Première apparition de Khamenei depuis des semaines, l’Iran menace les US et Israël
Téhéran accuse à nouveau les US, Israël et l'Europe d'attiser les troubles ; des enfants figuraient parmi les personnes arrêtées lors des manifestations anti-gouvernement, dit un responsable
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Samedi, après des semaines de troubles et de craintes d’une frappe américaine imminente, l’Iran a tenté de renvoyer l’image d’une stabilité retrouvée en publiant des photos rares du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, en public, alors que les responsables mettaient en garde les États-Unis et Israël contre toute action militaire.
C’est dans ce contexte de tensions croissantes que les médias iraniens ont diffusé samedi des images montrant Khamenei apparaissant en public pour la première fois depuis le début des manifestations, assistant à une prière sur la tombe du fondateur de la république islamique, Ruhollah Khomeini, à l’occasion du 47e anniversaire de la révolution islamique.
Des photos qui semblaient destinées à contrer les affirmations de l’opposition, au début du mois, qui avaient laissé entendre que Khamenei avait été transféré dans un bunker souterrain par crainte d’une éventuelle frappe américaine.
Samedi, par ailleurs, le chef de l’armée iranienne Amir Hatami a mis en garde les États-Unis et Israël contre toute attaque, arguant que les forces de la république islamique étaient en état d’alerte maximale suite aux importants déploiements militaires de Washington dans le Golfe.
Hatami a en outre insisté sur le fait que l’expertise nucléaire iranienne ne pouvait être éliminée, après que Trump a déclaré s’attendre à ce que Téhéran cherche à conclure un accord afin d’empêcher les frappes américaines.
« Si l’ennemi commet une erreur, il mettra ainsi et sans aucun doute en danger sa propre sécurité, la sécurité de la région et la sécurité du régime sioniste », a affirmé Hatami, des propos cités par l’agence de presse officielle IRNA.
Les forces armées iraniennes sont « en état de préparation défensive et militaire maximale », a-t-il continué.
Trump menaçant d’intervenir militairement après la répression meurtrière, de la part des autorités iraniennes, de deux semaines de manifestations anti-gouvernement, Washington a envoyé au Moyen-Orient un groupe aéronaval embarqué dirigé par le porte-avions USS Abraham Lincoln.
Un déploiement qui a fait craindre une confrontation directe avec l’Iran. La république islamique a donc averti qu’en cas d’attaque, elle riposterait par des frappes de missiles contre les bases, les navires et les alliés des États-Unis, notamment Israël.
Vendredi, Trump a déclaré que, selon lui, l’Iran – plutôt que d’affronter une action militaire américaine – chercherait à négocier un accord sur ses programmes nucléaires et balistiques.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait auparavant fait savoir que Téhéran était prêt pour des négociations sur le nucléaire, mais que ses missiles et sa défense « ne feraient jamais l’objet de pourparlers ».
En juin , les États-Unis avaient mené des frappes contre des sites nucléaires iraniens de premier plan, lorsqu’ils avaient brièvement rejoint Israël dans sa guerre de 12 jours contre son ennemi régional.
Les attaques menées par Israël avaient également touché des sites militaires à travers le pays et tué des officiers haut gradés, ainsi que des scientifiques nucléaires de haut rang.
Samedi, cependant, Hatami a insisté sur le fait que la technologie nucléaire iranienne « ne peut pas être éliminée, même si les scientifiques et les fils de cette nation sont martyrisés ».
Vendredi, le Commandement central américain (CENTCOM) a indiqué que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien s’apprêtait à mener « un exercice naval de tirs réels de deux jours » dans le détroit d’Ormuz, plaque tournante essentielle pour l’approvisionnement mondial en énergie.
Dans un communiqué, le CENTCOM a mis en garde le CGRI contre « tout comportement dangereux et non professionnel à proximité des forces américaines ».
C’est en 2019 que les États-Unis avaient inscrit le CGRI sur la liste des organisations terroristes. L’Union européenne leur a emboîté le pas jeudi dernier.
Cette décision de l’UE a suscité des réactions de colère de la part de Téhéran, qui a promis des représailles.
Des manifestations nationales contre la hausse du coût de la vie avaient éclaté en Iran le 28 décembre, avant de prendre de l’ampleur et de se transformer en un mouvement antigouvernemental, qui avait atteint son apogée les 8 et 9 janvier.
C’est après une répression sanglante que ces manifestations nationales, qui avaient duré deux semaines – elles avaient débuté fin décembre en raison d’une crise économique marquée par une inflation galopante et une augmentation du coût de la vie – s’étaient largement apaisées. Le Conseil national de sécurité iranien a déclaré la semaine dernière que 3 117 personnes avaient été tuées. Le site Iran International, affilié à l’opposition, a pour sa part estimé le nombre de morts à plus de 36 000.
Samedi, le président iranien Masoud Pezeshkian a répété les accusations de Téhéran laissant entendre que des forces extérieures auraient été à l’origine des manifestations.
Selon Pezeshkian, les dirigeants américains, israéliens et européens ont exploité les problèmes économiques de l’Iran pour inciter à l’agitation, fournissant aux citoyens les moyens nécessaires pour « déchirer la nation » lors des récentes manifestations.
Les puissances étrangères ont tenté de « provoquer, de créer des divisions et elles ont fourni des ressources, entraînant des innocents dans ce mouvement », a affirmé Pezeshkian au cours d’une émission en direct à la télévision d’État.
Trump, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et les Européens « ont exploité nos problèmes, ont fait de la provocation et ils ont cherché — et ils cherchent toujours — à fragmenter la société », a ajouté Pezeshkian.
« Ils les ont fait descendre dans les rues. Ils voulaient, ainsi qu’ils l’ont dit, déchirer ce pays, semer le conflit et la haine parmi la population, et provoquer des divisions », a poursuivi Pezeshkian.
« Tout le monde sait que ce qui s’est passé n’a pas été une simple protestation sociale », a-t-il souligné.
Il a néanmoins exhorté son gouvernement à tenir compte des griefs de la population après les manifestations.
« Nous devons travailler avec le peuple et pour le peuple, et faire ce qui est en notre pouvoir pour servir le peuple », a déclaré Pezeshkian dans un discours diffusé à la télévision d’État.
« Si nous agissons de manière juste, le peuple le verra et l’acceptera. Aucune puissance ne pourra paralyser un gouvernement, une société ou une nation qui agit de manière juste, équitable et dans le respect des droits. »
L’Iran a de surcroît, et pour la première fois, reconnu que des enfants figuraient parmi les personnes arrêtées lors des opérations de répression, a annoncé le New York Times. Le vice-président de la commission parlementaire iranienne chargée de l’éducation, Farshad Ebrahimpour, a ainsi admis qu’un « certain nombre » d’élèves de moins de 18 ans avaient été arrêtés. Les organisations de défense des droits humains estiment quant à elles qu’au moins 300 enfants et adolescents sont toujours en détention.
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