Peri : Le Hezbollah voulait kidnapper l’ex-ministre accusé d’espionnage
Rechercher

Peri : Le Hezbollah voulait kidnapper l’ex-ministre accusé d’espionnage

Selon l'ex-chef du Shin Bet, le groupe terroriste visait Gonen Segev, mais a pris l'homme d'affaires Elchananan Tenenbaum à la place ; Puis Segev aurait été recruté par l'Iran

L'ancien ministre de l'Energie Gonen Segev, à la Cour suprême de Jérusalem, lors de l'audience d'appel sur sa condamnation, le 18 août 2006. (Crédit : Flash90)
L'ancien ministre de l'Energie Gonen Segev, à la Cour suprême de Jérusalem, lors de l'audience d'appel sur sa condamnation, le 18 août 2006. (Crédit : Flash90)

Un ancien chef de l’agence de sécurité du Shin Bet a déclaré samedi qu’avant d’être recruté par l’Iran pour espionner Israël, l’ex-ministre en disgrâce Gonen Segev était une cible à kidnapper pour l’organisation terroriste du Hezbollah libanais, un mandataire de l’Iran.

S’exprimant lors d’un événement culturel à Beer Sheva, Yaakov Peri a déclaré au public que Segev a été  » désigné comme cible de recrutement par les services de renseignements iraniens. Heureusement pour lui, il n’était pas Elchananan Tenenbaum, et ne s’est pas embarqué dans des affaires douteuses dans le Golfe Persique ».

Tenenbaum est un ancien homme d’affaires israélien et colonel de réserve de Tsahal, qui a été kidnappé par des agents du Hezbollah en 2000 alors qu’il se trouvait à Dubaï pour y effectuer un trafic de drogue.

En 2004, il a été libéré dans le cadre d’un échange de prisonniers avec les corps de trois soldats israéliens enlevés lors d’une embuscade du Hezbollah en octobre 2000 le long de la frontière libanaise avec Israël. Grâce à la médiation allemande, 400 prisonniers palestiniens ont été échangés contre Tenenbaum et les dépouilles des soldats.

Yaakov Peri (D) est interviewé lors d’un événement culturel à Beer Sheva le 23 juin 2018. (Capture d’écran/YouTube)

Selon Peri, le Hezbollah avait ciblé Segev à l’origine, en raison des griefs de l’ancien ministre envers le gouvernement israélien, qui lui avait retiré son autorisation de pratiquer la médecine après avoir purgé une peine d’emprisonnement pour trafic de drogue en 2004.

« C’est une proie facile [à cibler] parce qu’il est avide et se lance volontiers dans des transactions douteuses », a dit Peri à propos de Segev, ajoutant que les responsables iraniens n’auraient pas été en mesure de le recruter aussi facilement, comme ils l’auraient fait au Nigeria en 2012, s’ils avaient eu affaire à « une personne sérieuse ».

Ne pouvant exercer la médecine en Israël, Segev s’est installé au Nigeria à sa sortie de prison en 2007. Il y travaillait comme médecin, notamment pour le personnel de l’ambassade d’Israël à Abuja et pour la communauté juive locale.

Segev, qui a été arrêté le mois dernier et extradé vers Israël, a été accusé d’avoir sciemment transmis à l’Iran des informations sur l’emplacement des centres de sécurité et de l’industrie énergétique du pays, entre autres activités d’espionnage pour le compte du principal ennemi d’Israël.

Depuis que l’affaire a été dévoilée la semaine dernière, beaucoup se sont demandés dans quelle mesure l’ancien ministre de l’Énergie disposait d’informations sensibles et pertinentes.

Elchananan Tenenbaum retrouve sa famille à l’aéroport Ben Gurion immédiatement après sa libération par le Hezbollah le 29 janvier 2004. (Flash90)

Segev, qui, selon le Shin Bet, travaillait comme espion jusqu’à son arrestation à la mi-mai, aurait assisté à un événement dans un hôtel d’Abuja organisé par l’ambassade d’Israël le 10 mai pour célébrer le 70e anniversaire d’Israël.

La chaîne de télévision Hadashot a rapporté que la plupart des hommes d’affaires que Segev a essayé de mettre en relation avec des espions iraniens n’étaient pas intéressés par ses avances, mais l’un d’entre eux a trouvé ses activités suspectes et en a informé les autorités israéliennes, ce qui a finalement conduit à l’arrestation de Segev.

Segev aurait dit aux enquêteurs que son intention depuis le début était de devenir un agent double afin de réhabiliter son image, qui a été gravement ternie par sa condamnation pour trafic de drogue.

Selon Hadashot, il a prétendu avoir informé un haut responsable de la défense de ses contacts avec les Iraniens au tout début de ses interactions avec eux, avec l’espoir qu’il serait utilisé comme agent double, mais les ordres ne sont jamais arrivés.

Les avocats de Segev n’ont pas nié l’existence d’actes répréhensibles, mais ont seulement déclaré que les parties de l’affaire qui restent confidentielles racontent une histoire différente de celle décrite par le Shin Bet.

A la mi-mai, Segev s’est rendu du Nigeria en Guinée Equatoriale où il a été arrêté par la police locale et renvoyé en Israël, a déclaré lundi le Shin Bet.

Segev, qui aurait été détenu dans un établissement du Shin Bet, a été transféré mardi à la prison de Gilboa, dans le nord d’Israël, où il était, nous dit-on, de bonne humeur et en bonne santé.

Selon les médias, l’incarcération de Segev dans la prison de Gilboa, dans une aile ordinaire de la prison, pourrait indiquer qu’il ne disposait d’aucune information sensible à transmettre aux Iraniens.

Yaakov Peri, alors député Yesh Atid à la Knesset le 12 juin 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Néanmoins, un fonctionnaire du ministère de la Justice a confirmé lundi au Times of Israel qu’en vertu de la loi israélienne, les procureurs peuvent demander la peine de mort pour trahison.

Pour sa part, Peri a été confronté à ses propres scandales au cours des derniers mois.

L’ancien chef du Shin Bet a démissionné de son poste de député du parti Yesh Atid en février après qu’un reportage de « Uvda » a allégué qu’il avait divulgué des informations sensibles au ministre de l’Intérieur Aryeh Deri sur des écoutes de la police concernant les associés de Deri pendant une enquête de corruption sur le chef du Shas il y a une vingtaine d’années.

L’émission d’investigation « Uvda » diffusée en janvier a mis au jour un rapport d’une enquête secrète en 1995 dans laquelle deux membres d’un groupe de trois enquêteurs ont conclu que Peri – également ex-ministre des Sciences – était probablement la source des fuites de 1991 adressées à Deri, après que le chef du Shin Bet de l’époque a été convaincu de mensonges lors d’un examen au détecteur de mensonges.

Peri, qui a admis avoir une « bonne relation » avec Deri à l’époque, dément fermement les accusations. Dans un communiqué annonçant sa démission, il a déclaré que le reportage visait à salir son nom et ses années de service public.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...