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Pancarte antisémite : 6 mois de prison avec sursis pour Cassandre Fristot

L'enseignante d'allemand était absente; Elle encourait jusqu'à un an de prison et 45 000 euros d'amende

Cassandre Fristot, ancienne élue locale et ex-candidate FN aux législatives de 2012, sur une affiche de campagne.
Cassandre Fristot, ancienne élue locale et ex-candidate FN aux législatives de 2012, sur une affiche de campagne.

Une peine plus lourde que celle requise par le parquet : pour avoir brandi une pancarte antisémite lors d’une manifestation anti-pass sanitaire début août, Cassandre Fristot, enseignante d’allemand et ex-membre du FN a été condamnée mercredi à six mois de prison avec sursis pour « provocation à la haine raciale » par le tribunal correctionnel de Metz.

Le parquet avait requis trois mois de prison avec sursis et trois ans d’inéligibilité contre Mme Fristot, qui ne s’était pas déplacée à l’audience le 8 septembre, et qui n’était pas non plus présente mercredi.

La jeune femme de 34 ans a aussi été condamnée à verser entre un euro symbolique et 300 euros à huit des 13 organisations qui s’étaient constituées parties civiles, parmi lesquelles le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), la Licra et SOS Racisme.

Contacté par l’AFP, un de ses avocats, Me François Wagner, n’a pas souhaité réagir, soulignant simplement qu’ils avaient 10 jours pour éventuellement faire appel.

« Cette affiche n’était pas très compliquée à comprendre mais un peu cachée pour éviter la sanction pénale, ce qui n’est pas complètement courageux. Mais le tribunal ne s’y est pas trompé, donc c’est une victoire sur tout ce qui constitue une incitation à la haine », a salué Me Annie Levi-Cyferman, qui défendait la Ligue des Droits de l’Homme, une des parties civiles.

Pour Me David-Olivier Kaminski, qui représentait le Crif, « le tribunal a condamné pour la première fois en France l’antisémitisme moderne du ‘Mais Qui?’, il était important qu’une déclaration de culpabilité intervienne. C’est un signal qui est donné à toutes celles et ceux qui pourraient être tentés d’être les Cassandre Fristot des manifestations ».

Une pancarte où l’on peut lire pass sanitaire avec des symboles nazis lors d’une journée nationale de protestation contre la vaccination obligatoire Covid-19 pour certains travailleurs et l’utilisation obligatoire du passeport sanitaire réclamée par le gouvernement français, à Metz, le 14 août 2021. (Crédit : JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP )

La diffusion d’une photo de l’écriteau, brandi fièrement par la jeune femme coiffée d’un béret lors de la manifestation messine du 7 août, avait suscité un tollé dans la classe politique et les organisations de lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

« Pour elle, c’est une défaite »

Les noms de plusieurs responsables politiques, hommes d’affaires et intellectuels, dont la plupart sont juifs, étaient ciblés sur cette pancarte. Les noms inscrits encadraient le slogan « Mais qui ? » et l’exclamation « Traîtres!!! ».

Le slogan « Mais qui ? » est apparu à la suite d’une interview en juin sur la chaîne CNEWS d’un général à la retraite, Dominique Delawarde, signataire d’une tribune évoquant « le délitement » de la France publiée par Valeurs Actuelles.

A gauche, le général à la retraite, Dominique Delawarde et à droite le présentateur télé Jean Marc Morandini (Crédit : capture d’écran YouTube)

A la question « qui contrôle la ‘meute médiatique’ ? » et après plusieurs relances, il avait répondu « la communauté que vous connaissez bien », avant d’être coupé par le présentateur, Jean-Marc Morandini.

Ce slogan est « une autre manière de dire qu’on n’aime pas les juifs », avait, au moment des faits, déploré la Licra.

La jeune femme, professeure d’allemand remplaçante, avait été également suspendue par l’Education nationale, « provisoirement » selon ses avocats.

Elle encourait jusqu’à un an de prison et 45 000 euros d’amende.

« Pour elle, c’est une défaite, elle a toujours nié, elle fait la vierge effarouchée, la naïve, alors que c’est une militante aguerrie de l’extrême droite qui porte les valeurs antisémites traditionnelles de l’extrême droite », a poursuivi Me Levi-Cyferman.

Le procureur de la République de Metz, Christian Mercuri, avait lui aussi précisé que Mme Fristot était « connue pour son appartenance à la mouvance d’extrême droite ».

Lors de l’audience le 8 septembre, les avocats des 13 parties civiles avaient tous insisté sur le fait que la pancarte brandie le 7 août portait « les stigmates profondes de l’antisémitisme » et les « codes du complotisme », comme l’avait souligné Me David-Olivier Kaminski.

Ces affirmations avaient été contestées par les avocats de la défense, qui avaient nié tout antisémitisme de la part de leur cliente.

« Je voulais dénoncer les puissants, je leur reproche leurs décisions et non leur confession religieuse », avait affirmé Mme Fristot aux policiers lors de sa garde à vue.

Le tribunal n’a pas retenu ces arguments: il « a reconnu que son affiche était antisémite, car elle visait clairement les Juifs », a souligné Me Levi-Cyferman.

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