« Plus jamais ça », écrit le ministre des Affaires étrangères émirati à Berlin
Rechercher

« Plus jamais ça », écrit le ministre des Affaires étrangères émirati à Berlin

Les ministres israélien et émirati ont choisi le mémorial de la Shoah de la capitale allemande pour leur toute première entrevue

Le ministre israélien des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, deuxième à droite, le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdulah Bin Zayed al Nahyan, à gauche, et le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, deuxième à gauche, au Mémorial de l'Holocauste de Berlin, le 6 octobre 2020. (Crédit : Ministère des Affaires étrangères israélien)
Le ministre israélien des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, deuxième à droite, le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdulah Bin Zayed al Nahyan, à gauche, et le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, deuxième à gauche, au Mémorial de l'Holocauste de Berlin, le 6 octobre 2020. (Crédit : Ministère des Affaires étrangères israélien)

Une rencontre inédite et symbolique : les chefs de la diplomatie israélien et émirati se sont rencontrés pour la première fois mardi, au Mémorial de la Shoah à Berlin, nouvelle étape de la normalisation entre les deux pays.

Pour leur toute première entrevue, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gabi Ashkenazi, et son homologue émirati Abdullah ben Zayed Al-Nahyane, ont choisi ce monument de la capitale allemande qui commémore le génocide juif par les nazis.

Pandémie oblige, les deux ministres, masqués, se sont salués avec le coude, en présence de leur homologue allemand, Heiko Maas.

Ils ont ensuite déambulé au cœur de ce labyrinthe d’environ 2 700 blocs de béton de toutes tailles symbolisant l’anéantissement de 6 millions de Juifs par le régime d’Adolf Hitler.

Le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Cheikh Abdullah bin Zayed al-Nahyan (à gauche) et son homologue israélien Gabi Ashkenazi avant leur réunion historique à la Villa Borsig à Berlin, en Allemagne, le 6 octobre 2020. (Crédit : HANNIBAL HANSCHKE / POOL / AFP)

« Nouvelle ère »

Les deux hommes ont échangé quelques mots. Gabi Ashkenazi a notamment raconté à ses homologues son histoire personnelle, rappelant qu’il est un enfant de rescapés de la Shoah – son père a survécu à son internement dans un camp de travail en Bulgarie en 1944.

Ils ont ensuite écrit des messages sur le Livre du souvenir du Mémorial, le ministre émirati inscrivant notamment en anglais « Never again », « plus jamais ça », selon une photo tweetée par une diplomate israélienne.

« Notre présence ici ensemble symbolise le début d’une nouvelle ère », a pour sa part écrit en hébreu M. Ashkenazi, célébrant « une ère de paix entre les peuples ».

« Notre signature commune dans le Livre du souvenir est comme un cri et un serment : se souvenir et ne pas oublier, être fort et promettre ‘plus jamais ça' », a-t-il aussi écrit.

Les trois ministres devaient dans la foulée s’entretenir avant une déclaration commune à 15h GMT.

M. Maas a qualifié de « grand honneur (le fait) que les ministres israélien et émirati des Affaires étrangères aient choisi Berlin en tant que site de leur première réunion historique ».

Le ministre allemand a qualifié l’accord entre Israël et les Émirats arabes unis de « première bonne nouvelle au Moyen-Orient depuis longtemps » et de « chance de renouveau dans le dialogue entre Israéliens et Palestiniens ».

« Cette occasion doit être saisie », a-t-il déclaré, exprimant la volonté de l’Union européenne d’apporter son aide. L’Allemagne préside jusqu’à la fin de l’année le Conseil de l’UE.

Les écrits du ministre israélien des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi et du ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Abdulah Bin Zayed al Nahyan dans le livre d’or du mémorial de l’Holocauste à Berlin, le 6 octobre 2020. (Crédit : Ministère des Affaires étrangères israélien)

Divergences

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a signé le 15 septembre avec les Emirats arabes unis et Bahreïn des accords historiques dénoncés par les Palestiniens, sous l’égide de Donald Trump qui espérait apparaître en « faiseur de paix » avant la présidentielle américaine.

Ces deux pays arabes sont les premiers à reconnaître Israël, fondé en 1948, depuis l’Egypte et la Jordanie, respectivement en 1979 et 1994.

Les Emirats et Bahreïn, des monarchies sunnites, partagent avec l’Etat hébreu une animosité envers l’Iran chiite, l’ennemi numéro un de Washington dans la région.

De nombreux Etats arabes pétroliers cultivent discrètement des liens avec les autorités israéliennes depuis des années, mais cette normalisation offre de riches opportunités, notamment économiques, à ces pays qui tentent de réparer les ravages de la pandémie.

Les Palestiniens ont eux dénoncé un « coup de poignard dans le dos » de la part de ces pays accusés de pactiser avec l’Etat hébreu sans attendre la naissance de leur Etat.

Des divergences perdurent cependant entre les deux pays.

Le président américain avait assuré qu’il n’aurait « aucun problème » à vendre des avions de chasse américains F-35 aux Emirats arabes unis, qui veulent en acquérir de longue date.

Or, Benjamin Netanyahu s’oppose fermement à cette vente, pour préserver la supériorité militaire de son pays dans la région.

L’accord était aussi censé être conditionné, selon les Emirats, à un arrêt de l’annexion de territoires en Cisjordanie par Israël. Mais pour M. Netanyahu, il ne s’agit que d’un report.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...