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Opinion

Poutine, l’échec de la diplomatie et les dures leçons à en tirer pour Israël

L'invasion par la Russie de l'Ukraine dessine un nouvel ordre mondial et rappelle qu'il faut prendre au sérieux ces pays ennemis qui se rapprochent de l'arme nucléaire

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le président Joe Biden rencontre le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy dans le bureau Ovale de la Maison Blanche à Washington, le 1er septembre 2021. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)
Le président Joe Biden rencontre le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy dans le bureau Ovale de la Maison Blanche à Washington, le 1er septembre 2021. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)

L’administration Biden a transformé la diplomatie « en religion », a déclaré un responsable israélien au début de la semaine, des propos repris par la Treizième chaîne.

Et ce n’était pas un compliment.

Ce responsable, qui n’a pas été identifié, évoquait alors les efforts livrés sans relâche par l’administration américaine visant à ressusciter l’accord sur le nucléaire qui avait été conclu en 2015 avec l’Iran – des efforts qui ont fait « des progrès substantiels » au cours de la semaine dernière, a commenté mardi Jen Psaki, la porte-parole auprès des médias de la Maison Blanche.

Mais ces propos ont aussi été tenus dans un contexte plus large – alors même que Vladimir Poutine commençait à bouger vers l’Ukraine.

L’effondrement de l’Union soviétique avait laissé aux États-Unis la place d’unique superpuissance dans le monde, une superpuissance qui s’était donnée elle-même la charge, en principe, de défendre la liberté et d’affronter la tyrannie dans le monde entier tout en tentant en pratique – ce qui est compréhensible – de minimiser les pertes inhérentes d’une telle mission en matière de sang coulé américain et en matière de richesses.

Ce positionnement avait été à la fois un privilège et une exigence immense.

Mais, de manière croissante – comme en ont témoigné l’échec du renforcement de la démocratie en Irak, la réduction progressive de son influence en Syrie ou le départ chaotique d’Afghanistan – la nécessité de minimiser les coûts élevés de cette charge a pris le dessus sur ce rôle de protecteur des libertés sur tout le globe.

Et paralèllement, la Chine s’est élevée à un rang qui lui permet de défier ce statut de superpuissance.

Et aujourd’hui, Poutine impose ses ambitions, exploitant la faiblesse perçue de l’Amérique, et envahit de façon éhontée l’Ukraine dont le président réformiste, qui n’a cessé de lutter contre la corruption, a tenté de rapprocher son pays des États-Unis et de l’Occident.

Des embouteillages alors que les résidents quittent la ville de Kiev, le 24 février 2022. (Crédit : AP Photo/Emilio Morenatti)

Pour Israël, la poursuite sans entraves par Poutine de ses objectifs expansionnistes, au mépris évident des mises en garde et des menaces américaines, a une résonnance profonde.

Elle nous rappelle – un rappel dont Israël se serait bien passé – de considérer avec la plus grande gravité les menaces émises par les adversaires les plus avides, avant tout par l’Iran, qui ont la capacité ou qui œuvrent à avoir la capacité de pouvoir les mettre en œuvre. (Comme le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid me l’a dit il y a deux semaines : « J’observe ce qui se passe en Ukraine et grâce à Dieu et à Tsahal, nous avons la capacité de nous défendre nous-mêmes »).

Et c’est la confirmation dérangeante qu’un ordre mondial différent est en train de se mettre en place devant nos yeux, un ordre mondial où l’hégémonie des États-Unis n’est plus assurée.

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Les États-Unis sont l’allié le plus déterminant d’Israël depuis des décennies, ils le sont encore et ils le resteront. Mais un élément crucial de cette alliance pour Israël a été de savoir qu’une Amérique fermement et résolument engagée dans cette vaste région offrait de la stabilité au minuscule État juif, dissuadant les agresseurs régionaux.

Aujourd’hui, cet engagement s’affaiblit, et le pouvoir de dissuasion aussi. Et l’avancée de l’Iran vers la bombe atomique est le dossier le plus dangereux à cet égard.

Le régime iranien, qui est bien plus proche des capacités nucléaires militaires que ce n’était le cas lorsque le mauvais accord original avait été signé en 2015, se rapproche aussi, à l’évidence, de l’acceptation d’un accord ressuscité et offert par les États-Unis – dont plusieurs dispositions essentielles expireront dans les prochaines années ; un accord qui donnera vraisemblablement à la République islamique l’autorisation de conserver ses centrifuges avancées, et qui permettra aussi, semble-t-il, de libérer des milliards de dollars actuellement gelés qui aideront à financer ses velléités belliqueuses dans la région. Quelle amabilité de la part du Guide suprême de l’Iran – vous pardonnerez mon sarcasme – de seulement envisager d’y consentir.

Comme cela avait été le cas dans les semaines qui avaient précédé la signature de l’accord de 2015, Israël – bien que directement menacé par le programme d’armement nucléaire malveillant de Téhéran – n’est intervenu ni directement, ni indirectement dans les négociations. Par ailleurs, la préférence accordée par le Premier ministre Naftali Bennett à un travail visant à influencer le positionnement américain livré en-dehors des regards curieux semble, in fine, ne pas avoir été plus efficace que l’approche de confrontation ouverte pour laquelle avait opté son prédécesseur, Benjamin Netanyahu.

Un Iranien brandit une bannière anti-américaine devant des missiles présentés aux abords d’une exposition dans le centre de Téhéran organisée par les Gardiens de la révolution islamique, le 7 janvier 2022. (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi)

Les progrès réalisés par l’Iran vers le statut d’État du seuil nucléaire ont été marqués par une succession des pires embardées possibles de la part des États-Unis.

L’accord initial d’Obama n’a pas atteint ses objectifs, à savoir, le démantèlement du programme nucléaire du régime, avec la certitude absolue qu’il ne pourrait jamais ressusciter. Le retrait des États-Unis de l’accord, un retrait décidé par l’administration Trump, a amené – et c’était prévisible – l’Iran à enfreindre ouvertement les dispositions déjà généreuses du pacte et à faire progresser ses connaissances et ses capacités en termes d’enrichissement de l’uranium et de fabrication d’une bombe. Et la « campagne maximale » de sanction n’a pas permis d’observer un affaiblissement quelconque de la résolution des ayatollahs à se doter de l’arme atomique, avant qu’elle ne soit définitivement vouée à l’échec avec la défaite électorale de Trump. Et aujourd’hui, l’administration Biden cherche désespérément à ressusciter un accord qui, le président américain le reconnaît lui-même, devrait être « plus long » et « plus fort ».

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La diplomatie est tout sauf un gros mot. Une diplomatie efficace, si elle est soutenue par des mesures de sanction et par une résolution manifeste, auraient pu peut-être mettre en pause Vladimir Poutine. Une diplomatie efficace, soutenue par des mesures de sanction et par une résolution manifeste, pourraient arracher la victoire dans le bras de fer qui se joue actuellement dans le dossier du nucléaire iranien.

Mais ce n’est pas le cas, toutefois, de la diplomatie quand elle est transformée en « religion », comme l’a dit le responsable israélien non-identifié, dont le bureau ne se situe sûrement pas à des milliers de kilomètres du bureau du Premier ministre.

Mais ce n’est pas le cas, toutefois, quand la diplomatie est poursuivie et vécue comme un acte de foi – détachée ou aveugle face aux réalités façonnées par des adversaires narquois qui ne cessent, de toute évidence, de s’enhardir.

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