Pas de répit au Karabakh, inquiétude croissante pour les civils
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Pas de répit au Karabakh, inquiétude croissante pour les civils

Le bilan des morts - très partiel, Bakou ne communiquant pas ses pertes militaires - s'établit à 245, le Karabakh ayant revu à la baisse à 202 le nombre de ses soldats tués

Un bâtiment brûle après des bombardements pendant les combats en cours entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie au Nagorno-Karabakh, dans la ville de  Stepanakert, le 4 octobre 2020 (Crédit :   Areg Balayan / Armenian Government / AFP)
Un bâtiment brûle après des bombardements pendant les combats en cours entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie au Nagorno-Karabakh, dans la ville de Stepanakert, le 4 octobre 2020 (Crédit : Areg Balayan / Armenian Government / AFP)

Forces séparatistes arméniennes du Nagorny Karabakh et armée azerbaïdjanaise poursuivaient sans relâche lundi leurs affrontements, au lendemain d’une journée marquée par les bombardements de zones urbaines ayant fait des victimes civiles.

Le ministère des Affaires étrangères des séparatistes du Karabakh a indiqué que dans la matinée leur capitale, Stepanakert, peuplée de 50 000 habitants, était visée par « des tirs de roquettes intensifs ».

La veille, des deux côtés du front, des tirs d’artillerie avaient déjà visé des villes, en particulier Stepanakert et sa voisine Choucha, et en Azerbaïdjan : Gandja, deuxième ville du pays à 60 km de la ligne de contact, ou encore Beylagan.

Et selon Bakou, les frappes sur les zones urbaines azerbaïdjanaises ont aussi repris lundi.

« Les forces armées arméniennes attaquent les zones densément peuplées à Gandja, Barda, Beylagan et d’autres villes d’Azerbaïdjan avec des missiles et des roquettes. Barbarie et vandalisme », a dénoncé le conseiller présidentiel azerbaïdjanais Hikmet Hajiyev sur Twitter.

Au Karabakh comme en Azerbaïdjan, les journalistes de l’AFP ont vu des maisons ou immeubles d’habitants touchés par les tirs.

Selon des bilans officiels, les bombardements dimanche ont fait quatre morts parmi les habitants de la république auto-proclamée, et cinq en Azerbaïdjan. Ainsi que de nombreux blessés.

Comme à leur habitude depuis la reprise du conflit le 27 septembre, les belligérants s’accusent de délibérément viser des civils, diffusant des images d’habitations détruites ou de missiles non explosés plantés dans des façades.

Dimanche soir, face à la violence des bombardements touchant les zones habitées, la Russie s’est inquiétée de ce tournant.

Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a exprimé sa préoccupation, auprès de son homologue arménien, face à « la hausse du nombre de victimes au sein de la population civile ».

Il a réitéré l’appel de la Russie, principale puissance régionale, à « un cessez-le-feu au plus vite ».

Le Comité international de la Croix-Rouge a lui aussi condamné « les bombardements aveugles ».

Des personnes réfugiées dans le sous-sol de la principale égalise de Stepanakert, au Nagorno-Karabakh, pendant les combats entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, le 4 octobre 2020. (Crédit : AFP)

« Un retrait et des excuses ! »

Des centaines de maisons et d’infrastructures clés comme des hôpitaux et des écoles ont été détruites ou endommagées, selon le CICR.

Les séparatistes, soutenus politiquement et militairement par l’Arménie, et les Azerbaïdjanais n’ont donné, au neuvième jour de combats, aucun signe de vouloir entendre les appels à la trêve de l’essentiel de la communauté internationale.

Le Nagorny Karabakh, majoritairement peuplé d’Arméniens, a fait sécession de l’Azerbaïdjan à la chute de l’URSS, entraînant au début des années 1990 une guerre qui a fait 30 000 morts. Le front y est quasiment gelé depuis malgré des heurts réguliers.

Les deux camps s’accusent de la reprise des hostilités, une crise parmi les plus graves, sinon la plus grave, depuis le cessez-le-feu de 1994, faisant craindre une guerre ouverte entre les deux pays ex-soviétiques.

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev, dans un discours télévisé à la nation a proclamé dimanche que l’offensive continuerait jusqu’à ce que son adversaire quitte « nos territoires », que le Premier ministre arménien Nikol Pachinian « présente ses excuses » et proclame que « le Karabakh, ce n’est pas l’Arménie ».

Bakou revendique nombre de succès militaire sur le terrain, notamment la prise de plusieurs villes et villages.

Des personnes réfugiées dans le sous-sol de la principale égalise de Stepanakert, au Nagorno-Karabakh, pendant les combats entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, le 4 octobre 2020. (Crédit : AFP)

« Victoires imaginaires »

Mais du côté arménien, on rejette ces affirmations et on affiche aussi sa détermination.

« Ayant échoué à gagner sur le champ de bataille, la partie azerbaïdjanaise proclame des victoires imaginaires et répand des ‘fake news’ sur des bombardements arméniens de zones habitées azerbaïdjanaises », a dénoncé le ministère arménien des Affaires étrangères.

Le bilan des morts – toujours très partiel, Bakou ne communiquant pas ses pertes militaires – s’établit à 245, le Karabakh ayant revu à la baisse à 202 le nombre de ses combattants tués. S’y ajoutent 18 civils du territoire séparatiste et 25 Azerbaïdjanais. Mais chaque partie affirme avoir tué de 2 000 à 3 000 soldats ennemis.

Une escalade du conflit pourrait avoir des conséquences imprévisibles, plusieurs puissances étant en concurrence dans le Caucase : la Russie, le traditionnel arbitre régional, la Turquie, alliée à l’Azerbaïdjan, ou encore l’Iran.

Les Turcs sont déjà accusés d’aggraver le conflit en encourageant Bakou à l’offensive militaire et sont fortement soupçonnés d’avoir déployé des mercenaires syriens pro-turcs au Karabakh.

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