rencontrer aujourd’hui et hier m’interrogeaient sur Bibi : « Comment va Bibi ?… » Est-ce qu’il va s’en sortir ou non ? Je leur réponds que nous espérons que tout se passera bien et qu’il a beaucoup d’expérience mais que les chiffres sont durs. Au final, personne n’a gagné cette élection.

Pensez-vous qu’il puisse y avoir un troisième scrutin ?

Avec un peu de chance, non mais si on regarde la loi – avec tout le respect que je dois au président, au Premier ministre, à Benny Gantz [leader de Kakhol lavan] – il y a un calendrier. S’il n’y a pas de gouvernement formé, alors il y aura automatiquement un troisième scrutin.

Bien entendu, nombreux sont ceux qui spéculent sur le fait que si Netanyahu se trouve dans l’incapacité de conserver sa fonction de Premier ministre, il sera plus vulnérable face aux poursuites.

La semaine prochaine, il va y avoir une audience en présence du procureur-général. Et j’espère qu’il ne sera pas inculpé. Je ne souhaite pas personnellement qu’une telle chose lui arrive. Et je pense que pour Israël, ce n’est pas quelque chose que nous souhaitons voir non plus.

Benjamin Netanyahu et Danny Danon à la Knesset en juin 2015. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

S’il est inculpé, pensez-vous qu’il soit en mesure de servir au poste de Premier ministre ?

La loi l’autorise à rester mais politiquement, il faut qu’il puisse rassembler et maintenir un gouvernement. Ca va être très difficile.

Que pensez-vous du fait que Trump ne se soit pas précipité pour prendre sa défense la semaine dernière lorsqu’il a été interrogé sur les élections ? Il a dit : « Notre relation est avec Israël. »

Avant tout, il a eu raison. Nos relations s’établissent entre nations. Trump ne sera pas au pouvoir dans cinq ans, ou dans un an. Netanyahu ne sera plus au pouvoir dans quelques années ou dans un an. Mais notre relation existera encore. Ses propos étaient justes.

Je sais qu’ils sont bons amis mais nombreux sont les dirigeants qui regardent Israël et qui ignorent malheureusement ce qui est en train de se passer.

Il n’a pas semblé croire que Netanyahu pourrait aller de l’avant dans ces conditions.

Eh bien, à l’issue du premier scrutin, il a eu des propos de colère parce que rien n’était fini, en fait. Ce qui ne l’a pas réjoui parce qu’il a des projets, qu’il veut que les choses se fassent. Et que c’est très difficile de faire les choses quand on se trouve dans le flou.

Dans un tel contexte d’incertitude et de tumulte, que pensez-vous concernant votre avenir ?

Même si je suis représentant permanent, je ne vais pas rester éternellement ici. Je pense au lendemain du jour où je ne serai plus ambassadeur à l’ONU. Je prévois de revenir [en Israël] et de m’y impliquer. La prochaine fois que vous aurez l’occasion de venir dans mon bureau, vous verrez la liste des anciens ambassadeurs. Vous verrez que l’un d’eux est devenu président, qu’un autre est devenu ministre des Affaires étrangères et que Bibi est devenu Premier ministre.

Et donc ici, c’est un bon poste – vous y gagnez beaucoup d’expérience en termes de politique mondiale et de relations internationales ainsi que de nombreux amis dans tout autant de capitales. Je pense que mon retour sera très important.

Combien de temps pensez-vous rester encore ? Cela peut dépendre, bien sûr, de celui qui sera désigné Premier ministre.

Je plaisante en permanence avec ma chère amie, l’ambassadrice Haley, en lui disant qu’elle a obtenu la condamnation la plus courte au sein de l’institution parce qu’elle est partie au bout de deux ans et que j’achève actuellement ma quatrième année. Pour le moment, je suis là. Je commence à travailler avec la nouvelle ambassadrice. Malheureusement, gérer nos problèmes exige beaucoup de la part de l’ambassadrice américaine.

Cela dépendra en partie du gouvernement mais je pense d’ores et déjà à la suite. Je ne fais rien pour mais j’y pense – je pense qu’après quatre ans, il est temps de réfléchir à l’avenir.

Ici, aux Nations unies, vous travaillez avec une nouvelle envoyée américaine, Kelly Craft. Quelle différence y a-t-il entre le travail effectué avec elle et celui réalisé aux côtés de l’ancienne ambassadrice Nikki Haley ?

L’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations Unies Nikki Haley s’entretient avec l’ambassadeur d’Israël auprès des Nations Unies Danny Danon avant un vote à l’Assemblée générale le 13 juin 2018, à New York. (AFP PHOTO / Don EMMERT)

Je pense que c’est trop tôt pour le dire. L’ambassadrice Haley était formidable – elle nous a défendus, elle a parlé en notre faveur avec beaucoup de force. L’ambassadrice Kraft a fait sa première apparition au Conseil de sécurité vendredi dernier. Elle a été également très impressionnante parce qu’elle a consacré l’intégralité de son discours à son engagement à l’égard d’Israël.

Et cette apparition a donc été très intéressante, très impressionnante. Je crois qu’elle sera une bonne ambassadrice. Le président soutient fermement Israël et je pense que nous le ressentons tous vraiment ici, à l’ONU.

Vous êtes devenu ambassadeur ici sous l’administration Obama. Comment peut-on comparer les choses ? Comment comparez-vous Haley à Samantha Power qui vient de sortir un nouveau livre ?

Je pense que l’ambassadrice Haley a publiquement embrassé et soutenu Israël. Elle a été très importante pour nous. Nous bénéficiions également de ce soutien avec l’administration Obama. Mais il s’exprimait de manière très différente, plus sophistiquée, plus calme. Et, en fin de compte, il y a eu cette résolution scandaleuse au Conseil de sécurité. Scandaleuse, parce que personne ne se souviendra de ce que nous avons fait de positif ensemble sous l’administration Obama.

Vous pensez donc que l’administration Obama n’est pas suffisamment créditée en termes de soutien pro-israélien ?

Je pense que les choses ne sont pas en noir et blanc. Si quelqu’un fait quelque chose de bien en faveur d’Israël, même si on ne le soutient pas, on peut quand même le reconnaître. Je le dis à mes amis républicains, si le président Obama a fait quelque chose de positif, il faut le reconnaître. Personnellement, je le reconnais. Nous avons eu le soutien des Etats-Unis ici, à l’ONU, mais la dernière résolution a été une erreur horrible, je le pense, et elle a jeté une ombre sur l’intégralité du travail qu’avait réalisé l’administration ici, aux Nations unies.

Barack Obama et Benjamin Netanyahu à la Maison-Blanche, le 1er octobre 2014. (Crédit photo: Jim Watson / AFP)

Mais le président Obama n’avait pas été le premier président américain à permettre l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité critique d’Israël au sujet des implantations ou de son usage de la force militaire. Reagan l’avait fait. George H.W. Bush était plus dur à l’égard d’Israël. Pourquoi cette résolution s’est-elle avérée si incendiaire ?

Je pense que le moment choisi a été problématique. C’était à peu près le dernier jour, la dernière semaine : Pourquoi le faire à ce moment-là ? Et ça a été la manière de procéder. Dans notre dos. Si le président Obama s’était ouvertement exprimé en disant que c’était son héritage, que c’était son programme, qu’il voulait se présenter au Conseil de sécurité, nous n’aurions pas été contents, c’est certain. Mais nous aurions accepté. La manière dont les choses se sont déroulées, l’utilisation d’intermédiaires, d’autres nations, pour dire que les Etats-Unis n’étaient pas impliqués alors même qu’ils l’étaient, tout cela a laissé un goût amer.

Je veux revenir à Trump. L’inquiétude existe, parmi une portion assez considérable de la communauté pro-israélienne à Washington et dans le pays, qu’il politise la relation qui existe entre les Etats-Unis et Israël, semblant la transformer en cause du camp républicain. Considérez-vous les choses de cette manière ? Etes-vous inquiet que cela puisse nuire à Israël ?

C’est complexe, parce que nous ne voulons pas qu’Israël entre dans le débat politique. Nous accordons beaucoup de valeur au soutien bipartisan. Après avoir dit cela, on ne peut pas dire au président ou à un candidat démocrate de ne pas aborder le sujet d’Israël dans le cadre du débat. Nous voulons qu’Israël soit soutenu par les deux parties. Mais c’est une question qui va toutefois se poser – le président va utiliser ses actions au Moyen-Orient et il va s’en attribuer le mérite.

Nous ne sommes pas impliqués dans le processus politique des Etats-Unis. Et maintenant, il va y avoir un impeachment. Les Etats-Unis ont leurs problèmes, nous avons les nôtres à Jérusalem mais si on nous interroge sur ce qu’a fait l’administration, alors nous reconnaîtrons que nous lui sommes reconnaissants.

Principalement pour l’Iran — dans un domaine différent – puis pour l’ambassade, puis pour le plateau du Golan. Dans cet ordre.

Le président américain Donald Trump dans le bureau ovale de la Maison-Blanche à Washington, le 9 juillet 2019. (Nicholas Kamm/AFP)

Mais lorsqu’il a dit que les Démocrates haïssent Israël et les Juifs, est-ce que cela a été utile ?

Je ne suis pas dans une position me permettant de commenter ce que dit le président mais en général, lorsque je prends la parole devant la communauté juive, je dis que nous ne devons pas généraliser.

En remontant dans le temps : Quand vous avez été nommé à votre fonction, vous étiez un important adversaire de Netanyahu dans le pays. En fait, la rumeur disait à l’époque qu’il vous avait envoyé ici pour supprimer un rival. Considérez-vous les choses de cette manière ? Comment votre relation a-t-elle évolué depuis ?

Nous travaillons ensemble. Je pense qu’il apprécie les efforts que je suis amené à livrer et pour ma part, j’ai appris à apprécier ses compétences dans l’arène internationale. Il a été également ministre des Affaires étrangères et je n’avais donc pas de supérieur supplémentaire – ce qui a été plus facile pour moi.

En ce qui concerne le fait de « m’éloigner », je pense qu’avoir été ici, avec l’exposition dont j’ai bénéficié, m’aura finalement aidé pour l’avenir. Et si je ne sais pas quelles étaient ses intentions lorsqu’il m’a proposé ce poste, je lui suis reconnaissant de m’avoir offert cette opportunité.

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