Pays-Bas : une rappeuse, aux antécédents antisémites, se fait appeler Anne Frank
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Pays-Bas : une rappeuse, aux antécédents antisémites, se fait appeler Anne Frank

La chanteuse a expliqué le choix de son nom de scène tel un hommage à la jeune Juive tuée par les nazis, mais a été critiquée pour des propos antisémites et négationnistes

Une rappeuse néerlandaise qui se fait appeler Anne Frank. (Crédit :  JTA)
Une rappeuse néerlandaise qui se fait appeler Anne Frank. (Crédit : JTA)

AMSTERDAM (JTA) — Quand un scandale a éclaté autour du nom de scène d’une rappeuse néerlandaise de 25 ans, cette dernière a défendu son choix comme un hommage à la victime de la Shoah.

« Ce n’est pas malveillant », a assuré la rappeuse, dont le véritable nom n’a pas été dévoilé dans les médias néerlandais, au quotidien Het Parool dans une interview publiée mercredi, une semaine après la sortie de son premier single intitulé « Silence ».

Le single, classé R (interdit aux moins de 17 ans) porte ostensiblement sur le sexe (avec des phrases du type « si tu viens à moi, sois nu »), mais également des vers évoquant « Anne Frank, une garce autoritaire » et « j’ai caché du shit dans l’annexe secrète », en référence à des drogues dures et à la cachette de la jeune diariste pendant la Shoah avant d’être découverte par les nazis et tuée. (Le mot précis utilisé pour « annexe secrète » est achterhuis, très associé, en Hollande, à Anne Frank.)

Le musée de la Maison d’Anne Frank à Amsterdam a qualifié ce choix de nom de scène de « maladroit », ce à quoi la rappeuse a répondu qu’elle l’avait choisi parce que c’était son surnom depuis l’école.

« Je lisais des livres à cette époque. C’est une inspiration, un modèle pour la survie dans des situations insupportables. Je sais que nous ne sommes pas en temps de guerre, mais le monde n’est pas véritablement en paix », a-t-elle dit.

Anne Frank. (Crédit : Flickr Commons)

Het Parool a estimé que cette affaire est un des nombreux exemples de la banalisation de l’histoire d’Anne Frank.

Mais peu après la publication de cet article, un groupe néerlandais appelé Center for Information and Documentation on Israel (CIDI), a montré que la chanteuse publie des tweets antisémites et anti-Israël pendant des années. Selon CIDI, l’emprunte numérique de la jeune fille suggère que son appropriation du nom d’Anne Frank était bien plus sinistre que ce qu’elle ne dit.

En mars 2018, elle avait écrit : « si Taylor Swift était juive, je l’aurais gazée personnellement ».

En juillet 2018, elle avait écrit « c’est ironique de voir un Juif déposer une gerbe de fleurs pour commémorer l’esclavage », en référence à l’ancien vice-ministre Lodewijk Asscher, qui avait rendu hommage aux victimes du commerce d’esclave transatlantique et à la perpétuation du cliché qui en attribue la responsabilité aux Juifs.

En 2014, elle avait évoqué le ralentissement dans l’extraction de gaz au nord des Pays-Bas : « c’est le paradis pour un Juif ».

Cette année, l’artiste a semblé s’essayer au négationnisme, en écrivant : « Anne Frank est morte du typhus donc elle n’a jamais été assassinée ». A la veille de la journée internationale de commémoration de la Shoah, elle avait écrit : « la connotation juive [de mon nom de scène] vous trouble, mais je ne vous entends pas [parler] de ce que font les Juifs en 2019 en Palestine ».

En mai 2018, elle avait publié une chanson sur Twitter intitulée « Free Palestine » et écrit « Je suis Anne Frank et je viens de rapper sur la libération de la Palestine. On peut faire cela ».

Hidde J. van Koningsveld, président du groupe Cijo, affilié au CIDI, a dénoncé ses tweets, les qualifiant de « dégoûtants ».

« Silence » a été inclus dans le dernier album de Lange Frans et Deniz Caro, sorti la semaine dernière. Lange Frans, l’un des rappeurs les plus célèbres des pays-bas, a défendu le choix du nom de scène d’Anne Frank, dans Het Parool. L’article n’a pas repris les tweets relevés par CIDI.

Sur Instagram, l’artiste se fait appeler « Anne Frankje », ou « petite Anne Frank », un suffixe en argot alsacien qui signifie aussi faire profil bas.

Elle fait preuve de « peu d’empathie envers le ressenti des survivants de la Shoah », a déploré le communiqué de la Maison d’Anne Frank.

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