Quand un député arabe supplie Israël de financer une synagogue marocaine
Rechercher
'Moi, le citoyen arabe, je demande au gouvernement d’Israël de préserver les lieux saints Juifs dans la Diaspora’

Quand un député arabe supplie Israël de financer une synagogue marocaine

Dans un discours passionné, Zouheir Bahloul explique que l’Etat Juif a le ‘devoir’ d’aider à la préservation de ses lieux saints à l’étranger. La communauté locale se dit ‘surprise’ par cette requête, affirmant qu’elle ne ‘correspond pas à la réalité’

Les parlementaires issus de l'Union sioniste Zouheir Bahloul (à droite),  Yael Cohen Paran, et Akram Hasson (Koulanou) à  Marrakech, au Maroc, en novembre 2016. (Crédit )
Les parlementaires issus de l'Union sioniste Zouheir Bahloul (à droite), Yael Cohen Paran, et Akram Hasson (Koulanou) à Marrakech, au Maroc, en novembre 2016. (Crédit )

Alors qu’il revenait tout juste de la Conférence consacrée au changement climatique à Marrakech, un législateur arabe israélien a livré la semaine dernière ce qu’il a qualifié de plaidoyer urgent de la part de la communauté juive du Maroc : Elle a désespérément besoin de fonds pour l’entretien de ses synagogues, a indiqué le membre de la Knesset en séance plénière, notant que le gouvernement israélien a le “devoir” d’intervenir.

Mais le Conseil des Communautés juives du Maroc a affirmé dans un courriel au Times of Israel être “surpris” par ces affirmations formulées par le membre de l’Union sioniste Zouheir Bahloul, insistant sur le fait que ces déclarations “ne correspondent pas à la réalité” sur le terrain et citant des dizaines de projets visant à préserver le patrimoine culturel juif qui sont soutenus par la monarchie.

Pour sa part, le ministre israélien de la Diaspora Naftali Bennett, répondant à une requête de Bahloul portant sur ce manque de financement, a déclaré ne pas avoir le budget pour assurer la préservation des synagogues à l’étranger.

Bahloul est monté à la tribune de la plénière à deux occasions lundi dernier pour déclarer que les Juifs chargés de la surveillance de la synagogue du quartier du mellah à Marrakech ne parvenaient pas à s’extraire d’une situation financière catastrophique.

“Elle reçoit manifestement du soutien en tant que communauté juive de la part du Roi Mohammed VI. En tout cas, les bons Juifs de la communauté juive qui tentent de continuer à exercer leurs droits et leurs obligations dans leurs lieux saints, ne peuvent plus se permettre de le faire”, a dit Bahloul.

Zouheir Bahloul (Crédit : Renee Dhert-Zand/Times of Israel)
Zouheir Bahloul (Crédit : Renee Dhert-Zand/Times of Israel)

“Ils clament qu’ils [doivent se battre] pour observer les rituels de la religion juive à cet endroit. Ils nous ont demandé de transmettre, par tous les moyens possible, ce message au gouvernement d’Israël ».

“Et moi, le citoyen arabe et musulman d’Israël… je demande au gouvernement de l’état Juif et démocratique israélien d’aider au maintien des lieux de culte des juifs dans la Diaspora – parce que c’est votre droit et votre devoir de le faire”, a-t-il ajouté.

Une vue intérieure de la Synagogue Lazama, la plus ancienne de la mellah de Marrakech. (Crédit: Michal Shmulovich)
Une vue intérieure de la Synagogue Lazama, la plus ancienne de la mellah de Marrakech. (Crédit: Michal Shmulovich)

S’adressant au Times of Israel, Bahloul a décrit une situation “critique”.

La communauté juive locale a indiqué que le roi soutenait ses institutions religieuses mais a maintenu qu’elle luttait toutefois pour assurer le financement de la préservation quotidienne et des travaux de rénovation à réaliser dans son lieu de culte, a expliqué Bahloul.

« Alors je leur ai dit que j’en prenais la responsabilité, que je relevais le défi. Et lorsque je suis allé à la Knesset [la semaine dernière], j’ai prononcé deux discours et j’ai soumis cette requête : celle que le gouvernement israélien puisse allouer des ressources et des budgets pour préserver les synagogues juives à l’étranger », a-t-il poursuivi.

Bahloul a affirmé avoir écrit une lettre au ministre de la Diaspora, appelant son ministère à financer la restauration de la synagogue.

Un vue de la petite synagogue indéfinissable à proximité de la mellah de Marrakech. Une famille juive est encore propriétaire de la synagogue mais elle 'nest plus ouverte au public. (Crédit : Michal Shmulovich)
Un vue de la petite synagogue indéfinissable à proximité de la mellah de Marrakech. Une famille juive est encore propriétaire de la synagogue mais elle ‘nest plus ouverte au public. (Crédit : Michal Shmulovich)

“Mais j’appelle également le Premier ministre à se saisir de l’affaire de ses propres mains. Le budget de deux ans sera bientôt approuvé. Et je pense qu’allouer plusieurs millions à la préservation des synagogues à l’étranger serait une décision avisée”, a-t-il dit.

“Autant j’attends du gouvernement israélien qu’il préserve les sites sacrés des autres communautés et des autres religions en Israël, autant je pense que c’est son devoir d’aider à conserver les synagogues qui appartiennent aux Juifs. Parce que celui qui ne respecte pas sa propre religion et ses propres lieux saints ne saura pas respecter les miens. Et je pense donc qu’il s’agit d’un problème moral d’importance et qui relève de la responsabilité du gouvernement et de l’état d’Israël.“

La synagogue de Lazama est une importante partie de l'histoire des juifs du Maroc (Crédit : Michal Schmulovich/Times of Israel)
La synagogue de Lazama est une importante partie de l’histoire des juifs du Maroc (Crédit : Michal Schmulovich/Times of Israel)

En réponse à la lettre de Bahloul, un porte-parole du ministère de la Diaspora a indiqué ne pas avoir un budget suffisant pour financer les synagogues situées à l‘étranger.

Le groupe de coordination juif ‘surpris’

Approximativement 3 000 Juifs vivent au Maroc, monarchie d’Afrique du Nord qui a hébergé une vaste et prospère communauté juive pendant des siècles. Contrairement à de nombreux pays arabes qui avaient compté en leur sein des communautés juives considérables, le Maroc a pris des initiatives d’ampleur pour préserver son histoire juive.

Le musée juif de Casablanca a ainsi été restauré, la synagogue datant du 17e siècle à Fèz, petite mais colorée, a été rénovée et des dizaines d’anciennes écoles, ainsi que plus d’une douzaine de synagogues ont été réhabilitées grâce au financement de la couronne.

En 2011, la constitution marocaine a été modifiée, stipulant que le pays a été “nourri et enrichi … [par] les influences hébraïques », entre autres.

En juin 2015, des articles parus dans les médias locaux indiquaient que le gouvernement se préparait à injecter la somme de 20 millions de dollars pour la restauration du quartier juif de Marrakech, connu sous le nom de mellah.

Dans la mellah, il y a actuellement deux-trois synagogues qui sont actives, selon le site Internet de la communauté juive locale.

Un vieux rouleau de Torah exposé au Musée Juif de Marrakech. (Crédit: Michal Shmulovich)
Un vieux rouleau de Torah exposé au Musée Juif de Marrakech. (Crédit: Michal Shmulovich)

Citant les efforts variés livrés par le gouvernement en faveur de la préservation de l’héritage juif, le Conseil des Communautés juives du Maroc a rejeté les inquiétudes exprimées par Bahloul dans une déclaration faite au Times of Israel.

Il note ainsi que “depuis 1995, le Conseil des communautés juives au Maroc a établi la FPJM (Fédération du Patrimoine Culturel Juif Marocain) pour réhabiliter les synagogues et les lieux de culte à travers tout le pays.

La Fédération est reconnue d’utilité publique par le gouvernement marocain et a réalisé la rénovation « de presque 15 synagogues à Fez, Meknès, Tétouane, Ighil O’gho, Agouim, Tanger, Casablanca etc…”

Il a également vanté la restauration « exceptionnelle et extraordinaire » de 167 cimetières juifs du pays en coopération avec le gouvernement, avec la construction de “40 000 mètres de mur, 200 000 mètres-carrés de pavés, 150 portes et la réhabilitation de 12 000 tombeaux !”

La synagogue Ibn Danan est ouverte au public mais n'est pas souvent utilisée. Une famille musulmane habite sous le sanctuaire et amène les visiteurs sur les lieux moyennant une petite somme (Crédit : Michal Schmulovich/Times of Israel)
La synagogue Ibn Danan est ouverte au public mais n’est pas souvent utilisée. Une famille musulmane habite sous le sanctuaire et amène les visiteurs sur les lieux moyennant une petite somme (Crédit : Michal Schmulovich/Times of Israel)

“Cette liste non-exhaustive de résultats et d’actions entreprises pour sauvegarder les lieux saints juifs est la preuve qu’au sein du Maroc de Mohammed VI, le patrimoine juif fait partie intégrante du Patrimoine National, qu’il est préservé et que la mémoire des défunts y est respectée”, a commenté Serge Berdugo, secrétaire-général de l’organisation.

“Par la grâce de Dieu, notre communauté a toujours bénéficié de la grande sollicitude de Sa Majesté le Roi et du soutien des hautes autorités du pays pour mener tous les ouvrages utiles et nécessaires de restauration”, a-t-il ajouté.

« Nous sommes donc surpris qu’un membre de la Knesset puisse avancer certaines revendications qui ne correspondent pas à la réalité. Il lui aurait été utile de prendre le temps de visiter certains de ces lieux pour avoir une [idée] de première main de ce qu’est la situation actuelle ».

Un représentant de la communauté juive de Marrakech n’a pas répondu à nos demandes de commentaires.

JTA a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...