Pour les archéologues, la zone de prière mixte du mur Occidental nuira au site historique
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Pour les archéologues, la zone de prière mixte du mur Occidental nuira au site historique

A la Knesset, les experts affirment qu’une plateforme déjà construite gêne les efforts de conservations du lieu saint, et qu’un espace égalitaire élargi sera pire

Ilan Ben Zion est journaliste au Times of Israel. Il est titulaire d'une maîtrise en diplomatie de l'Université de Tel Aviv et d'une licence de l'Université de Toronto en études du Proche-Orient et en études juives

Des rabbins réformés hommes et femmes prient ensemble à l'arche de Robinson, le site du mur Occidental qui devrait accueillir les futurs offices égalitaires, à Jérusalem, le 25 février 2016. (Crédit : Y.R/Reform Movement)
Des rabbins réformés hommes et femmes prient ensemble à l'arche de Robinson, le site du mur Occidental qui devrait accueillir les futurs offices égalitaires, à Jérusalem, le 25 février 2016. (Crédit : Y.R/Reform Movement)

Des archéologues israéliens ont protesté mardi à la Knesset contre la décision du gouvernement de transformer une partie d’un parc archéologique situé à la base du mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, en espace de prière mixte.

Ils affirment qu’un tel geste infligerait des dommages irréparables aux ruines historiques.

« Convertir le site en espace de prières empêchera une préservation adéquate et la gestion des découvertes », a déclaré Yisrael Hasson, directeur de l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA) devant la commission de l’Education de la Knesset.

« Nous pensons que cette décision nuit aux [découvertes] archéologiques », a-t-il déclaré, mais il a ajouté que si le gouvernement poursuivait le projet de construction d’une section de prière non orthodoxe sous l’Arche de Robinson, l’IAA voudrait être impliquée dans ce projet pour minimiser les dégâts.

Le 31 janvier 2016, le cabinet avait voté une décision gouvernementale pour construire une plate-forme de prière pluraliste et égalitaire, afin de tenter de mettre fin au conflit sur la place du mur Occidental entre les juifs orthodoxes et les juifs des autres mouvements, principalement au sujet de la prière des femmes.

Les Femmes du Mur en taliths lisent la Torah et prient à l'Arche de Robinson, près du mur Occidental, le 12 mars 2013. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Les Femmes du Mur en taliths lisent la Torah et prient à l’Arche de Robinson, près du mur Occidental, le 12 mars 2013. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

A l’époque, et aujourd’hui, les archéologues avaient prévenu que non seulement la plate-forme nuisait au site, mais avait parlé de pollution visuelle massive qui détournait l’attention de son importance historique.

Le parc archéologique situé à la base du mont du Temple « est le seul endroit d’où l’on peut voir le mur Occidental dans toute sa gloire, et la destruction qui a eu lieu à l’époque du deuxième Temple », a déclaré Eilat Mazar, archéologue chevronnée de l’université hébraïque, devant la commission.

Ces dernières décennies, Mazar a dirigé les fouilles sur le mur septentrional du mont du Temple.

Une plate-forme construite sur le parc archéologique « rapetisse » les seuls restes de la destruction du deuxième Temple, qu’il a pour objectif de mettre en valeur, a déclaré Mazar, fer de lance de l’opposition à ce projet.

Eilat Mazar, professeur à l'université hébraïque, montre le médaillon trouvé près du mur septentrional du mont du Temple. (Crédit : Ouria Tadmor/Université hébraïque)
Eilat Mazar, professeur à l’université hébraïque, montre le médaillon trouvé près du mur septentrional du mont du Temple. (Crédit : Ouria Tadmor/Université hébraïque)

Une partie du parc contient les pierres du Temple renversées par les troupes romaines qui sont venues s’écraser sur le pavement de l’époque d’Hérode, et ont été retrouvées au même endroit près de 2 000 plus tard par les archéologues.

Située de l’autre côté du parc archéologique par rapport à la passerelle Mughrabi, la place de prière du mur Occidental, qui se trouve à l’aplomb d’un mur de soutien du mont du Temple datant de l’époque romaine, est le lieu le plus saint où les juifs ont légalement le droit de prier.

Dans le cadre des accords de statu quo en place depuis 1967, le Waqf jordanien est responsable du plateau du mont du Temple, appelé complexe Haram al-Sharif par les musulmans, et où se trouvent le Dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa ; et Israël en contrôle les accès, ainsi que les offices religieux du mur Occidental.

Israël ne permet pas aux juifs de prier au sommet du mont, et la prière juive sur la place du mur Occidental est restreinte aux prières orthodoxes, où hommes et femmes sont séparés.

Après des années de protestation des Femmes du Mur, une association qui défend le droit des femmes à prier au Kotel, le nom hébreu du mur Occidental, accompagnées des militants réformés et conservateurs, le gouvernement a accepté en début d’année d’étendre la section de prière mixte de l’Arche de Robinson, et officialiser ainsi l’accès au mur Occidental pour les groupes de prières pluralistes.

Peu après, les archéologues ont protesté contre cette décision.

Mais déjà en 2013, Naftali Bennett, alors ministre des Affaires religieuses, avait inauguré une plate-forme temporaire pour la prière non orthodoxe, une mesure provisoire pour permettre les prières égalitaires sur le lieu saint juif.

La plate-forme dissimule une partie de la magnifique maçonnerie de l’ancien Temple, ainsi que des trésors archéologiques d’autres époques retrouvés sur la zone. La commission avait conclu que son érection avait été faite en violation des normes archéologiques et de construction.

Anat Hoffman, qui dirige les Femmes du Mur, avait raillé la construction de la plate-forme temporaire en 2013. Elle a déclaré pendant l’audience de mardi que son organisation n’avait jamais soutenu son installation.

Des milliers de personnes se sont rassemblées au mur Occidental pour la bénédiction sacerdotale de Souccot, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 19 octobre 2016. (Crédit : police israélienne)
Des milliers de personnes se sont rassemblées au mur Occidental pour la bénédiction sacerdotale de Souccot, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 19 octobre 2016. (Crédit : police israélienne)

La place de prière pluraliste prévue masquera une petite portion des 492 mètres du mur Occidental, ce qui diminuera le site.

« Je n’ai aucune idée de ce à quoi ont pensé les planificateurs, a déclaré Mazar, mais une chose est sure : le site est orphelin, le site est négligé, il n’y a personne pour le protéger. Le site a une importance historique, archéologique et culturelle suprême, et nous devons […] le protéger, l’exposer et lui donner le respect qu’il mérite. »

Meir Ben Dov, qui a dirigé des fouilles contiguës au mont du Temple dans les années 1970, a également imploré les députés d’empêcher le développement du site, déclarant que « cet endroit doit rester ouvert, sans aucune construction par-dessus, parce que son existence est plus importante. »

« La plate-forme est affreuse et met en danger le site, et il n’y a pas de permis de construction, et ce qui n’a pas de permis de construction doit être démantelé », a déclaré le député du Likud Oren Hazan à la commission.

Yehuda Glick, lui aussi député du Likud, a cependant accordé son soutien aux fidèles qui cherchent un espace à eux au mur Occidental. « Nous sommes toujours déchirés entre deux lignes parallèles : le désir de préserver le patrimoine et les valeurs archéologiques, et le désir que l’Etat d’Israël se développe et avance. »

Le député du Likud Yehuda Glick  lors d'une manifestation devant la Cour suprême religieuse à Jérusalem pour défendre la conversion au judaïsme de Nicole, Américaine de 31 ans convertie par le rabbin Haskel Lookstein, le 6 juillet 2016 (Crédit : Ezra Landau)
Le député du Likud Yehuda Glick lors d’une manifestation devant la Cour suprême religieuse à Jérusalem pour défendre la conversion au judaïsme de Nicole, Américaine de 31 ans convertie par le rabbin Haskel Lookstein, le 6 juillet 2016 (Crédit : Ezra Landau)

« Je recommande que l’Autorité des Antiquités soit l’institution qui construise [la section] qui donne une réponse aux centaines de milliers de juifs du monde entier, même si je ne suis pas d’accord avec eux, certainement dans cet endroit dans lequel il y a des preuves archéologiques de la destruction [du Temple], je pense que c’est un endroit pour l’amour inconditionnel et pour donner une chance à chaque personne qui veut prier à sa façon », a-t-il déclaré.

Si le projet pour un pavillon de prière pluraliste n’est pas mis en œuvre, la communauté juive libérale et les Femmes du Mur ont déjà prévu de porter l’affaire devant la Haute cour et de demander une nouvelle division du mur Occidental en trois sections : une pour les hommes, une pour les femmes, et une égalitaire.

« La pétition a déjà été écrite il y a trois ans, mais nous l’avions reportée parce que le gouvernement disait vouloir négocier. Si le gouvernement ne peut pas mettre en place sa décision, nous reviendrons au plan A », avait déclaré en avril au Times of Israël le rabbin Gilad Kariv, directeur exécutif du mouvement israélien pour un judaïsme réformé et progressiste.

« Nous ferons tout ce que nous pouvons pour mettre en place le projet, mais si le gouvernement vient et dit que nous ne pouvons pas, ce n’est pas notre dernière étape, c’est toujours tout un parcours », avait déclaré Kariv.

A la fin de la réunion de la commission de la Knesset mardi, elle a conclu que la plate-forme avait été construite sans permis, en violation de la loi, et a appelé le contrôleur de l’Etat à enquêter sur la décision du gouvernement de l’ériger.

Elle a également appelé les archéologues concernés à évaluer le possible impact sur le parc. De plus, elle a appuyé l’appel de l’Autorité des Antiquités à trouver un équilibre entre la préservation des restes archéologiques et le développement du site, dans les limites de la loi.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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