Première lecture pour la loi bannissant les groupes de gauche dans les écoles
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Première lecture pour la loi bannissant les groupes de gauche dans les écoles

'La loi Breaking the Silence' autoriserait le ministre de l'Education à interdire l'accès aux institutions éducatives aux ONG "qui oeuvrent à nuire à l'armée israélienne"

Shuli Moalem-Refaeli, députée du parti nationaliste orthodoxe HaBayit HaYehudi, devant la Knesset, le 31 octobre 2016. (Crédit :Yonatan Sindel/Flash90)
Shuli Moalem-Refaeli, députée du parti nationaliste orthodoxe HaBayit HaYehudi, devant la Knesset, le 31 octobre 2016. (Crédit :Yonatan Sindel/Flash90)

Un projet de loi qui permettrait au ministre de l’Education d’interdire l’accès aux écoles aux organisations qui critiquent l’armée israélienne a été adoptée en première lecture lundi à la Knesset.

La législation, adoptée par 35 voix contre 23, sera maintenant présentée devant la commission de l’Education de la Knesset avant d’être soumise à une deuxième et troisième lectures.

Ce texte avait été proposé pour la première fois en 2016 dans le contexte d’un débat public intense sur la légitimité des groupes de gauche qui opèrent en Israël. Il concerne en premier lieu l’organisation Breaking the Silence mais donnerait au ministre de l’Education la capacité d’interdire l’entrée dans les institutions d’éducation à tout groupe « oeuvrant à nuire à l’armée. »

Le projet de loi avait été proposé par le ministre de l’Education Naftali Bennett (HaBayit HaYehudi) au mois de décembre 2016. A cette période, trois proviseurs de lycée avaient ignoré ses instructions alors que Bennett avait interdit au groupe d’intervenir auprès des lycéens dans les établissements.

Des étudiants protestent durant une conférence de Breaking the Silence à l’université hébraïque de Jérusalem, le 22 décembre 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Au cours du vote de la Knesset, la députée Shuli Mualem–Refaeli, du parti HaBayit HaYehudi, a accusé Breaking the Silence de chercher à « saper » l’existence d’Israël via ses actions.

« L’objectif poursuivi par Breaking the Silence et toutes les organisations similaires n’est pas de corriger mais plutôt de saper l’existence de l’Etat d’Israël et de nuire aux officiers et aux soldats de l’armée israélienne », a-t-elle dit. « La folle tentative d’attribuer aux militaires israéliens le désir d’assassiner des enfants – pas dans nos écoles ».

Le projet de législation a été critiqué par les députés de l’opposition et en particulier par le parti de gauche du Meretz.

« Les soldats qui ont donné les meilleures années de leurs vies à l’Etat veulent dire la vérité », a expliqué le député Mossi Raz. « Il y a une limite à la réduction des voix au silence ».

Breaking the Silence a déclaré en réponse au vote de la Knesset que c’était Bennett qui portait préjudice aux soldats israéliens.

« Ceux qui nuisent aux soldats de l’armée, ce sont des politiciens comme Bennett qui nous envoient contrôler les Palestiniens et qui ne disent rien lorsque des habitants d’implantation attaquent systématiquement des soldats et des Palestiniens. Naftali, quittez les collines et réalisez que la seule manière de nous arrêter, c’est de mettre un terme à l’occupation », a écrit l’organisation sur Twitter.

Fondée par un groupe de combattants vétérans de l’armée israélienne, Breaking the silence collecte des rapports, en général anonymement, sur des abus de pouvoir présumés par des soldats en Cisjordanie. Elle a souvent affronté les personnalités politiques et militaires israéliennes depuis sa création en 2004. Ses critiques ont dénoncé ses rapports, qualifiés de malhonnêtes d’une part, et de faire partie d’une campagne visant à nuire à l’image d’Israël à l’étranger d’autre part.

Ces dernières années, un certain nombre de législateurs de droite ont tenté de faire avancer une législation qui semble vouloir entraver les activités du groupe. Par exemple, la Knesset a approuvé la dite « loi sur les ONGs » qui oblige certaines organisations à but non lucratif – dont Breaking the Silence — à déclarer tous leurs financements en provenance de l’étranger.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.

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