Peine de mort : l’AJC condamne l’intention de l’Arizona d’utiliser du Zyklon B
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Peine de mort : l’AJC condamne l’intention de l’Arizona d’utiliser du Zyklon B

Confronté à une pénurie de produits pour les injections létales, l'État a rénové sa chambre à gaz et acheté des produits chimiques pour fabriquer le gaz qu'utilisaient les nazis

Des boîtes de Zyklon B exposées à Auschwitz. (Crédit photo : CC BY Jaysmark, Flickr)
Des boîtes de Zyklon B exposées à Auschwitz. (Crédit photo : CC BY Jaysmark, Flickr)

L’American Jewish Committee (AJC) a dénoncé lundi le projet de l’Arizona, État du sud-ouest des États-Unis, de relancer son programme d’exécutions, depuis longtemps gelé, en utilisant le « Zyklon B », produit chimique utilisé notamment les nazis dans les camps de la mort d’Auschwitz-Birkenau, Majdanek et autres.

« La décision de l’Arizona d’employer le gaz Zyklon B comme moyen d’exécution défie l’entendement », a déclaré l’AJC dans un communiqué.

« Bien qu’il n’y ait aucun doute sur son efficacité – les nazis l’ont utilisé pour tuer des millions de Juifs innocents – c’est cette efficacité même en tant qu’instrument de génocide qui le rend totalement inapproprié pour être utilisé par un État civilisé dans une procédure sanctionnée par l’État et son système judiciaire. »

La semaine dernière, le site d’information britannique The Guardian a fait état des projets de l’Arizona de restaurer sa chambre à gaz et de produire le gaz, sur la base de documents obtenus grâce à des demandes d’archives publiques.

Ces documents montrent que les autorités de l’Arizona ont dépensé près de 2 000 dollars pour acheter une brique solide de cyanure de potassium en décembre, ainsi que des pastilles d’hydroxyde de sodium et de l’acide sulfurique, qui servent à produire le gaz mortel.

« Tant que la peine de mort est légalement acceptable, il faut être prêt à accepter un certain niveau de cruauté dans le processus. Mais il y a quelque chose de profondément mauvais lorsqu’un État est si pressé d’exécuter des personnes, qui de toute façon peuvent être neutralisées en étant incarcérées à perpétuité, qu’il est prêt à recourir à une méthode d’exécution qui est inévitablement, inextricablement et à jamais liée aux pires outrages de l’histoire humaine », a déclaré l’AJC.

« Que l’on soit ou non favorable à la peine de mort en général, il y a un consensus général dans la société américaine sur le fait qu’un gaz conçu comme un pesticide, et utilisé pour éliminer les Juifs, n’a pas sa place dans l’administration de la justice pénale. »

Les documents révèlent également qu’ils ont « remis à neuf » la chambre à gaz de l’État, construite en 1949 et mise en sommeil en 1999 après l’exécution ratée d’un détenu, Walter LaGrand.

Selon le récit d’un témoin oculaire publié dans le Tucson Citizen, Walter LaGrand est mort « étouffé et asphyxié » pendant 18 minutes, entre le moment où le gaz est entré dans la chambre et celui où il est mort, « enveloppé de gaz toxique ».

Selon The Guardian, les autorités ont utilisé des moyens « primitifs » pour tester le caisson de la prison d’État de Florence, notamment en utilisant une bougie allumée pour vérifier si les joints d’étanchéité étaient intacts. Elles ont également effectué un test en faisant couler de l’eau dans le système et en lançant une grenade fumigène à l’intérieur.

L’article indique également que le personnel pénitentiaire s’est livré à des jeux de rôle pendant les tests. Les gardiens jouaient le rôle de détenus qui simulaient une résistance à leur mise à mort en criant : « C’est un meurtre », « Je suis innocent », « Vous m’abattez comme un animal » et « C’est contre tout ce que l’Amérique représente ».

L’État a cherché des moyens de relancer ses exécutions, qui ont été mises en suspens après une exécution ratée en 2014.

Ces dernières années, les états américains ont eu du mal à procéder à des exécutions par injection létale, les laboratoires pharmaceutiques refusant de leur vendre les médicaments nécessaires pour endormir les détenus, détendre leurs muscles et arrêter leur cœur.

Photo d’archive non datée fournie par le département correctionnel de l’Arizona – Joseph Rudolph Wood, son exécution 2014, a été, selon son avocat, » horriblement bâclé « . (Crédit : Département correctionnel de l’Arizona via AP)

L’Arizona avait expérimenté un mélange indéterminé de deux médicaments, mais cette expérience a également été suspendue après l’exécution ratée, en 2014, de Joseph Rudolph Wood, qui avait reçu 15 doses d’un mélange de deux médicaments sur une période de deux heures avant de mourir.

D’autres états ont réintroduit l’exécution par peloton d’exécution et la chaise électrique.

L’Arizona a annoncé en 2019 qu’il allait reprendre les exécutions, sans préciser comment. Il compte actuellement 115 détenus dans le couloir de la mort.

« Justice doit être rendue aux victimes de ces crimes odieux et à leurs familles. Ceux qui commettent le crime ultime méritent le châtiment ultime », avait alors déclaré le procureur général Mark Brnovich.

Les nazis ont utilisé le Zyklon B pour tuer des millions de personnes dans les chambres à gaz des camps de la mort, qui étaient aménagées pour ressembler à des douches pour les détenus qui arrivaient.

Le crématorium près de la première chambre à gaz de l’ancien camp de la mort nazi d’Auschwitz I à Oswiecim, en Pologne, le 8 décembre 2019. (Markus Schreiber/AP)

Un million de Juifs européens ont été assassinés à Auschwitz-Birkenau, créé par l’Allemagne nazie dans la Pologne occupée en 1940-1945. Plus de 100 000 autres personnes, dont des Polonais non juifs, des Roms, des prisonniers de guerre soviétiques et des résistants antinazis, y sont également morts, selon le musée d’Auschwitz.

Des boîtes de Zyklon B exposées à Auschwitz. (Crédit photo : CC BY Jaysmark, Flickr)

« C’est à se demander à quoi pense l’Arizona pour estimer qu’en 2021, il est acceptable d’exécuter des gens dans une chambre à gaz avec du cyanure d’hydrogène », a déclaré au Guardian, Robert Dunham, directeur exécutif du Death Penalty Information Center. « Quelqu’un a-t-il étudié l’histoire de la Shoah ? »

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