Rechercher

Passe d’arme entre Bennett et une ex-collaboratrice sur son bilan et ses méthodes

Le Premier ministre a nié avoir envisagé de s'unir à la Liste arabe unie pour sauver la coalition, comme l'affirme Shimrit Meir, son ex-conseillère pour la politique étrangère

Le Premier ministre Naftali Bennett s’entretient avec sa conseillère pour la politique étrangère, Shimrit Meir, au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 26 janvier 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Naftali Bennett s’entretient avec sa conseillère pour la politique étrangère, Shimrit Meir, au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 26 janvier 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Shimrit Meir, l’une des principales conseillères diplomatiques du Premier ministre sortant Naftali Bennett, qui avait démissionné de son poste le mois dernier, a déclaré dans une interview publiée jeudi avoir démissionné parce que Bennett « cédait » aux menaces de divers membres de sa coalition.

Dans une interview donnée au site d’information Ynet, publiée le dernier jour du mandat de Bennett, Meir a suggéré que le Premier ministre de droite avait envisagé de s’allier au parti d’opposition de la Liste arabe unie, dans une tentative « désespérée » pour sauver la coalition.

« Je lui ai dit que ce serait commettre une très grave erreur », a confié Meir. « Je pensais qu’il était en passe de saper la légitimité du gouvernement par sa volonté de s’accrocher ainsi au pouvoir. »

Bennett a réagi aux propos de son ex-collaboratrice en indiquant qu’« à aucun moment, un rapprochement avec la Liste arabe unie n’avait été envisagé, encore moins mis en œuvre ».

Le Premier ministre sortant s’est refusé à critiquer Meir pour ses propos cinglants, déclarant simplement qu’elle « avait remarquablement travaillé ».

Meir a suggéré que la coalition n’avait pas réussi à assurer la discipline envers ses propres membres : « Sa gestion politique a été un échec dès le premier jour. Si ma zone de responsabilité avait été gérée comme une zone politique, les Syriens seraient déjà à nos portes. »

Elle a indiqué que le moment où « tout a commencé à se déliter » a été le départ de la députée Yamina Idit Silman, moment à partir duquel d’autres membres du parti de Bennett ont commencé à le « faire chanter ».

Shimrit Meir, alors rédactrice en chef d’Al Masdar (La Source), un journal en ligne en langue arabe, à Tel Aviv, le 2 mars 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Meir a malgré tout eu quelques mots sympathiques pour le Premier ministre sortant, disant que « quand il était bon, c’était vraiment le meilleur ». Elle a évoqué le système de défense aérienne laser de Tsahal dévoilé en avril après une série de tests réussis, fruit des efforts de Bennett pour déployer la technologie au plus vite. « Il voulait le laser, alors il a mis la pression à tout le monde, constamment – la nuit, c’était le laser, le matin, c’était le laser. »

Pendant son mandat, Meir était considérée comme l’une des plus proches collaboratrices de Bennett. Mais elle se serait heurtée à plusieurs reprises à ses conseillers politiques, qui estimaient qu’elle avait tendance à empiéter sur leur zone de compétence, en prodiguant à Bennett des conseils en matière de stratégie politique.

Sa démission en mai aura finalement été la première d’une série de départs de proches collaborateurs de Bennett, marquant en quelque sorte le début de la fin de son mandat.

Dans l’interview donnée cette semaine, Meir a affirmé que la relation de Bennett avec la numéro 2 de Yamina, Ayelet Shaked – qui deviendra chef du parti lors des prochaines élections –, est compliquée depuis plusieurs années. Elle a assuré que Shaked n’avait aucune base politique – « au contraire, elle fait peur [aux électeurs] » – et que « pendant plusieurs mois, elle a menacé Bennett avec une arme à feu non chargée ».

L’ex-conseillère de Bennett a également indiqué que le gouvernement « avait cédé au chantage » du parti islamiste Raam lorsque ce dernier a suspendu sa participation à la coalition suite aux tensions sur le mont du Temple, à Jérusalem.

« Tout le monde s’attendait au Conseil de la Choura ce soir-là », a-t-elle confié. « Yair Lapid a envoyé [son chef de cabinet] Naama Schultz à Kafr Qassim avec un chèque en blanc. J’ai dit à Bennett, vous devez arrêter tout ceci. On va dire que le gouvernement s’est vendu aux Arabes. Chantage et reddition… et nous étions en pleine vague terroriste. »

Meir aurait finalement décidé de démissionner après avoir « compris qu’il ne m’écoutait pas. Il ne voulait pas entendre. Et j’ai compris que le gouvernement prenait des décisions insensées ».

Répondant aux critiques selon lesquelles elle aurait rapproché Bennett du centre politique et lui aurait soufflé d’utiliser le terme « Cisjordanie » dans un discours, au lieu de l’expression consacrée, pour la droite, de « Judée et Samarie », Meir a déclaré qu’une telle affirmation était « absurde ».

« [L’ex-Premier ministre Benjamin] Netanyahu a dit ‘Cisjordanie’ un million de fois », a-t-elle assuré. « Je ne me rappelle pas qui a rédigé le discours en question, mais je l’ai approuvé, sans réfléchir. »

Le Likud s’est empressé de réagir aux propos de Meir sur l’envoi, par Lapid, d’un collaborateur « à Kafr Qassim avec un chèque en blanc ».

« Lapid va former un gouvernement avec les soutiens du terrorisme », a affirmé le parti dans un communiqué. « Pour notre part, nous allons établir un gouvernement national qui fera le nécessaire pour faire baisser les prix, réduire les impôts et nous rendre notre fierté nationale », écho aux promesses de campagne faites par Netanyahu dans son discours à la Knesset, jeudi.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...