Pour le réalisateur de « Our Boys », les accusations de Netanyahu sont « cyniques »
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Pour le réalisateur de « Our Boys », les accusations de Netanyahu sont « cyniques »

Lors de l'enregistrement d'un podcast de l'AJC-TOI, Joseph Cedar a dénoncé les accusations d'antisémitisme de Netanyahu au sujet de sa série pour HBO sur le conflit à Gaza de 2014

  • Le réalisateur Joseph Cedar, à gauche, discute de sa nouvelle série diffusé sur HBO, "Our Boys", avec Seffi Kogen pour le podcast "People of the Pod" de l'AJC/Times of Israel. (AJC/ Michael Priest Photography)
    Le réalisateur Joseph Cedar, à gauche, discute de sa nouvelle série diffusé sur HBO, "Our Boys", avec Seffi Kogen pour le podcast "People of the Pod" de l'AJC/Times of Israel. (AJC/ Michael Priest Photography)
  • Adam Gabay dans "Our Boys". (Ran Mendelson/HBO)
    Adam Gabay dans "Our Boys". (Ran Mendelson/HBO)
  • Shlomi Elkabetz dans "Our Boys". (Ran Mendelson/HBO)
    Shlomi Elkabetz dans "Our Boys". (Ran Mendelson/HBO)
  • Jony Arbid et Ruba Blal Asfour dans "Our Boys". (Ran Mendelson/HBO)
    Jony Arbid et Ruba Blal Asfour dans "Our Boys". (Ran Mendelson/HBO)

NEW YORK — L’initiative ACCESS de l’American Jewish Committee propose des programmes et des conversations avec de jeunes actifs juifs, et je me suis senti comme Mathusalem lorsque je suis arrivé au siège de l’AJC à Manhattan mardi pour l’enregistrement d’un podcast. Pas moins de quatre jeunes femmes très enthousiastes, bien habillées et au regard vif étaient là pour m’accueillir chaleureusement. Quiconque craignait que les organisations juives étaient menacés par un vieillissement de ses membres peut être rassuré.

J’étais là pour assister à l’enregistrement de « People of the Pod », le podcast collaboratif de l’AJC et du Times of Israel. L’invité du jour était le réalisateur Joseph Cedar, venu discuter de son nouveau projet pour HBO, la série « Our Boys » avec l’animateur Seffi Kogen.

« Lorsque nous avons appris que Joseph Cedar venait à l’émission, nous nous sommes dit : pourquoi ne pas en faire un mini-événement ACCESS ? », m’a expliqué l’un de ses nombreux organisateurs. Je regrette de ne pas lui avoir demandé son prénom, mais j’étais perturbé quand j’ai réalisé que personne dans la salle ne pouvait se souvenir de l’époque où les téléphones étaient accrochés au mur. En plus, je lorgnais sur les croissants au chocolat du buffet proposé pour l’occasion. Mais après avoir fait un peu de politesses (j’ai entendu une jeune femme dire : « non, là je suis en pré-Alyah », comme s’il s’agissait de son état de santé) l’invité d’honneur est arrivé, et je n’étais enfin plus le seul dinosaure du 20e siècle.

Joseph Cedar, un homme de 51 ans originaire de New York et d’Israël, est surtout connu pour son film « Footnote » sorti en 2011, la première (et sans doute dernière) comédie dramatique sur les études talmudiques. Il a été présenté en compétition à Cannes et a été nommé aux Oscar dans la catégorie meilleur film en langue étrangère (tout comme son premier film, « Beaufort »).

Son projet de 2016, « Norman: The Moderate Rise and Tragic Fall of a New York Fixer » (sorti directement en VOD en France), représente une chose rare dans la vie : la perfection. Bien que tiré d’une histoire vraie, le film ressemble à une adaptation d’un roman d’Isaac Bashevis Singer, et, comme j’en ai parlé avec lui il y a deux  ans, est connu pour sa scène où Richard Gere mange du hareng mariné dans le sous-sol d’une synagogue.

De jeunes professionnels juifs venus assister à l’enregistrement du podcast « People of the Pod » de l’AJC/Times of Israel. (AJC/ Michael Priest Photography)

Sur quoi a travaillé Joseph Cedar ces derniers temps ? Sur quelque chose de très différent.

Comme il l’a expliqué à Kogen dans le podcast, la série HBO « Our Boys » (dont deux épisodes doivent encore être diffusés par la chaîne) était initialement une commande. HBO a contacté Hagai Levi (créateur de la série « En analyse », notamment) en espérant qu’il pourrait faire quelque chose sur « l’été 2014 en Israël ». Il est alors allé voir Joseph Cedar, puis les deux ont pris contact avec le scénariste/réalisateur Tawfik Abu-Wael. Après avoir discuté, les trois auteurs ont fini par trouver l’angle sous lequel ils souhaitaient raconter l’histoire de cette période particulière.

Puis sont venus les commentaires du Premier ministre Benjamin Netanyahu qui les a accusés d’être antisémites.

Le réalisateur Joseph Cedar, à gauche, discute de sa nouvelle série diffusé sur HBO, « Our Boys », avec Seffi Kogen pour le podcast « People of the Pod » de l’AJC/Times of Israel. (AJC/ Michael Priest Photography)

« C’était formidable pour la publicité », a admis Cedar en souriant lorsque Kogen a soulevé la controverse, mais il n’a pas tardé à ajouter que l’accusation doit être prise son contexte, à savoir celui de la campagne eléctorale de Netanyahu, quand il a lancé cette affaire. « C’est cynique et nuisible », a-t-il ajouté.

Bien que la déclaration de Netanyahu soit inattendue (et je suis personnellement en désaccord avec elle), elle n’est pas complètement sortie de nulle part. Le premier épisode de « Our Boys » commence par montrer comment l’ensemble de la société israélienne a été concernée par l’enlèvement et le meurtre de trois adolescents par des terroristes du Hamas. Malheureusement, lorsque les corps ont été découverts, cela a conduit à des moments de discours public peu recommandable (Une foule nombreuse chante « Mort aux Arabes » dans la série, comme elle l’a fait dans la réalité) puis le meurtre en représailles de Mohammed Abu Khdeir, 16 ans, qui vivait à Jérusalem-Est. La majeure partie de cette série (bien que je dois avouer que je n’ai vu que les trois premiers épisodes) est une procédure policière axée sur un agent du Shin Bet (joué par Shlomi Elkabetz) qui traque les assassins d’Abu Khdeir.

Ce que « Our Boys » ne montre pas – comme l’a fait remarquer un membre de l’auditoire de l’AJC pendant la phase des questions et réponses – c’est que la plupart des Israéliens n’ont pas passé une journée à l’été 2014 sans courir dans un abri anti-bombe.

La série montre comment les assassins d’Abu Khdeir étaient des éléments voyous de la société israélienne, mais elle ne montre pas (du moins jusqu’à présent) comment les assassins des trois garçons étaient considérés par la société palestinienne.

Jony Arbid et Ruba Blal Asfour dans « Our Boys ». (Ran Mendelson/HBO)

Les accusations de partialité n’ont pas été rejetées, mais mises en contexte. Cedar a rappelé que « Our Boys » compte trois créateurs, chacun avec son propre point de vue. S’il y a un spectre entre la droite et la gauche israéliennes, dit-il, imaginez qu’il s’étende de la droite israélienne jusqu’à la droite palestinienne.

Cedar espère aussi que la série poussera les Juifs et les Israéliens à se demander si le fait de se considérer comme des « victimes » fait plus de mal que de bien pour un récit tribal.

De jeunes professionnels juifs venus assister à l’enregistrement du podcast « People of the Pod » de l’AJC/Times of Israel. (AJC/ Michael Priest Photography)

Sur une note plus légère, Cedar a expliqué pourquoi l’émission s’appelait « Our Boys » (littéralement, « Nos Garçons »). Les idées originales pour le titre comprenaient « Flesh of Our Flesh » (La chair de notre chair) et « Summer of 2014 » (L’été 2014), mais toutes les parties se sont finalement entendues sur « The Boys », qui reste le titre hébreu. Mais HBO leur a rappelé que Seth Rogen avait une émission intitulée « The Boys », donc le déterminant « the » est devenu le pronom « our ». Personnellement, je trouve que cela sonne bien.

Bien que je n’aie vu que trois des dix heures que dure la série, je peux dire que le spectacle, bien qu’énervant, est captivant, émouvant et très bien fait. Bien que je comprenne pourquoi certains, en particulier s’ils étaient en Israël en 2014, pourraient vouloir ne pas faire cas de cette série, pensant qu’elle est « unilatérale », je vais évoquer un argument familier. C’est un projet israélien qui ose l’autocritique, dans l’espoir de trouver une sorte de vérité supérieure. C’est, à mon avis, un objectif noble et juif.

J’ai vu environ quatre milliards de films du monde arabe, et certains sont brillants. Cependant, je n’arrive pas à me souvenir de ceux qui proposent plus qu’une longueur de Planck de doute sur le conflit israélo-palestinien. C’est une raison suffisante pour se ranger du côté de « Our Boys ».

Une image tirée de la série « Our Boys ». (Ran Mendelson/HBO)
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