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Premier sommet trilatéral israélo-égypto-émirati à Charm el-Cheikh

Naftali Bennett, Abdel-Fattah el-Sissi et Mohammed bin Zayed al-Nahyan ont parlé de la guerre en Ukraine et des négociations dans l'impasse sur le nucléaire iranien

Le prince héritier d'Abu Dhabi Mohammed bin Zayed al-Nahyan, à droite, le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi, au centre, et le Premier ministre Naftali Bennett se rencontrent à Sharm el-Sheikh, le 22 mars 2022. (Crédit : Porte-parole du bureau de la présidence égyptienne)
Le prince héritier d'Abu Dhabi Mohammed bin Zayed al-Nahyan, à droite, le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi, au centre, et le Premier ministre Naftali Bennett se rencontrent à Sharm el-Sheikh, le 22 mars 2022. (Crédit : Porte-parole du bureau de la présidence égyptienne)

Le Premier ministre Naftali Bennett a rencontré, mardi, le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi et le prince héritier Mohammed bin Zayed al-Nahyan à Sharm el-Sheikh, une station balnéaire du Sinaï, a annoncé le bureau de Sissi.

Selon le bureau du président égyptien, les trois leaders ont évoqué les conséquences des « événements mondiaux au cours », une référence probable à la guerre entre la Russie et l’Ukraine – sur l’énergie, sur la stabilité des marchés et sur la sécurité alimentaire.

L’Egypte, Israël et les Emirats sont des pays alliés des Etats-Unis mais ils entretiennent également des relations avec la Russie et leur position est restée prudente face à la guerre en Ukraine.

La rencontre tripartite de Charm el-Cheikh est la première du genre réunissant les trois dirigeants.

L’Egypte, qui importe 85% de son blé et 73% de son huile de tournesol d’Ukraine et de Russie, subit de plein fouet la flambée inédite des prix des céréales et du pétrole née de l’invasion par Moscou de son voisin. Alors que le prix du blé est en train de grimper dans le monde entier dans le sillage du conflit, le Caire a ajusté le prix du pain non-subventionné lundi.

Ensemble, la Russie et l’Ukraine produisent environ 25 % du blé mondial. Environ la moitié des approvisionnements israéliens viennent d’Ukraine.

Human Rights Watch a averti, lundi, que la guerre en Ukraine « risque d’approfondir la crise alimentaire mondiale et en particulier au Moyen-Orient et en Afrique du nord ».

Les trois leaders ont aussi parlé « des dernières informations transmises sur des questions régionales et internationales » – avec parmi elles, sans doute, les pourparlers dans l’impasse sur le programme nucléaire iranien à Vienne.

Cette rencontre est le tout premier sommet trilatéral jamais organisé entre les dirigeants israélien, égyptien et émirati.

Des agriculteurs récoltent avec leurs moissonneuses-batteuses dans un champ de blé près du village de Tbilisskaya, en Russie, le 21 juillet 2021. (Crédit : AP Photo/Vitaly Timkiv, File)

Le bureau du porte-parole de Sissi a diffusé une photo des trois hommes, le drapeau israélien clairement visible aux côtés des couleurs égyptiennes et émiraties.

Bin Zayed, connu sous le nom de MBZ, est considéré comme le gouvernant de facto des Émirats arabes unis.

Bennett a également rencontré Sissi lundi, peu après son arrivée à Sharm el-Sheikh, a fait savoir un officiel égyptien au Times of Israel.

L’Egypte est le premier pays arabe à avoir signé en 1979 un traité de paix avec Israël, mettant fin à l’état de guerre entre les deux pays voisins.

Mais elle n’avait jamais depuis normalisé ses relations avec Israël, entretenant plutôt une paix froide avec son voisin en raison du fort soutien de sa population à la cause du peuple palestinien.

Les Emirats arabes unis, monarchie pétrolière du Golfe qui n’a jamais été en conflit avec Israël, ont eux normalisé leurs relations avec l’Etat hebreu en 2020 dans le cadre des accords dits d’Abraham signés sous l’égide de Washington.

Pour le professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, Mostafa Kamal Sayed, les accords d’Abraham ont permis une normalisation qui va « au-delà des questions sécuritaires ».

« Grande réussite »

« Les Emirats tentent de partager ces nouvelles relations de coopération avec les pays du Moyen-Orient (…) et l’Egypte est un partenaire important ».

Cette réunion inédite est donc « une illustration réelle de cette tentative » et c’est « une grande réussite pour Mohammed ben Zayed ».

M. Bennett avait rencontré en septembre le président Sissi lors de la première visite en Egypte d’un chef de gouvernement israélien depuis 10 ans et s’était rendu aux Emirats en décembre 2021.

Mardi, l’agence de presse officielle des Emirats, Wam, a indiqué que la réunion de Charm el-Cheikh a porté sur le « renforcement des relations ainsi que l’importance de la coopération, la coordination et le dialogue pour répondre aux aspirations de développement et de stabilité dans la région ».

La rencontre intervient également sur fond de pourparlers entre l’Iran et les grandes puissances sur le dossier du programme nucléaire iranien, dont l’impact d’un potentiel accord est jaugé par Israël et plusieurs pays arabes, comme l’Egypte et les Emirats.

L’Etat hébreu voit d’un mauvais œil un possible accord international sur le programme nucléaire de l’Iran, son ennemi numéro un, M. Bennett dénonçant une volonté de signer un accord « presque à n’importe quel prix ».

L’Iran et les Etats-Unis négocient depuis onze mois à Vienne pour relancer le texte conclu en 2015 entre Téhéran et les grandes puissances pour garantir qu’il n’y aurait jamais de bombe atomique iranienne.

L’accord est moribond depuis que les Américains l’ont quitté en 2018 et rétabli les sanctions asphyxiant l’économie iranienne, ce qui a poussé la République islamique à s’affranchir des restrictions-clés à son programme nucléaire.

Les Etats-Unis ont jugé mercredi dernier qu’un compromis était « proche », notamment après plusieurs signaux positifs, dont la libération de deux Irano-Britanniques retenus en Iran depuis plusieurs années.

M. Bennett a répété dans des déclarations publiées mardi par le quotidien israélien Yediot Aharonot qu’Israël, « comme je l’a déjà dit publiquement, n’est pas partie à l’accord » sur le nucléaire iranien.

« Pour nous l’accord n’est pas contraignant. Les Américains le comprennent cela et l’ont assimilé ».

L’AFP a contribué à cet article.

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