Pour certains malades de la COVID-19, guérir passe par un arrêt à l’hôtel Corona
L'hôtel Carlton Nahariya a été transformé en maison de convalescence pour les malades du virus qui peuvent s'y détendre et tousser à leur aise près de la piscine (fermée)
Quand Tuti Levy, immigrante allemande, servait des fraises à la crème dans sa chambre d’hôtes de Nahariya, jamais elle n’aurait imaginé que sa petite structure allait finalement devenir – et qui devait plus tard porter le nom de Carlton Hotel Nahariya – servirait de maison de convalescence pour des malades touchés par la pandémie de coronavirus, 80 années plus tard.
L’hôtel, qui se situe sur la route principale et très animée de cette ville de l’ouest de la Galilée, juste au bord de la plage, est devenu l’un des « hôtels du coronavirus » du pays, qui sont placés sous l’autorité du Commandement intérieur de l’armée israélienne.
Le ministère de la Défense a ouvert 23 hôtels pendant la crise de la COVID-19. Douze d’entre eux accueillent des personnes ayant été testées positives à la maladie, mais qui ne présentent que des symptômes légers, et onze servent de structure de quarantaine pour les Israéliens qui reviennent de l’étranger.
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Deux autres hôtels-hôpitaux – et notamment le Carlton Nahariya – ont été ouverts pour fournir un hébergement à au moins 500 personnes ayant présenté des symptômes plus graves et qui sont en cours de rétablissement mais qui doivent néanmoins rester à l’isolement.
« J’ai eu peur quand j’ai découvert que l’hôtel allait accueillir des personnes atteintes par le coronavirus », dit Anram Kadura, qui travaille depuis un an comme réceptionniste et qui était habituée à connaître un hôtel animé et bondé de clients israéliens et de touristes chaque week-end.
Depuis, plusieurs centaines d’Israéliens malades du coronavirus ont effectué leur convalescence à l’hôtel, bénéficiant d’un transport – via les services du Magen David Adom – qui les a amenés de leur chambre d’hôpital à leur chambre d’hôtel individuelle, avec trois repas par jour.
Les convalescents doivent changer eux-mêmes leurs draps et nettoyer eux-mêmes leur salle de bain, et ils obtiennent leurs serviettes et leurs clés auprès de membres du personnel vêtus de combinaisons et de masques . Mais dans l’ensemble, remarque un groupe de malades qui ont tissé des liens d’amitié pendant ce séjour, l’expérience a été positive.
« Il y a quelque chose qui se passe quand on se trouve avec des gens qui sont en train de traverser la même épreuve que vous », explique Dena Elad, âgée de 34 ans, qui a rejoint l’hôtel il y a une semaine. « On se comprend tous ».
Un grand nombre d’autres malades du coronavirus vivent avec des symptômes similaires : épuisement excessif, toux, fièvre et perte du goût et de l’odorat.
Les températures sont prises une fois par jour et chaque pensionnaire rencontre quotidiennement un infirmier pour le suivi des symptômes et de l’état général de chacun.
Ils sont tous testés douze jours après leur arrivée à l’hôtel et ils doivent aligner deux tests de dépistage négatifs consécutifs pour avoir le droit de quitter la structure. Certains effectuent un séjour de trois ou quatre semaines. L’un des plus anciens pensionnaires du Carlton est là depuis trente jours et il s’y trouve également des familles entières qui ont été contaminées, notamment une dont les six enfants sont malades.
Tout ce petit monde s’entend bien, estime Elad.
« Ici, on est tous dans le même bateau », s’exclame-t-elle.
Cela a été utile d’avoir un endroit où guérir des ravages du coronavirus, en particulier pour ceux qui ont voulu protéger les membres de leurs familles pour les garder en bonne santé, disent Elad et ses nouveaux amis, qui se sont rassemblés dans sa chambre d’hôtel pour discuter de leurs expériences via Zoom dans la journée de mardi.
Ils s’étendent les uns à côté des autres sur les lits king-size, en tee-shirt et en short, sans avoir à maintenir une distance de deux mètres entre eux parce que « c’est quelque chose dont on n’a pas à s’inquiéter », note Bar Shefer, 28 ans, dont l’épouse et le bébé nouveau-né ont également été dépistés positifs au coronavirus.
Il y a aussi beaucoup de rires, grâce aux private jokes nées des longues journées passées ensemble.
Qui bénéficie du plus important programme de soins ? Dena Elad.
Est-ce que c’est Yochai Abucasis qui a donné le coronavirus à Aviel Damti ou vice-versa? Impossible de trancher.
Est-ce que Bar Shefer pourra enfin aller faire soigner sa dent douloureuse chez le dentiste ? Avec un peu de chance.
Y a-t-il des romances qui sont en train de se nouer parmi les pensionnaires convalescents ? Des gloussements feront office de réponse à cette question.
Shefer est venu à l’hôtel pour éviter de transmettre la maladie à ses autres enfants et parce que « ça fera du bien à ma dent, mais rien à signaler à ce sujet pour le moment. » Il se rend d’habitude chez un dentiste privé. « C’est une honte », dit-il.
Il reconnaît pourtant les bénéfices économiques de ce séjour de convalescence dans un hôtel placé sous l’autorité du gouvernement.
« On est loin de son conjoint, de ses enfants, de son travail, de sa vie, alors ce qui aide à traverser cette expérience, ce sont les nombreuses personnes que vous rencontrez ici », dit Shefer. « Et on économise sur la nourriture, sur le gaz et l’électricité ».
Certains malades sont venus à l’hôtel parce qu’il leur est impossible de vivre seuls par ailleurs et qu’ils savaient qu’ils auraient des difficultés à vivre une existence en solitaire pendant si longtemps.
Yochai Abucasis, 23 ans, un mécanicien automobile, est là depuis une semaine, comme c’est le cas également de Hadar Keller, 31 ans, commerciale dans le secteur de l’immobilier originaire de Rishon Lezion, dont les premiers symptômes tangibles de la maladie ont été la perte du goût et de l’odorat.
« Vous êtes entourés de gens ici », explique Keller, qui explique avoir tout d’abord pensé que son anosmie et son ageusie avaient été entraînés par un lait ayant tourné, qu’elle avait versé dans son café du matin. « Tout le monde est dans la même galère ».
Idem pour Aviel Damti, 23 ans, étudiant à l’université qui ne pensait pas avoir attrapé le coronavirus parce qu’il ne présentait pas de symptômes mais qui, une fois dépisté positif au virus, s’est rapidement ennuyé chez lui.
Zahava Nagosa, 19 ans, pense avoir contracté la COVID-19 au jardin d’enfants où elle travaille à Netanya, même si elle n’avait montré aucun signe de la maladie lorsqu’elle avait décidé de se faire dépister. Mais avec un père souffrant de diabète, elle n’a pas voulu rester chez elle et mettre en péril davantage son état de santé.
Shahar Fitoussi, 35 ans, qui habite Hadera, est venu au Carlton directement depuis l’hôpital où il était pris en charge pour des difficultés respiratoires, parce qu’il ne voulait pas prendre le risque de contaminer son épouse et leurs deux enfants.
Dorénavant, cette nouvelle brochette d’amis est heureuse d’être ensemble. Ils passent une partie de leurs journée à bronzer – la piscine du Carlton est fermée. Ils jouent parfois au football entre pensionnaires dans la soirée, et commandent occasionnellement de la viande grillée pour le dîner.
« La réalité, c’est que nous nous fatiguons très vite », explique Elad, qui a trois enfants de moins de six ans qui sont restés dans l’habitation familiale de Netanya. « Le coronavirus fatigue beaucoup ».
Et pourtant, peu de comparaisons à faire entre ce séjour et un séjour habituel dans un hôtel. Un avis partagé par les pensionnaires comme par le personnel.
Kadura, la réceptionniste, a été mise à pied au mois de mars, et elle se trouvait chez elle, aux côtés de sa mère, dans la ville voisine d’Akko lorsqu’elle a été rappelée pour aider à accueillir et à prendre en charge les malades du coronavirus. Elle a refusé dans un premier temps de venir – mais elle a retrouvé ses fonctions il y a deux semaines.
Et maintenant, elle siège derrière le bureau, qui a été réarrangé de manière à devenir une zone « verte » – sans coronavirus. Les patients restent dans la zone « jaune » de l’hôtel et les membres du personnel revêtent tous des combinaisons de protection, agrémentés de masques et de gants. Si Kadura a besoin d’entrer en contact avec un pensionnaire, elle lui envoie un message via l’application WhatsApp.
« Je me suis habituée et je n’ai plus peur maintenant parce qu’on suit les directives de lutte contre le coronavirus », explique Kadura. « Je peux me trouver à côté d’un malade et savoir que je ne tomberai pas malade moi-même parce que je me tiens à deux mètres de distance. Je porte un masque, je me lave les mains ».
Pour leur part, les pensionnaires sont reconnaissants pour les soins qu’ils reçoivent.
« Le personnel est formidable », commente Elad. « Il s’occupe de tout pour nous ».
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