Paul Krugman, Nobel d’économie s’attaque au programme de Marine Le Pen
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Paul Krugman, Nobel d’économie s’attaque au programme de Marine Le Pen

Que coûterait à la France une sortie de la zone euro ? Certains parlent de résistance si la France venait à élire la chef de l'extrême droite

Paul Krugman, prix Nobel d'économie 2013, a puboié une violente critique du programme de Marine Le Pen (Crédit: capture d'écran Youtube/Moyers & Company)
Paul Krugman, prix Nobel d'économie 2013, a puboié une violente critique du programme de Marine Le Pen (Crédit: capture d'écran Youtube/Moyers & Company)

Les mesures-phares du programme économique du Front national ont fait travailler la matière grise de nombreux spécialistes : que coûterait à la France une sortie de la zone Euro ? Quelle conséquence aurait la sortie des institutions européennes prônée par Marine Le Pen ?

L’éditorialiste Paul Krugman, petit-fils d’un immigré juif de Biélorussie, officiant aujourd’hui dans les colonnes du New York Times est un économiste averti, spécialisé en macro-économie, et politique sociale. Krugman a reçu le Prix Nobel d’économie en 2013.

Sur son blog, hébergé par le New-York Times, où il est également éditorialiste, et repris par Ouest-France, Krugman prédit que « le coût de la sortie de l’euro et de la réintroduction d’une monnaie nationale serait immense »

Ce changement de monnaie entraînerait  »une fuite massive des capitaux [qui] provoquerait une crise bancaire, des contrôles des capitaux [restriction pour les Français des virements d’euros vers l’étranger-Ndlr] et des fermetures temporaires des banques devraient être imposés, des problèmes de valorisation des contrats créeraient un bourbier juridique, les entreprises seraient perturbées pendant une longue période de confusion et d’incertitude » détaille-t-il – pessimiste.

Quant à la proposition de Marine Le Pen de sortir de l’Union européenne, elle est, elle aussi, vivement sanctionnée par le Nobel d’économie. « Désolé, mais la France n’est pas assez grande pour prospérer avec des politiques économiques centrées sur elle-même, nationalistes (…). Etant donné les bénéfices apportés par le fait d’appartenir à l’espace Schengen, cela devrait être vu comme un privilège et non une charge ».

Le vice-président du Front national Louis Aliot espère réunir « une majorité de rupture », autour de « la ligne directrice » du programme : « la renégociation totale du schéma européen ».

Dans la presse et les librairies françaises fleurissent depuis plusieurs mois articles et ouvrages imaginant les conséquences d’une présidence FN, dont les idées ont indéniablement gagné du terrain en France ces dernières années.

« Un péril concret », d’après Matthieu Croissandeau, directeur de l’hebdomadaire L’Obs qui a consacré en mars un dossier au « scénario noir des 100 premiers jours » d’un quinquennat Le Pen.

Le monde de la culture est déjà sur le pied de guerre.

« Le Front national est aux portes du pouvoir. Nous appelons à faire barrage à Marine Le Pen » au nom de « la liberté de penser et de créer », écrivent cette semaine une centaine d’artistes, dont les actrices Jeanne Moreau et Léa Seydoux.

Comme ces Américains anti-Trump tentés de fuir au Canada, certains assurent qu’ils choisiraient l’exil.

« Par précaution, je vais organiser mon départ pour le Québec », écrit l’humoriste Guy Bedos, 82 ans, dans son dernier livre. « J’ai une aversion absolue pour la famille Le Pen », a confié à l’AFP l’artiste engagé à gauche.

Le Franco-Mauricien Jean-Marie Gustave Le Clézio, Prix Nobel de littérature, renoncerait lui à son passeport français si Marine Le Pen s’installait à l’Elysée, confiait-il dès 2015.

D’autres promettent d’entrer en résistance, y compris dans la fonction publique.

L’ambassadeur de France au Japon Thierry Dana a annoncé qu’il se placerait « en réserve de toute fonction diplomatique », refusant de servir un Etat estampillé FN. « La France est généreuse et vous voulez en faire une boutique repliée sur elle-même », faisait-il valoir dans une tribune en mars.

Le corps enseignant serait confronté au même dilemme.

« Dès le lendemain, en tant que professeur des sciences de l’éducation, la question qui va se poser pour moi, c’est ‘comment enseigne-t-on (…) dans une France lepéniste ?' », s’interroge François Durpaire, co-auteur de « La présidente », une BD qui imagine la France gouvernée par le FN.

« Pour moi la question est tranchée, je respecte le vote démocratique mais je résiste pied à pied à toute mesure contraire aux lois de la France », affirme à l’AFP cet historien de formation, citant la volonté de Mme Le Pen d’instaurer un « délai de carence » de deux ans avant que les étrangers puissent bénéficier de l’école gratuite.

« Il sera possible d’opposer une résistance non seulement morale, mais aussi juridique. Face à Donald Trump, il n’y a pas seulement des militants d’extrême gauche, il y a des juges », fait-il valoir. Aux Etats-Unis, des tribunaux ont bloqué un décret migratoire controversé qui interdit l’arrivée de réfugiés et des ressortissants de six pays musulmans.

« La présidence de Le Pen serait une défaite politique pour les droits humains mais on continuera à se battre », renchérit le président de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH), Dimitris Christopoulos, infatigable défenseur des droits des migrants, qui vit entre la France et la Grèce. « Cette bataille idéologique sera une priorité existentielle pour nos sociétés », souligne-t-il à l’AFP.

Si elle est élue, « on sonne le tocsin », réagit Laurent Joffrin, directeur de la rédaction du quotidien de gauche Libération.

Depuis l’élection de Donald Trump, « la presse américaine s’est lancée dans un mouvement de résistance à l’égard du nouveau président américain, ils sont très vigilants et se battent pied à pied (…) On fera la même chose ici », assure-t-il.

« Mais ça ne sera pas le fascisme du jour au lendemain, relativise le journaliste. Pour passer des lois, il faut une majorité à l’Assemblée, donc le combat suivant sera immédiat: éviter que le FN obtienne une majorité pour appliquer son programme » et « obtenir une cohabitation ».

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