Pays-Bas: le populiste Wilders embarqué dans une âpre bataille judiciaire
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Pays-Bas: le populiste Wilders embarqué dans une âpre bataille judiciaire

Geert Wilders a été reconnu coupable de discrimination en 2016 pour avoir promis, lors d'un rassemblement électoral en 2014, "moins de Marocains" aux Pays-Bas

L'homme politique d'extrême droite néerlandais Geert Wilders du parti PVV s'adresse à ses partisans lors d'une manifestation de son parti contre la politique du Premier ministre et de son cabinet à Rotterdam, le 20 janvier 2018. (AFP PHOTO / ANP / Robin UTRECHT / Netherlands OUT)
L'homme politique d'extrême droite néerlandais Geert Wilders du parti PVV s'adresse à ses partisans lors d'une manifestation de son parti contre la politique du Premier ministre et de son cabinet à Rotterdam, le 20 janvier 2018. (AFP PHOTO / ANP / Robin UTRECHT / Netherlands OUT)

Le leader populiste néerlandais Geert Wilders, allié de la Française Marine Le Pen et connu pour ses positions anti-islam, a demandé jeudi la récusation de ses juges au début de son procès en appel pour discrimination et incitation à la haine.

Le député d’extrême droite jouait cette carte quelques instants après s’être vu refuser le report des audiences. Dans un tweet matinal, il avait qualifié la procédure judiciaire engagée contre lui de « chasse aux sorcières ».

Geert Wilders a été reconnu coupable de discrimination en 2016 pour avoir promis, lors d’un rassemblement électoral en 2014, « moins de Marocains » aux Pays-Bas.

Le chef du Parti pour la liberté (PVV, principal parti d’opposition à la chambre basse) avait toutefois été relaxé d’incitation à la haine et n’avait écopé d’aucune peine. La défense et le parquet avaient tous deux interjeté appel.

A l’ouverture des audiences jeudi devant le tribunal hautement sécurisé près de l’aéroport de Schiphol, la défense a immédiatement demandé le report des audiences afin d’ajouter au dossier des témoignages de plaignants qui se sont manifestés après des propos tenus par un autre député, non poursuivi par la justice.

Alexander Pechtold, chef de file des démocrates membres du gouvernement de coalition, avait dit en février qu’il n’avait « jamais rencontré de Russe qui corrigeait ses erreurs », à la suite de la démission du ministre néerlandais des Affaires étrangères accusé d’avoir menti sur une rencontre avec Vladimir Poutine.

Equité du procès

« Les propos de M. Pechtold et ceux de M. Wilders sont juridiquement comparables. Si l’un est poursuivi, l’autre doit l’être également », a déclaré Geert-Jan Knoops, avocat du député d’extrême droite.

« J’estime que je n’ai rien à faire ici », a déclaré Geert Wilders, visiblement énervé, après avoir été interpellé par le représentant du parquet.

« Cet homme (le procureur) veut que je prenne part à un débat sur la liberté d’expression devant la Cour. Mais ce débat doit avoir lieu dans la chambre basse, et pas ici », a-t-il ajouté.

Geert Wilders, homme fort de l’opposition au gouvernement libéral de Mark Rutte, avait demandé à ses militants lors d’un rassemblement électoral s’ils voulaient « plus ou moins de Marocains dans (leur) ville et aux Pays-Bas ».

Face à une foule scandant « Moins! Moins! Moins! », celui qui se considère en croisade contre « l’islamisation » de son pays avait répondu dans un sourire: « nous allons nous en charger ». Après quoi 6.400 plaintes avaient été déposées par des citoyens et des organisations.

Geert Wilders, présent dans la salle d’audience jeudi après avoir snobé la quasi-totalité des débats en première instance, « a droit à un procès équitable », a poursuivi la défense.

« J’attendais au moins de vous que vous me donneriez un procès équitable », a-t-il lancé, debout, à la juge présidente.

« Or, vous ignorez totalement que nos arguments attestant que les propos de mon collègue Alexander Pechtold sont comparables à ce que j’ai dit sur les Marocains », a poursuivi le député.

« La chambre de récusation du tribunal d’Amsterdam va étudier la demande de la défense », a déclaré la juge-présidente, Jeanne Gaakeer, avant de suspendre l’audience.

Populiste populaire

Le procès en première instance avait renforcé la popularité du député controversé auprès de ses électeurs au milieu d’une vague populiste en Europe et après la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis.

Lors de la campagne des législatives en 2017, le député avait promis, s’il devenait Premier ministre, de procéder à la fermeture des mosquées, de fermer les frontières du pays et d’interdire les migrants venant de pays musulmans.

« La liberté d’expression est menacée, particulièrement en ce qui concerne les critiques contre l’islam. Nous ne devons jamais accepter cela », a affirmé Geert Wilders jeudi dans un tweet matinal.

Son tweet était accompagné d’un dessin le représentant face à un homme furieux coiffé d’un turban et le député a ajouté qu’il comptait organiser « un concours de dessin sur Mahomet au Parlement plus tard cette année ».

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