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Analyse

Pourquoi Israël pensait qu’une clôture le protégerait d’une armée de terroristes ?

Autrefois force offensive, l’armée pensait pouvoir se retrancher derrière des murs et le Dôme de fer, alors que la menace grandissait de l'autre côté de la frontière

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des Palestiniens prenant le contrôle d'un char israélien après avoir franchi la barrière frontalière avec Israël depuis Khan Yunis, dans le sud de la Bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)
Des Palestiniens prenant le contrôle d'un char israélien après avoir franchi la barrière frontalière avec Israël depuis Khan Yunis, dans le sud de la Bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Le matin du 7 octobre – une date qui restera longtemps marquée comme l’un des jours les plus sombres du peuple juif – le concept de sécurité d’Israël s’est effondré lorsque les terroristes palestiniens du Hamas ont traversé, franchi et contourné la clôture de la frontière avec Gaza.

Les dirigeants israéliens pensaient que cette fortification, un projet de 3,5 milliards de shekels dont l’achèvement a pris plus de trois ans, constituerait un bouclier défensif autour de ses citoyens à la frontière.

« Cette barrière, un projet créatif et technologique de premier ordre, prive le Hamas d’une des capacités qu’il a tenté de développer et place un mur de fer, de capteurs et de béton entre lui et les habitants du sud », avait déclaré le ministre de la Défense de l’époque, Benny Gantz, lors d’une cérémonie marquant l’achèvement de la barrière en 2019.

Comme l’ont montré les vidéos de la calamité de samedi, la clôture n’a pratiquement rien fait pour arrêter l’invasion.

Des Palestiniens prenant le contrôle d’un char israélien après avoir franchi la barrière frontalière avec Israël depuis Khan Yunis, dans le sud de la Bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Les terroristes du Hamas l’ont abattue à l’aide de bulldozers, puis se sont engouffrés dans les trous béants à bord de jeeps et de motos. D’autres ont franchi le mur à bord de planeurs, tandis que des membres de la force navale du Hamas ont sauté sur des bateaux pour tenter de rejoindre Israël par la mer.

Les résultats sont désormais connus de tous. Près d’un millier d’Israéliens morts, le plus grand massacre de Juifs depuis la Shoah. Plus d’une centaine d’otages, dont des femmes âgées et des bébés, ont été capturés par le Hamas.

Comment la puissante armée israélienne, qui mettait autrefois hors d’état de nuire des armées arabes massives grâce à des manœuvres terrestres audacieuses, s’est-elle retrouvée à dépendre d’une clôture pour protéger la vie de ses citoyens vivant à proximité ?

S’offusquer

Pendant la majeure partie de son existence, Tsahal n’a pas voulu s’occuper de mesures défensives. Son concept de sécurité traditionnel reposait sur trois piliers complémentaires : la capacité de dissuasion, l’alerte précoce et la victoire décisive sur le champ de bataille (hachraa en hébreu).

Guidée par ce concept à l’époque de ses célèbres victoires sur les armées arabes conventionnelles, l’armée israélienne a mis en place une puissance offensive destinée à dissuader ses ennemis d’attaquer, ainsi que des réseaux de renseignement pour détecter l’érosion de cette capacité de dissuasion. Si elle ne parvenait pas à convaincre l’autre partie qu’il valait mieux éviter le conflit, Tsahal mettait en œuvre toute la puissance de ses capacités offensives afin de remporter une victoire rapide et décisive en territoire ennemi.

Selon ce concept, la capacité de dissuasion s’en trouverait renforcée.

La défense a commencé à s’immiscer dans les conversations dans les années 1960, lorsqu’Israël a envisagé d’acheter aux États-Unis le système de missiles sol-air Hawk. La possibilité de dépenser des ressources limitées pour la défense a suscité une vive opposition au plus haut niveau de Tsahal.

President Ezer Weizman during a 1998 interview in his Jerusalem residence (photo credit: Flash90)
Le président Ezer Weizman lors d’une interview en 1998 dans sa résidence, à Jérusalem. (Crédit : Flash90)

Le commandant de l’armée de l’air, Ezer Weizman, s’est opposé à cette idée au motif qu’elle donnerait aux chefs politiques israéliens une excuse pour éviter les opérations offensives audacieuses – en l’occurrence les frappes aériennes par surprise – effet nécessaire pour gagner une guerre. « Je craignais que, lorsque les hauts responsables devraient approuver une offensive aérienne », révèle Weizman dans ses mémoires, « la présence en Israël de missiles Hawk bloquerait en réalité une décision rapide et affirmative [de frapper en premier] ».

D’autres officiers supérieurs de l’armée de l’air se sont opposés aux missiles Hawk en raison de leur caractère purement défensif. Ils estimaient que l’argent serait mieux dépensé dans des plates-formes flexibles, comme des avions, qui pourraient jouer un rôle à la fois défensif et offensif.

Finalement, cinq batteries de missiles Hawk ont été achetées juste avant la Guerre des Six Jours de 1967 pour un montant de 30 millions de dollars. Elles ont notamment été intégrées au concept offensif existant, en protégeant les installations de l’armée de l’air israélienne (en plus du réacteur nucléaire de Dimona) afin de maintenir les capacités de dissuasion et de première frappe de l’armée de l’air.

Le projet défensif dans lequel Tsahal s’est ensuite engagée a été une débâcle, qui a laissé présager le désastre d’il y a trois jours.

Des troupes égyptiennes fêtant l’arrivée de leur drapeau au sommet d’un bunker sur la ligne Bar-Lev, à l’est du canal de Suez, le 13 octobre 1973. (Crédit : Ahmed Tayeb/AP Photo/Pool)

La tristement célèbre ligne Bar-Lev, l’ensemble de fortifications construites sur les rives du canal de Suez après la Guerre des Six Jours, a été facilement envahie par les forces égyptiennes au début de la Guerre de Kippour de 1973. Au lieu d’empêcher l’avancée de l’ennemi et de donner aux réservistes de Tsahal le temps d’atteindre le front et de passer à l’offensive, les tentatives de sauvetage des troupes assiégées dans les avant-postes – plutôt que de rassembler suffisamment de forces pour traverser le canal de Suez et porter le combat à l’ennemi – ont accaparé une grande partie de l’attention et des ressources du Commandement du Sud dans les premiers jours difficiles de la guerre.

Murs de fer

« À la fin, l’État d’Israël, tel que je le conçois, sera entouré d’une clôture », avait déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une visite de la frontière israélo-jordanienne en février 2016. « Ils me diront : ‘C’est ce que vous voulez faire, défendre la villa ?’ La réponse est oui. Allons-nous entourer tout Israël de clôtures et d’obstacles ? La réponse est oui. »

La dépendance à l’égard d’une barrière défensive n’a pas commencé avec Netanyahu. Israël a commencé à s’appuyer sur les barrières frontalières au cours de la Seconde Intifada, plus de dix ans auparavant.

Prime Minister Benjamin Netanyahu attends on Wednesday the ceremony marking the completion of the main section of the Israeli-Egyptian border fence (photo credit: Moshe Milner/GPO/FLASH90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu assistant à une cérémonie marquant l’achèvement de la section principale de la clôture frontalière israélo-égyptienne améliorée, le 2 janvier 2013. (Crédit : Moshe Milner/GPO/FLASH90)

Après l’attentat suicide perpétré en mars 2002 lors de la nuit du seder de Pessah au Park Hotel et l’Opération « Rempart » qui s’en est suivie, Israël a commencé à construire la barrière de sécurité largement controversée destinée à séparer les Palestiniens de Cisjordanie des Israéliens. Il a construit une nouvelle clôture améliorée à la frontière entre Israël et la Bande de Gaza. Il a dépensé plus de 1,6 milliard de shekels pour construire une clôture de 245 miles à sa frontière avec l’Égypte, d’abord pour empêcher les migrants africains d’entrer, puis comme rempart contre les groupes terroristes basés dans le Sinaï. Après les manifestations meurtrières organisées par les Palestiniens en Syrie en mai et juin 2011, au cours desquelles des dizaines de manifestants ont franchi la clôture existante, Israël a construit une barrière de huit mètres de haut qui s’étend au sud de Majd al-Shams.

En 2016, Israël a commencé à construire la barrière d’Eilat à Timna, à la frontière avec la Jordanie.

S’il construisait des murs, Israël devait aussi faire en sorte que ses citoyens les soutiennent. En 2005, Ariel Sharon avait fait adopter la Loi du Désengagement de Gaza et du nord de la Cisjordanie, évacuant des milliers de civils israéliens, certains par la force.

Les remparts ont commencé à affecter l’état d’esprit des soldats et des dirigeants retranchés derrière eux. L’État a érigé dans l’esprit de ses défenseurs des barrières mentales tout aussi redoutables que celles qui se trouvent à ses frontières.

Une section de la barrière de séparation d’Israël entre l’implantation juive de Modiin Illit, à droite, et la périphérie du village cisjordanien de Bilin, près de Ramallah, le 23 juin 2011. (Crédit : Ariel Schalit/AP)

L’enlèvement de Gilad Shalit en 2006 – après le désengagement de Gaza – reste une illustration frappante des effets psychologiques néfastes de l’enfermement. Les terroristes du Hamas ont creusé un tunnel sous la clôture frontalière et ont attaqué des avant-postes et un char d’assaut où les soldats n’ont pas réagi efficacement. Soit ils n’étaient pas du tout concentrés sur une menace potentielle, soit ils dormaient tout simplement, pensant que la simple présence de la barrière les mettrait à l’abri.

Selon un rapport du général (res.) Giora Eiland, qui a enquêté sur l’événement, les soldats israéliens ont tardé à franchir la barrière pour se lancer à la poursuite des terroristes, pensant qu’elles avaient besoin d’autorisations spéciales et de préparatifs pour entrer dans la Bande de Gaza.

Des murs dans le ciel

Alors qu’Israël érigeait des murs et des clôtures, ses ennemis ont réagi logiquement : ils ont intensifié le développement de leurs arsenaux de roquettes et de missiles afin de pouvoir survoler les barrières. Cette menace a véritablement ouvert la voie à la défense, qui a pris sa place parmi les trois éléments traditionnels du concept de sécurité israélien.

Ehud Barak, alors chef du parti Avoda, et Amir Peretz, à droite, le 16 novembre 2008. (Crédit : Roni Schutzer/Flash90)

Après que le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah a réussi à maintenir des tirs soutenus de roquettes Katioucha tout au long de la Seconde Guerre du Liban en 2006, la commission Meridor de 2007 sur la doctrine de sécurité nationale d’Israël a présenté la défense comme le quatrième pilier du concept de sécurité nationale. La même année, Ehud Olmert, alors Premier ministre, a accepté la recommandation du ministre de la Défense Amir Peretz et a approuvé le système de défense anti-missile Dôme de fer comme solution israélienne contre les roquettes à courte portée.

Le Dôme de fer a été conçu comme la composante à courte portée du nouveau système de défense aérienne d’Israël. Le système de défense antimissile israélien Fronde de David devait protéger contre les roquettes à moyenne portée, tandis que les systèmes Arrow 2 et Arrow 3 étaient destinés à s’attaquer aux missiles balistiques à longue portée.

Il n’a pas fallu longtemps pour que le Dôme de fer affecte la manière dont Israël combat. L’opération de Gaza qui a eu lieu avant le déploiement opérationnel du Dôme de fer, l’Opération « Plomb Durci » de 2008 à 2009, a vu une manœuvre terrestre importante de la part du Corps d’Infanterie et du Corps Blindé Mécanisé de Tsahal.

Après le déploiement du Dôme de fer en 2011, Israël a mené deux autres conflits majeurs contre le Hamas. Lors de l’Opération « Pilier de Défense » de 2012, Tsahal s’est entièrement appuyée sur une puissance de feu d’attente et n’ont effectué aucune manœuvre, tandis que l’avancée terrestre limitée lors de l’Opération « Bordure protectrice » de 2014 faisait partie d’un effort défensif contre les tunnels et n’avait pas pour but de vaincre le Hamas sur le terrain.

Le système de défense anti-aérienne du Dôme de fer interceptant des roquettes tirées depuis Gaza, le 10 mai 2023. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Les récentes frappes contre le Hamas ne comprenaient pas non plus de manœuvres terrestres.

Il convient de noter que, depuis les années 1990, Tsahal s’est éloignée des manœuvres au sol, s’appuyant sur des frappes de précision qui n’exposent pas directement les soldats des Tsahal à des risques. Après la débâcle de 2006, il a été reconnu que l’armée devait d’urgence améliorer ses capacités de manœuvre au sol, et le succès du Dôme de fer a privé les partisans de la manœuvre d’une grande partie de leur élan.

L’investissement dans la défense a également suscité de l’opposition cette fois-ci. De nombreux officiers de Tsahal considéraient le système comme une menace pour le concept de combat offensif des soldats. Pire encore, selon eux, la défense anti-missile pourrait même nuire à la capacité de dissuasion d’Israël, car elle priverait d’argent les capacités offensives sur lesquelles repose cette dissuasion.

Les étudiants en histoire militaire feront le lien avec d’autres systèmes défensifs massifs qui ont échoué et qui ont eu l’effet même que Weizman redoutait. Dans un article paru en 2015 dans Maarachot, le Dr. Meïr Finkel, général de brigade de l’armée israélienne, détaille les effets de la ligne de fortification défensive construite par la France dans les années 1930 pour repousser une offensive allemande. La ligne Maginot, à la pointe de la technologie, a absorbé 6 % du budget de la Défense de la France entre 1930 et 1937, privant ainsi les capacités offensives, telles que les chars et les avions, de fonds dont elles avaient désespérément besoin.

Des troupes allemandes passant devant l’Arc de Triomphe, à Paris, le 14 juin 1940. (Crédit : AP)

L’impact de la ligne Maginot s’est fait sentir au-delà des budgets. Dans son ouvrage sur la chute de la France pendant la Seconde Guerre mondiale, l’historien britannique Alistair Horne décrit comment la ligne est devenue non seulement un élément central de la stratégie française, mais a également créé une atmosphère illusoire de sûreté et de sécurité.

Elle n’avait apporté ni l’une ni l’autre, et lorsque les blindés allemands sont finalement arrivés en 1940, ils ont simplement attaqué par la forêt des Ardennes, où les fortifications étaient peu nombreuses. La France s’était rendue en 46 jours.

Une menace que l’on a laissé grandir

Avec l’illusion que la magie technologique du Dôme de fer et de la clôture de haute technologie lui permet de s’abriter dans un bunker hermétiquement clos aussi longtemps que nécessaire, Israël a choisi de laisser le problème de Gaza s’envenimer.

Des Palestiniens de la Bande de Gaza entrant dans le kibboutz Kfar Azza, lors d’un assaut massif du groupe terroriste Hamas, le 7 octobre 2023. (Crédit : Hassan Eslaiah/AP Photo)

La portée et la précision des roquettes des groupes terroristes de Gaza n’ont cessé de croître. En 2012, Jérusalem et Tel Aviv avaient essuyé des tirs, et en 2014, c’était au tour de Haïfa. Au cours du même conflit, le Hamas a même réussi à fermer temporairement l’aéroport israélien Ben Gurion, coupant ainsi du monde, pendant plusieurs heures, le pays qui possède l’armée la plus puissante du Moyen-Orient. Cette situation était impensable quelques années auparavant.

« Ce qui était autrefois un mécanisme de défense tactique destiné à protéger temporairement la population civile est devenu une stratégie en soi », a écrit Yoav Fromer, théoricien politique à l’Université de Tel Aviv.

Des officiers supérieurs de Tsahal ont prévenu que l’ennemi chercherait à mener le même type d’attaques que le 7 octobre et que la zone située juste au-delà de la clôture était devenue la cible des plans de l’ennemi.

Le colonel Yehuda Vach, commandant de l’école de formation des officiers, s’est entretenu avec des commandants de bataillons et de brigades opérant le long des clôtures frontalières d’Israël, et a publié ses observations dans un article paru en 2019 dans le journal du Centre Dado, centre d’études militaires interdisciplinaires de Tsahal.

Des Palestiniens visitant une exposition des Brigades Ezzedine al-Qassam, l’aile armée du groupe terroriste palestinien du Hamas, lors de la fête de l’Aïd al-Adha, dans la ville de Gaza, le 30 juin 2023. (Crédit : Atia Mohammed/Flash90)

Les officiers lui ont dit que « le Hezbollah et le Hamas frappent à la barrière et comprennent qu’ils n’ont pas besoin de pénétrer profondément dans le territoire israélien pour réaliser des gains stratégiques, mais qu’ils doivent simplement franchir la clôture et mener des attaques et des enlèvements près de la frontière ». Les commandants sont bien conscients de la menace d’attaques par enlèvement, mais ne sont pas sûrs de pouvoir arrêter toutes les tentatives.

« Parce que nous ne franchissons pas la barrière, l’autre camp est devenu stratégiquement plus fort », écrit Vach. « L’ennemi mène une stratégie autour de la clôture, tandis que nous la gardons avec des forces réduites et faibles. »

« L’ennemi cherchera, lors de la prochaine opération, à mener une opération pour kidnapper des soldats et blesser des civils dans les villes proches de la clôture, profitant ainsi de la première réussite de la campagne », avait-il prédit. « La clôture crée une illusion et donne un faux sentiment de sécurité à la fois aux soldats israéliens et aux habitants vivant à proximité de la barrière. »

L’illusion s’est maintenant dissipée, le faux sentiment de sécurité a volé en éclats. La question est maintenant de savoir par quoi elle sera remplacée.

Israël reviendra-t-il à son état d’esprit offensif et manœuvrera-t-il profondément dans Gaza pour remporter une victoire décisive sur l’organisation qui a enlevé ses enfants et tiré des balles dans la tête de ses personnes âgées ? Ou bien cherchera-t-il d’autres moyens de dire à ses citoyens qu’il leur a apporté la sécurité, alors que de dangereux ennemis continuent de comploter juste au-delà de ses frontières ?

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