« Our Boys »: Hagai Levi et la complexité du conflit israélo-palestinien à l’écran
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« Our Boys »: Hagai Levi et la complexité du conflit israélo-palestinien à l’écran

Ecrite pour la chaîne américaine HBO et prochainement diffusée sur Canal+, la série revient sur la mort d'un jeune arabe en été 2014, après l'assassinat de trois ados israéliens

Une image tirée de la série "Our Boys". (Ran Mendelson/HBO)
Une image tirée de la série "Our Boys". (Ran Mendelson/HBO)

Après avoir triomphé avec « The Affair » et « In Treatment », le scénariste Hagai Levi qui a propulsé la série « made in Israel », défend sa dernière création, une chronique politique sur le conflit israélo-palestinien qualifiée d' »antisémite » par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Assis dans un café de Tel-Aviv, Hagai Levi jette un œil furtif à l’écran de son ordinateur. « C’est ici que j’écris », dit l’auteur israélien de 56 ans, avant de tirer sur sa cigarette électronique. La lumière tamisée et les couleurs chaudes des murs confèrent au lieu une atmosphère presque « hoppérienne ».

Le regard doux et profond, le créateur de « Our Boys« , sorti ces derniers mois en Israël et aux Etats-Unis, assure avoir « ressenti le besoin » de parler de ce qui se passe en Israël. « C’est compliqué », admet-il en esquissant un sourire.

La série, coécrite pour la chaîne américaine HBO avec Tawfik Abou-Wael et le cinéaste Joseph Cedar et prochainement diffusée en France sur Canal+, revient sur la mort d’un Arabe de 16 ans en juillet 2014.

Trois extrémistes juifs avaient avoué le meurtre du jeune Palestinien, brûlé vif dans un bois de l’ouest de Jérusalem.

Polémique

Ils avaient invoqué un acte de vengeance après l’enlèvement et le meurtre quelques jours plus tôt de trois adolescents israéliens en Cisjordanie par des membres du groupe terroriste palestinien du Hamas, qui avait entraîné l’Opération Bordure protectrice.

Les trois adolescents enlevés et assassinés, de gauche à droite : Naftali Fraenkel, Gil-ad Shaar et Eyal Yifrach (Crédit : autorisation)

Ces évènements avaient préludé à la guerre dévastatrice de l’été 2014 entre Israël et le mouvement terroriste islamiste à Gaza.

L’assassinat d’Eyal Yifrach (19 ans), Naftali Frankel et Gilad Shaer (16 ans) avait provoqué une vive émotion dans leur pays. En marge de leurs funérailles, une centaine de personnes avaient manifesté aux cris de « Mort aux Arabes ».

« Je ne pense pas que ces gens voulaient vraiment tuer des Arabes », estime Hagai Levi. Mais il faut comprendre que les mots « pris au sens littéral par des personnes psychologiquement instables » peuvent conduire au pire.

Benjamin Netanyahu avait qualifié la série d' »antisémite » et en appelait au boycott du groupe audiovisuel Keshet, qui l’a co-produit, et de la chaîne 12, qui l’a diffusé.

« Our Boys » ne consacre que quelques minutes d’archives documentaires au meurtre des trois Israéliens et se focalise ensuite sur celui du garçon arabe, « un fait choquant, mais rare », avait estimé Benjamin Netanyahu, ulcéré par une série qui « ternit l’image d’Israël ».

La maison de l’adolescent Mohammed Abu Khdeir (Crédit : Elhanan Miller/Times of Israel)

« Au contraire », se défend Hagai Levi, « la série montre comment tout s’est mis en place côté israélien pour trouver et condamner les responsables de la mort de Mohammed Abou Khdeir (…) mais il faut pour cela attendre le troisième épisode ».

Tournée en hébreu et en arabe dans une Jérusalem loin des clichés touristiques, « Our Boys » dépeint selon lui une « réalité complexe » dans laquelle « il n’y a pas de méchants et de gentils ».

Né dans un kibboutz religieux du centre d’Israël, Hagai Levi découvre la magie du grand écran à 16 ans en étant projectionniste dans le petit cinéma du kibboutz.

Pionnier des séries

Il devient critique de cinéma avant d’entamer une carrière à la télévision israélienne. A la fin des années 1990, il produit une première série, « Short Stories About Love », puis se consacre à l’écriture et la réalisation de feuilletons.

Le cinéaste Hagai Levy. (Crédit : CC BY-SA 3.0)

A l’étude des textes sacrés qui a jalonné son enfance, Hagai Levi a substitué la psychologie, qu’il a mis en images dans « Betipul », une série se déroulant dans le cabinet d’un psychologue.

Cette première série israélienne adaptée à l’étranger, par la chaîne américaine HBO en 2008 (sous le nom « In Treatment »), a depuis conquis le monde et ouvert les portes d’Hollywood aux auteurs israéliens.

La France prépare actuellement un remake piloté en partie par le duo Eric Toledano et Olivier Nakache, réalisateurs du film Intouchables.

Mais c’est le récit d’une relation extraconjugale qui a propulsé Hagai Levi au rang de génie des séries : « The Affair », cosignée avec Sarah Treem pour la chaîne américaine Showtime, a été récompensée par un Golden Globe en 2015.

« Le couple et ses dilemmes m’intéressent particulièrement », glisse le scénariste qui se consacre à l’adaptation de « Scènes de la vie conjugale », du cinéaste suédois Ingmar Bergman.

Un autre projet lui tient à cœur: l’écriture d’un film sur Etty Hillesum, jeune juive néerlandaise morte à Auschwitz. « Son journal intime a changé ma vie », confie Hagai Levi.

A LIRE : Daniel Epstein nous raconte – l’incroyable – philosophie d’Etty Hillesum sous la Shoah

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