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Procès Netanyahu : Filber dit avoir été malmené par la police

Le témoin de l'accusation a expliqué les divergences entre ses témoignages et déclaré que des choses qui lui semblaient insignifiantes avaient pris un nouveau sens

Benjamin Netanyahu arrive pour son procès au Tribunal de district à Jérusalem, le 10 mai 2022 (Crédit : Oren Ben Hakoon/POOL)
Benjamin Netanyahu arrive pour son procès au Tribunal de district à Jérusalem, le 10 mai 2022 (Crédit : Oren Ben Hakoon/POOL)

Le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu était au tribunal mardi pour écouter la suite du contre-interrogatoire de son ancien confident Shlomo Filber, qui a déclaré à la cour que, dans un premier temps, les enquêteurs de la police l’avaient traité de « pigeon » pour avoir refusé de parler dès le début du processus d’interrogatoire.

C’était la première fois que Netanyahu était présent dans la salle d’audience de son procès pour corruption depuis environ un mois.

« Ils m’ont dit : ‘Ouvre la bouche, commence à parler, tu es un pigeon. Ils t’ont eu. Ils te vendent. Ils te vendent, et toi, tu les protèges' », s’est souvenu l’ancien directeur du ministère des Communications, Shlomo Filber, qui est ensuite devenu témoin des parties civiles. Il est difficile de dire avec exactitude à qui les enquêteurs faisaient référence à ce moment-là.

Shlomo Filber a expliqué aux magistrats la raison de certaines incohérences dans son témoignage et a décrit la tactique qu’il avait adoptée pendant l’interrogatoire de police.

« J’ai commencé à réaliser que j’étais dépassé par les événements. Et c’est là que j’ai commencé à cacher mon jeu », a-t-il déclaré.

« Quand je dis ‘je ne me souviens pas’, cela signifie aussi ‘je ne veux pas vous le dire maintenant’. Ce n’est pas que j’ai des choses en tête que je ne dis pas, mais quand on essaie de me faire arriver à des conclusions, je ne réponds pas. Je me donne du temps pour comprendre ce qui se passe », a déclaré Filber.

Shlomo Filber arrive au tribunal pour le procès de Benjamin Netanyahu au tribunal de district de Jérusalem, le 10 mai 2022. (Crédit : Oren Ben Hakoon/POOL)

Le témoignage et le contre-interrogatoire de mardi portaient sur l’Affaire 4000, la plus grave des trois affaires contre l’ancien Premier ministre.

Netanyahu aurait fait avancer des décisions régulatoires en tant que ministre des Communications et Premier ministre qui ont énormément profité à Bezeq – la plus grande entreprise de télécommunications du pays – et à son propriétaire Shaul Elovitch, malgré l’opposition de fonctionnaires du ministère des Communications. En échange, l’ex-chef du gouvernement aurait bénéficié d’un contrôle éditorial presque total sur le site d’information Walla d’Elovitch.

L’un des avocats de la défense de Netanyahu, Boaz Ben Zur, a ouvert la journée en déclarant à Filber qu’il allait prouver que son témoignage sur une première rencontre avec Bezeq était « faux ».

Ben Zur a soutenu que jusqu’à ce qu’il devienne témoin de l’accusation, Filber n’avait jamais pensé que Netanyahu était intervenu illégalement dans les affaires liées au géant des télécommunications.

Ben-Zur a affirmé que le témoignage de Filber au cours du procès – il avait dit qu’il s’était rendu à la première réunion avec Bezeq en tant que « représentant du Premier ministre » – était mensonger, car lorsqu’il avait été interrogé par la police au début de l’enquête, il avait déclaré que Netanyahu lui avait donné « carte blanche » dans toutes les affaires concernant Elovitch.

« Netanyahu m’a donné toute liberté d’action. Il me l’a dit au tout début, au moment où j’allais me rendre à la première réunion. Il m’a dit : ‘Ecoutez, le marché… Je comprends que c’est un marché très important. Je vous donne deux directives : premièrement, maintenez la concurrence sur le marché et deuxièmement, n’augmentez pas les prix pour moi. Pour tout le reste, faites ce que vous voulez », avait déclaré Filber à la police, selon le témoignage lu par Ben Zur devant le tribunal.

Filber avait également signalé que Netanyahu s’intéressait principalement aux activités du ministère des Communications qui touchaient directement aux médias, dédaignant les télécommunications.

Benjamin Netanyahu arrive pour son procès au tribunal de district de Jérusalem, le 10 mai 2022. (Crédit : Oren Ben Hakoon/POOL)

« Netanyahu m’a dit une chose quand je me suis embarqué dans cette affaire. Il m’a dit : ‘Les télécommunications ne m’intéressent pas. J’ai toutes sortes de demandes de renseignements, mais cela ne m’intéresse pas. Je vous les renvoie’ », avait dit Filber aux enquêteurs.

Mardi, Filber a expliqué les divergences dans son témoignage concernant l’implication réelle de Netanyahu, en affirmant au tribunal qu’au moment de son arrestation en février 2018, des phrases qui lui avaient semblé anodines à l’époque avaient pris un nouveau sens, et que cela n’avait été qu’ensuite qu’il avait commencé à analyser les informations qui lui avaient été présentées au cours de l’enquête.

Filber a également déclaré qu’il ne se souvenait pas d’avoir été spécifiquement interrogé sur la relation existante entre Bezeq et Netanyahu en octobre 2017 lors de l’enquête de l’Autorité des titres. Filber avait été interrogé par l’Autorité des mois avant que la police ne le convoque pour la première fois, et bien avant qu’il ne devienne un témoin des parties civiles.

Il a confirmé qu’il avait dit à l’Autorité des titres « qu’il n’y avait jamais eu de réunion avec le Premier ministre ».

« J’ai répondu ce dont je me souvenais à l’époque », a déclaré Filber à la cour, avant d’ajouter qu’au cours de l’enquête ultérieure de la police, « j’ai réalisé qu’il y avait là un nouveau monde que je ne connaissais pas auparavant ».

Netanyahu est jugé dans trois affaires de corruption. Il est accusé de fraude et d’abus de confiance dans les Affaires 1000 et 2000, et de corruption, de fraude et d’abus de confiance dans l’affaire 4000. Il n’a cessé de clamer son innocence et affirme que les accusations ont été fabriquées dans le cadre d’un coup politique mené par la police et le ministère public.

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