Photojournalisme: un tour du monde de violences faites aux femmes
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Photojournalisme: un tour du monde de violences faites aux femmes

De la Sierra Leone à l'Afghanistan, des femmes meurent chaque jour dans le monde en voulant donner la vie, à cause de complications et par manque d'accès aux soins

La photojournaliste américaine Lynsey Addario devant son exposition sur la mortalité maternelle, au festival Visa de Perpignan, le 6 septembre 2019. (Crédit : Raymond ROIG / AFP)
La photojournaliste américaine Lynsey Addario devant son exposition sur la mortalité maternelle, au festival Visa de Perpignan, le 6 septembre 2019. (Crédit : Raymond ROIG / AFP)

De la Sierra Leone à l’Afghanistan, des femmes meurent chaque jour dans le monde en voulant donner la vie, à cause de complications et par manque d’accès aux soins. Dans de nombreux pays, elles se voient interdire le droit à l’avortement.

A Perpignan, au festival de photojournalisme Visa pour l’image qui se tient jusqu’au 15 septembre, les reporters Lynsey Addario et Kasia Strek témoignent avec des images bouleversantes de ces violences faites aux femmes à travers le monde. Une réalité universelle mais aussi une « guerre invisible » qui fait rarement la Une des médias.

« C’était extraordinaire pour moi de voir que le sujet était sous-couvert. Les gens pensent que donner la vie est une chose facile et que tu ne peux pas en mourir », explique à l’AFP la photographe américaine Lynsey Addario qui couvre depuis plus de 20 ans les conflits à travers le monde. Ses travaux ont été plusieurs fois récompensés, elle a été enlevée en 2011 en Libye.

Mais depuis 10 ans, elle documente en parallèle la mortalité maternelle. Ses clichés sont comme des coups de poing pour éveiller les consciences.

Sur une photo prise au Somaliland, des flaques de sang sur le carrelage blanc dans un établissement aux moyens rudimentaires. Ayesha Ciisa, 33 ans, déjà mère de sept enfants a été transportée à l’hôpital en pousse-pousse. Elle a accouché chez elle d’un seul jumeau. Les médecins ont pu sauver la vie de la mère mais l’autre bébé est mort-né.

« Mourir devant moi »

Lors du premier jour de reportage dans un hôpital de Sierra Leone, « j’ai vu Mamma Sesay mourir devant moi ». Elle avait 18 ans, elle a eu une hémorragie après la naissance de jumeaux.

Une première image la montre à l’hôpital, avec son visage doux, à peine sortie de l’enfance, alors que les infirmières tentent de stopper les saignements. Sur le deuxième cliché, des villageoises veillent son corps, enroulé d’un drap blanc. Puis sur la troisième image, l’inhumation dans son village de Mayogbah, en pleine terre, une terre ocre.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), environ 830 femmes meurent chaque jour dans le monde du fait de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement.

Mais Linsey Addario a également tourné son objectif sur son propre pays, les Etats-Unis, qui a un des taux de mortalité maternelle parmi les plus élevés des pays développés. Notamment au sein des femmes de couleur.

Que cela soit à Washington DC, où elle raconte l’histoire d’une femme qui a perdu son bébé car elle n’avait pas 20 dollars pour se rendre à l’hôpital ou dans des pays dévastés par la guerre, « on n’accorde pas assez d’attention aux femmes et pour moi, en tant que femme et mère de deux enfants, c’est très important de mettre l’accent sur ces questions », insiste-t-elle.

« Nécessité morale »

La photographe polonaise Kasia Strek a pour sa part choisi de documenter, avec tact et sensibilité, les interdictions et restrictions du droit à l’avortement, des Philippines au Salvador, en passant par l’Egypte : « Je suis née dans un pays libre, une famille libérale, éduquée et je n’ai jamais dû souffrir à cause de mon genre, ce qui n’est pas le cas des majorités des femmes dans le monde ».

La photojournaliste polonaise Kasia Strek devant son exposition sur la mortalité maternelle, au festival Visa de Perpignan, le 6 septembre 2019. (Crédit : Raymond ROIG / AFP)

« C’était donc une nécessité morale » de travailler sur ce sujet, indique cette jeune journaliste à l’AFP.

Et dans une profession encore dominée par les hommes, être une femme constitue un avantage pour traiter de cette thématique: « Je n’aurais pas pu la traiter comme cela si j’avais été un homme et je travaille uniquement avec des traductrices femmes. Les femmes savent qu’elles vont être comprises différemment et cela ouvre énormément de portes ».

Aujourd’hui, l’IVG est interdite ou extrêmement restreinte dans plus de 120 pays. Les mentalités sont lentes à évoluer, « cela va prendre encore beaucoup de temps pour que la situation des femmes change vraiment ».

Son exposition s’achève toutefois avec une note d’espoir avec l’Irlande, pays de forte tradition catholique, « qui a réussi à faire bouger les choses » en autorisant l’avortement en décembre 2018.

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