Quand les lycées israéliens deviennent des écoles de la vie
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Quand les lycées israéliens deviennent des écoles de la vie

Une année des plus informelles dans le système scolaire : des cours donnés par des enseignants et des guides touristiques dans les musées, les parcs et les centres communautaires

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Des élèves de CP arrivent à la rentrée à l’école Tali Geulim de Jérusalem le 1er septembre 2020 (Autorisation Noam Revkin Fenton/Flash 90)
Des élèves de CP arrivent à la rentrée à l’école Tali Geulim de Jérusalem le 1er septembre 2020 (Autorisation Noam Revkin Fenton/Flash 90)

Mardi 1er septembre après-midi, les cloches de l’école primaire Zalman Aran de Jérusalem sonnent et Erika Dahan est allée chercher son fils, élève de CM1, Shaked, qui portait encore son masque à la fin de sa première journée d’école.

« Presque tout le monde portait son masque », dit Dahan, donnant une image de la scène dans la cour d’école. « Certains les ont mis sous le nez. Mais c’est un peu ce à quoi je m’attendais. »

En septembre dernier, se préparer à la rentrée consistait en l’achat de nouveaux cahiers, d’étuis à crayons, de masques et de l’envoi, chaque matin, d’une déclaration de santé signée par les parents.

Mais comme pour tout le reste, en cette époque de pandémie de coronavirus, rien n’est entièrement simple. Les enfants ne portent pas toujours leur masque correctement, ils ne sont parfois à l’école que deux ou trois jours par semaine et ils ne se retrouvent pas non plus dans la même capsule que leur meilleur ami.

Élèves de l’école primaire le 1er septembre 2020, le jour de la rentrée à l’école Gabrieli de Tel Aviv (Courtesy Miriam Alster/Flash 90)

Dahan, qui a déjà subi une quarantaine lorsque sept élèves de l’école de son fils ont été trouvés infectés par le coronavirus en mai, s’est réjouie du fait que son fils de 9 ans serait pour l’instant à l’école cinq heures par jour, six jours par semaine, conformément aux directives nationales établies par le ministère de l’Education.

« C’est incroyable, mais je continue à dire au groupe de parents sur WhatsApp d’être conscients que cela pourrait changer », dit Dahan, titulaire d’une maîtrise en éducation. « Cela va se produire. »

Pour l’instant, la plupart des écoles israéliennes sont ouvertes, et de nombreux directeurs ont passé une grande partie de l’été à se préparer à une année scolaire des plus inhabituelles.

Les « capsules » sont la règle, le ministère de l’Education établissant des directives pour organiser des capsules de classe de 18 élèves maximum, créant des groupes de classes bien plus réduits que les classes habituelles d’Israël de 30 à 40 élèves.

Cependant, les capsules ont créé des difficultés pour certaines écoles qui ont dû avoir recours à du personnel supplémentaire et improviser un espace nécessaire pour les accueillir.

Une classe respectant la distanciation sociale le 1er septembre 2020 à Efrat (Courtesy Gershon Elinson/Flash 90)

Ainsi, les écoles ont trouvé des solutions créatives. Des guides touristiques et des artistes au chômage remplacent les enseignants, certains proposant des visites éducatives informelles dans les quartiers ou les musées locaux.

Quant à l’espace, la municipalité de Jérusalem a annoncé que les classes peuvent se réunir au Zoo biblique de Jérusalem, dans la zone naturelle urbaine de la vallée de la Gazelle, au Musée d’Israël ou encore dans des centres communautaires.

À Tel Aviv, la ville a préparé le retour de près de 75 000 élèves à l’école en réservant des espaces supplémentaires au Théâtre Cameri, à l’Auditorium Charles Bronfman (Heichal HaTarbout), au Conservatoire de musique d’Israël et à l’Université de Tel Aviv. Le temps chaud se prolongeant généralement jusqu’en novembre, les cours seront également dispensés à l’air libre, dans des parcs et des cours d’école rénovés.

À l’école Yad BeYad de Haïfa, qui fait partie du réseau d’écoles bilingues hébreu-arabe, chaque classe compte déjà deux enseignants – un hébréophone et un arabophone – ce qui signifie qu’il n’a pas été nécessaire de trouver des enseignants supplémentaires pour les capsules.

Il n’y a pas eu tant de panique dans cette école, dit Rebecca Sullum, mère d’un élève de CM1 et de deux enfants d’âge pré-scolaire, et directrice adjointe du département communautaire de l’organisation.

Certains parents sont plus préoccupés que d’autres par les directives concernant le coronavirus, notamment un groupe de parents membres de la religion Bahaï, qui ont retiré leurs enfants de l’école en mars et ne sont pas revenus depuis, précise Sullum.

Mais l’école fonctionne bien depuis le début de la pandémie, et continue de soutenir son personnel et ses élèves.

« Nous n’avons pas eu besoin de commencer à embaucher toutes ces nouvelles personnes et nous faisons déjà partie de cette communauté où il faut toujours apprendre, être créatif et avoir la volonté d’être ensemble », a déclaré Sullum. « C’est peut-être pour cela que le coronavirus est moins effrayant, nous pensons que les choses sont différentes tout le temps. »

Élèves d’une école primaire de Tel Aviv portant des masques de protection (Autorisation Chen Leopold/Flash 90)

Beit Hinuch Eitan, une école élémentaire du quartier d’Armon Hanatziv de Jérusalem, propose un programme d’immersion en anglais avec deux enseignants par classe, l’un enseignant certaines matières en anglais et l’autre travaillant uniquement en hébreu.

« D’autres écoles ont employé le professeur de sciences ou de gymnastique comme personnel supplémentaire, j’avais mes professeurs d’anglais », dit Varda Adler, directrice de l’école Eitan.

Adler a également profité des heures de travail supplémentaires offertes par le ministère de l’Education pour engager un guide touristique en dehors du travail, qui fera des visites éducatives hebdomadaires pour les élèves de CM2 et de sixième.

Je me suis dit : « Wow, comment puis-je utiliser son expérience et élargir mes options », a déclaré Adler, qui a travaillé avec le guide et un conseiller pédagogique via le département éducatif de la municipalité.

« Nous verrons comment ça se passera », a déclaré Adler.

L’ère du coronavirus ne se résume pas à des solutions pédagogiques, s’est plaint un parent de l’école Eitan, père d’un élève de CP, qui a souligné que le dépôt et le ramassage étaient un chaos total, une catastrophe en matière de distanciation sociale.

« Le ramassage était un vrai zoo », a-t-il dit. « Cela m’a rappelé les programmes sur les gnous et leur panique à la rivière. »

L’école a peut-être passé des semaines à penser aux capsules, aux enseignants et aux horaires, mais il n’y avait pas de plan clair pour déposer et récupérer les enfants, a déclaré ce père.

La réaction de chaque parent face à la réalité de l’école cette année semble dépendre de ses propres attentes.

Sophie Blackston Deitcher, mère de trois filles, dont une élève de troisième dans un lycée local et des jumelles de CM2, à Keshet, une école de Jérusalem qui combine des élèves religieux et laïques, a ri du souk à prévoir dans les classes de ses filles.

Une enseignante est entrée dans la classe de sa fille, demandant si elle était censée être là, tandis que sa sœur a attendu 25 minutes que son institutrice fasse son apparition.

« Une classe, c’est tout d’un coup quatre classes », a déclaré Blackston Deitcher, dont les filles passeront les jeudis au Musée de la nature local, et trois autres jours à l’école. « La conséquence positive est qu’elles apprennent en petits groupes. »

Lorsque Sarah Kaye, une mère de quatre enfants et rédactrice technique de Netanya qui anime un groupe Facebook appelé “Working Parents in Israel”, a lancé un fil de discussion sur la rentrée, elle a découvert que le groupe continuait à dialoguer deux jours plus tard.

Le jour de la rentrée, son élève en terminale était à l’école, celui de sixième dormait encore à 9 heures du matin, et celui de CP était à l’école jusqu’à 17 heures. Sa jeune fille de 21 ans était également hors de la maison, a déclaré Kaye, qui est en télétravail depuis mars.

Bien qu’elle porte volontiers le masque et pratique la distanciation sociale, même lors de la récente fête à l’occasion de ses 50 ans organisée dans son jardin, Kaye ne s’inquiète pas trop du coronavirus.

Une école fermée à Tibériade, après le vote du cabinet de ne pas ouvrir d’écoles dans les zones où les cas de coronavirus sont nombreux (Autorisation David Cohen/Flash 90)

« Nous ne croyons pas à toute cette hystérie », a déclaré Kaye, ajoutant que sa voisine, malade du cancer, a été infectée par la Covid-19, ainsi que sa famille, et qu’elle s’est vite rétablie. « Cela fait des mois et des mois et des mois et je ne m’y intéresse plus beaucoup. J’ai seulement besoin de savoir que mon plus jeune est à l’école jusqu’à 17 heures pour pouvoir travailler. »

Dans l’intervalle, Sarah Nadav, mère célibataire d’un enfant de 13 ans et d’un autre de 15 ans, qui étudient dans deux lycées différents de Tel Aviv, prévoyait de retirer ses garçons de l’école après avoir entendu parler des faibles mesures de lutte contre le coronavirus.

Nadav a subi une opération chirurgicale en février et est actuellement immunodéprimée.

« Je ne peux pas me permettre de tomber malade », a-t-elle déclaré. Après avoir renvoyé ses fils à l’école en mai, lors de la réouverture, elle les a retirés au bout d’une semaine ou deux, lorsque des contaminations ont été signalées dans différents lycées.

« J’étais inquiète tout l’été », dit Nadav. « Je suis en colère contre le gouvernement dysfonctionnel, le manque de budget, les instructions contradictoires du ministère de la Santé. Où est le manuel d’instruction pour les écoles ? »

Nadav a envoyé ses fils à l’école mardi, leur disant de faire attention aux fenêtres ouvertes, aux masques et aux capsules.

Son fils de 13 ans est rentré à la maison en faisant état d’un total de 27 enfants dans la classe, de fenêtres restées fermées et de l’air conditionné fonctionnant à plein régime.

« J’ai dit : tu n’y retournes pas », explique Nadav, qui a appelé le responsable local de l’absentéisme scolaire avant la rentrée, pour mieux comprendre les directives concernant le coronavirus.

« Il m’a dit que l’école n’était pas différente du centre commercial ou de la plage », raconte Nadav, qui lui a répondu que son fils n’était pas allé au centre commercial et que si les cours avaient lieu à la plage, elle serait heureuse de l’y envoyer.

Nadav envisage maintenant de faire obtenir à son fils aîné son diplôme d’études secondaires et elle enverra ses deux fils chaque semaine chez leur grand-père, qui reconstruit sa maison après qu’un grave incendie a détruit de nombreuses maisons de sa communauté.

« Qu’ils acquièrent de vraies compétences », dit-elle. « Leur temps ne sera pas perdu. »

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