Putsch avorté en Turquie : 161 morts, 1 440 blessés sans compter les putschistes
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Putsch avorté en Turquie : 161 morts, 1 440 blessés sans compter les putschistes

2 839 militaires arrêtés en lien avec cette tentative de putsch qualifée de "tache" sur la démocratie turque par le Premier ministre. 104 putschistes auraient été abattus selon un premier bilan

  • Un homme couvert de sang se trouve près du pont du Bosphore au milieu d'affrontements militaires turcs avec des personnes à l'entrée du pont à Istanbul le 16 juillet 2016. (Crédit : AFP / Bulent KILIC)
    Un homme couvert de sang se trouve près du pont du Bosphore au milieu d'affrontements militaires turcs avec des personnes à l'entrée du pont à Istanbul le 16 juillet 2016. (Crédit : AFP / Bulent KILIC)
  • Célébrations sur le pont du Bosphore à Istanbul le 16 juillet 2016, après l'échec d'un coup d'Etat militaire. (Crédit : AFP/Yasin Akgul)
    Célébrations sur le pont du Bosphore à Istanbul le 16 juillet 2016, après l'échec d'un coup d'Etat militaire. (Crédit : AFP/Yasin Akgul)
  • Reprise d'une position militaire sur le pont du Bosphore à Istanbul le 16 juillet 2016, suite à un coup d'Etat militaire apparemment maîtrisé en Turquie. (Crédit : AFP / Gürcan OZTURK)
    Reprise d'une position militaire sur le pont du Bosphore à Istanbul le 16 juillet 2016, suite à un coup d'Etat militaire apparemment maîtrisé en Turquie. (Crédit : AFP / Gürcan OZTURK)
  • Soutiens du président turc sur la place Taksim, le 15 juillet 2016 (Crédit : Chris McGrath / Getty Images / AFP)
    Soutiens du président turc sur la place Taksim, le 15 juillet 2016 (Crédit : Chris McGrath / Getty Images / AFP)
  • Manifestation contre la tentative de coup d'état en Turquie sur la place Taksim d'Istanbul, le 16 juillet 2016. (Crédit : Ozan Kose/AFP)
    Manifestation contre la tentative de coup d'état en Turquie sur la place Taksim d'Istanbul, le 16 juillet 2016. (Crédit : Ozan Kose/AFP)
  • 2 839 militaires arrêtés en lien avec cette tentative de putsch qualifée de "tache" sur la démocratie turque par le Premier ministre. 104 putschistes auraient été abattus selon un premier bilan

Des putschistes de l’armée ont tenté de prendre le pouvoir en Turquie avec des avions de chasse et des chars, entraînant samedi une violente riposte d’Ankara et le retour précipité de vacances du président Recep Tayyip Erdogan, qui semble avoir repris la main.

La chaîne publique turque de télévision avait diffusé peu avant minuit (21H00 GMT) un communiqué des « forces armées turques », faisant état de la proclamation de la loi martiale et d’un couvre-feu dans tout le pays.

Les putschistes ont justifié leur « prise de pouvoir totale dans le pays » par la nécessité « d’assurer et de restaurer l’ordre constitutionnel, la démocratie, les droits de l’Homme et les libertés et laisser la loi suprême du pays prévaloir ».

Les affrontements, qui ont donné lieu à des scènes de violences inédites à Ankara et Istanbul depuis des décennies, ont fait près de 265 morts, dont de nombreux civils, a annoncé un responsable turc. 2 839 militaires ont été arrêtés, selon l’agence progouvernementale Anadolu.

« Le coup a été avorté grâce à une solidarité totale entre notre commandant-en-chef et président, notre Premier ministre et les forces armées turques », a indiqué le général qui remplace a priori temporairement le chef d’état-major, le général Hulusi Akar.

Ce dernier avait été retenu par les rebelles tout au long de la nuit avant d’être libéré lors d’une opération militaire menée contre une base aérienne de la banlieue d’Ankara.

Les rebelles ont pris les commandes d’avions de combats et de chars.

De nombreux hauts responsables militaires s’étaient désolidarisés publiquement des putschistes dans la nuit, dénonçant « un acte illégal » et appelant les rebelles regagner leurs casernes.

La situation dans ce grand pays de 80 millions d’habitants, membre-clé de l’Otan, était toutefois loin d’être réglée vers 07H00 (04H00 GMT), huit heures environ après l’annonce de la tentative de coup d’Etat.

Un avion a largué tôt samedi une bombe près du palais présidentiel à Ankara, et des avions de chasse F-16 ont bombardé des chars de rebelles aux abords du palais présidentiel, a indiqué la présidence.

Peu après, une soixantaine de soldats rebelles qui avaient investi dans la nuit l’un des ponts suspendus enjambant le Bosphore se sont rendus, en direct à la télévision, aux forces de sécurité à Istanbul.

Des coups de feu sporadiques étaient toujours audibles au petit matin dans plusieurs quartiers d’Ankara et d’Istanbul, après une nuit de violences marquée par des explosions causées, selon les médias, par des bombardements aériens.

Le Premier ministre Yildirim avait ordonné samedi à l’armée d’abattre les avions et les hélicoptères se trouvant aux mains des militaires putschistes, selon un responsable turc.

Le chef de l’Etat a affirmé que l’hôtel où il se trouvait en vacances à Marmaris, station balnéaire du sud-ouest de la Turquie, avait été bombardé après son départ.

Le Parlement, autour duquel des chars ont été déployés, a été bombardé dans la capitale Ankara, où au moins 17 policiers ont été tués, a annoncé l’agence Anadolu.

A Istanbul, des soldats ont ouvert le feu sur la foule, faisant des dizaines de blessés, a constaté un photographe de l’AFP. Des F-16 ont également abattu un hélicoptère des putschistes, selon la télévision turque.

Les ponts enjambant le Bosphore entre l’Asie et l’Europe à Istanbul ont été fermés dans les deux sens.

A Istanbul, des grandes artères menant notamment à la place Taksim, dans le centre de la première métropole de Turquie, étaient bloquées par les forces de l’ordre et la présence policière était massive.

De nombreux habitants semblaient saisis d’inquiétude, voire de panique, et se sont précipités dans les magasins pour acheter bonbonnes d’eau et nourriture et aux distributeurs d’argent pour retirer des liquidités.

La compagnie aérienne grecque Aegan Airlines a annoncé l’annulation de ses vols prévus samedi sur Istanbul et Izmir, la grande ville turque de la côte égéenne. La compagnie aérienne allemande Lufthansa a pour sa part indiqué qu’elle annulait ses vols entre l’Allemagne et la Turquie jusqu’à la mi-journée.

La chaîne publique grecque Ert1 a interrompu ses programmes pour rendre compte en direct des évolutions en Turquie.

Binali Yildirim, le Premier ministre turc. (Crédit : capture d'écran AFP/chan)
Binali Yildirim, le Premier ministre turc. (Crédit : capture d’écran AFP/chan)

Yildirim a assuré que tout était désormais « largement sous contrôle ».

Accueilli à l’aéroport d’Istanbul en provenance de Marmaris (ouest) par une foule compacte de sympathisants, M. Erdogan a adopté une attitude de défi, prédisant l’échec de la rébellion et assurant qu’il continuerait à assumer ses fonctions « jusqu’à la fin ».

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré samedi avant l’aube qu’il « y a en Turquie un gouvernement et un président élus par le peuple » et que « si Dieu le veut, nous allons surmonter cette épreuve ».

Malgré l’annonce de mise en échec du putsch, Erdogan a demandé aux Turcs de rester dans les rues. « Nous devons continuer à être maîtres des rues (…) car une nouvelle flambée est toujours possible », a-t-il déclaré dans un message sur Twitter, dont les responsables du réseau social ont dit soupçonner un ralentissement volontaire de son service en Turquie.

« Nous n’avons pas de raison de penser qui nous sommes totalement bloqués en Turquie, mais nous suspectons qu’il y a un ralentissement intentionnel de notre service dans le pays », écrit Twitter dans un message sur @policy, le compte officiel qu’il consacre sur son réseau aux questions politiques.

« Ceux qui sont descendus avec des chars seront capturés car ces chars ne leur appartiennent pas », a ajouté le président, fort du soutien de ses partisans qui ont massivement répondu à son appel à descendre dans les rues d’Ankara, Istanbul et Izmir pour contrer le putsch.

Il a félicité les Turcs pour être descendus « par millions » dans les rues, notamment sur l’emblématique place Taksim à Istanbul, noire de manifestants conspuant les putschistes. Des dizaines de milliers de personnes, brandissant souvent des drapeaux turcs, ont bravé les militaires rebelles, grimpant sur les chars déployés dans les rues.

Soutiens du président turc sur la place Taksim, le 15 juillet 2016 (Crédit : Chris McGrath / Getty Images / AFP)
Soutiens du président turc sur la place Taksim, le 15 juillet 2016 (Crédit : Chris McGrath / Getty Images / AFP)

Depuis l’arrivée au pouvoir de M. Erdogan, la hiérarchie militaire a été purgée à plusieurs reprises. L’armée a déjà mené trois coups d’Etat (1960, 1971, 1980) et forcé un gouvernement d’inspiration islamiste à quitter sans effusion de sang le pouvoir en 1997.

Pour en savoir plus sur l’armée turque

Erdogan, cible ces dernières années de nombreuses critiques l’accusant de dérive autoritaire, a accusé les soldats rebelles d’être liés à son ennemi juré l’imam Fethullah Gülen, un ancien allié exilé depuis des années aux États-Unis.

« Je réfute catégoriquement ces accusations », a rétorqué ce dernier dans un communiqué. « J’ai souffert de plusieurs coups d’État militaires au cours des 50 dernières années et trouve donc particulièrement insultant d’être accusé d’avoir un quelconque lien avec cette tentative ».

Le mouvement de Fetullah Gülen, a condamné vendredi « toute intervention armée » en Turquie, où un putsch semblait en passe d’être maîtrisé.

« Nous condamnons toute intervention armée dans les affaires intérieures de la Turquie », a écrit dans un communiqué l’Alliance for Shared Values.

Ancien allié du président turc, M. Gülen, qui dirige depuis les Etats-Unis un puissant réseau d’écoles, d’ONG et d’entreprises sous le nom d’Hizmet (Service, en turc), est devenu son ennemi juré depuis un scandale de corruption fin 2013 dans lequel nombre des proches de M. Erdogan ont été impliqués.

Le chef de l’Etat accuse depuis l’imam d’avoir mis en place un « Etat parallèle » destiné à le renverser, ce que les « gülenistes » nient.

L’Alliance de M. Gülen rappelle que le prédicateur et ses partisans ont toujours « montré leur engagement en faveur de la paix et de la démocratie ».

« Les événements sur le terrain évoluent rapidement et ce serait irresponsable pour nous de spéculer sur eux », a affirmé le mouvement d’opposition.

« Les commentaires des cercles pro-Erdogan à propos du mouvement sont très irresponsables », a-t-il estimé.

Depuis deux ans, les autorités turques ont multiplié les purges, notamment dans la police et le monde judiciaire, et les poursuites contre les proches de la nébuleuse Gülen et ses intérêts financiers.

Selon l’agence de presse turque Anadolu, quelque 1.800 personnes, y compris 750 officiers de police et 80 soldats ont été mis en prison ces deux dernières années dans le cadre de la lutte contre le mouvement de Fethullah Gülen.

Fethullah Gülen (Crédit : CC-BY-Diyar soi, Wikimedia Commons)
Fethullah Gülen (Crédit : CC-BY-Diyar soi, Wikimedia Commons)

Réactions internationales de soutiens à la démocratie et à Erdogan

Les condamnations internationales se sont multipliées contre ce que le Premier ministre Yildirim a qualifié de tentative « idiote », « vouée à l’échec ».

Le président américain Barack Obama a appelé à soutenir le gouvernement turc « démocratiquement élu », « faire preuve de retenue et éviter violence ou bain de sang ».

La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a également exhorté à la « retenue » et au « respect des institutions démocratiques ».

A Bruxelles, le Premier ministre Charles Michel a demandé via Twitter aux ressortissants de son pays présents en Turquie de « rester chez eux ». Le ministère des Affaires étrangères belge a recommandé aux touristes de « rester sur place, à l’intérieur jusqu’à ce que situation se clarifie ».

La tentative de coup d’Etat en Turquie accroît la menace sur la stabilité régionale et internationale, a indiqué samedi le ministère russe des Affaires étrangères. « Moscou est très inquiet au vu des derniers évènements en Turquie », a fait savoir le ministère dans un communiqué.

« Cette soudaine flambée de la situation politique, sur fond de menaces terroristes existant dans ce pays et du conflit armé dans cette région, contribue à accroître les risques pour la stabilité régionale et internationale », indique le ministère. Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a demandé d’éviter « tout affrontement meurtrier ».

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a jugé « crucial de réinstaurer le pouvoir civil et l’ordre constitutionnel rapidement et pacifiquement ».

En Grèce, le Premier ministre grec Alexis Tsipras a fait part de son « soutien au gouvernement démocratiquement élu » de Turquie via un contact de ses services avec ceux de M. Erdogan, a indiqué une source gouvernementale grecque.

En Iran voisin de la Turquie, le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a exprimé sa « grande inquiétude ».

Le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg a appelé au « calme » et au « respect total des institutions démocratiques en Turquie », « allié estimé » de l’alliance militaire.

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN, en 2010. (Crédit : Magnus Fröderberg/CC BY 2.5 via WikiMedia Commons)
Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN, en 2010. (Crédit : Magnus Fröderberg/CC BY 2.5 via WikiMedia Commons)

La France a également demandé d' »éviter toute violence » et de « respecter l’ordre démocratique » en Turquie, incitant « les Français actuellement présents en Turquie à ne pas sortir », selon un communiqué du ministère français des Affaires étrangère.

La France « espère que la démocratie turque sortira renforcée » après « la tentative de coup de force contre son ordre constitutionnel et démocratique », a déclaré samedi le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault.

Le ministre, dans un communiqué, a ajouté former « le voeu que le calme puisse revenir très vite » et espérer « que les libertés fondamentales seront pleinement respectées » après ces événements qui appellent « la plus ferme condamnation de la France ».

« La population turque a montré sa grande maturité et son courage, en s’engageant pour le respect de ses institutions. Elle en a payé le prix avec de très nombreuses victimes », a précisé Jean-marc Ayrault.

Dans la nuit, le Quai d’Orsay avait incité « les Français actuellement présents en Turquie à ne pas sortir ».

Le Qatar, plus proche allié de la Turquie dans le Golfe, a félicité samedi le président turc Recep Tayyip Erdogan pour avoir mis en échec une tentative de coup d’Etat militaire.

L’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, a appelé M. Erdogan et l’a « félicité pour le soutien du peuple de Turquie à son régime et contre le coup d’Etat militaire raté », a rapporté l’agence de presse officielle qatarie QNA.

L’émir a condamné fermement cette tentative de putsch et réaffirmé sa solidarité avec la Turquie, selon la même source.

Les deux pays soutiennent les rebelles syriens contre le président Bachar al-Assad.

Le mouvement terroriste palestinien du Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, a « dénoncé la tentative ratée de coup d’Etat » et « félicité le peuple et les dirigeants turcs pour avoir réussi à protéger la démocratie ».

Le Hamas est un allié de la Turquie, qui a obtenu d’Israël quelques mesures en faveur de Gaza après la normalisation de ses relations avec l’Etat hébreu fin juin.

La présidente du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe, Marina Kaljurand, ministre des Affaires étrangères d’Estonie, a exprimé son « soutien aux autorités démocratiquement élues » de la Turquie avant d’appeler à « la reprise normale de la vie des institutions ».

En Allemagne, qui compte près de 3 millions d’habitants d’origine turque, plusieurs milliers de personnes ont manifesté dans le calme dans la nuit de vendredi à samedi dans plusieurs villes du pays, comme Berlin ou Essen (ouest), Hambourg (nord), Karlsruhe et Stuttgart notamment.

En Autriche, où la communauté turque est estimée à environ 300.000 personnes, quelque 4.000 manifestants se sont rassemblés dans la nuit devant l’ambassade de Turquie puis dans le centre-ville pour dénoncer la tentative de coup d’Etat.

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