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« Quatre coudées », la 5e Biennale de Jérusalem, s’inspire de la pandémie

Cette ancienne mesure équivalente à 2 mètres est le thème de l'exposition d'art juif, cette année, qui explore jusqu'au 30 décembre les espaces personnels et l'isolement

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Motta Brim, l'un des artistes participant à la 5è  Biennale de Jérusalem, événement artistique majeur qui se déroule sur des sites variés du 11 novembre au 30 décembre 2021. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Motta Brim, l'un des artistes participant à la 5è Biennale de Jérusalem, événement artistique majeur qui se déroule sur des sites variés du 11 novembre au 30 décembre 2021. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Les confinements et les quarantaines entraînées par la pandémie, passés dans des espaces clos, sont devenus des concepts très familiers et, à juste titre, ils sont devenus la principale thématique abordée lors de la Biennale de Jérusalem, cette année, qui a été intitulée « Quatre coudées » – pour la mesure antique qui équivaut à environ deux mètres.

Cet important événement artistique, à découvrir depuis le 11 novembre, présente plus de 300 artistes israéliens mais également britanniques, américains, belges, turcs, grecs, marocains, émiratis et argentins. Les œuvres sont exposées dans des espaces de toute la ville jusqu’au 30 décembre 2021.

Au centre de cette Biennale, « #TakeMeHome », une exposition constituée d’environ 200 œuvres placées et accrochées sur les murs du bâtiment qui accueillait autrefois l’hôpital Shaare Zedek, sur la rue de Jaffa. Cet immeuble historique est actuellement prêté à la Biennale et à d’autres organisations.

L’exposition tire son nom du travail effectué par les artistes pour explorer le rôle de l’art dans les habitations, dans les bureaux, dans les ateliers. Mais ce nom a une autre signification astucieuse : en effet, les visiteurs peuvent prendre part à une loterie qui leur permettra de gagner le droit de conserver chez eux pendant six mois une œuvre qu’ils auront choisie eux-mêmes, avec possibilité de l’acheter.

Rami Ozeri, fondateur de la Biennale et son directeur artistique, a exploré la fonctionnalité de l’art dans les foyers, réfléchissant à la différence existant entre les œuvres présentées dans les endroits publics et celles accrochées dans des lieux plus privés – entre ce que les artistes exposent sur les murs de leurs ateliers et ce qu’ils laissent traîner dans les tiroirs de leurs bureaux.

« Ce que fait l’art dans les espaces privés au vu de l’année que nous venons tout juste de traverser ? », s’est interrogé Ozeri au cours d’une récente visite de l’exposition. « Après chaque Biennale, j’ai le sentiment d’avoir terminé un doctorat sur le sujet. Je suis complètement dedans ».

Rami Ozeri, fondateur et directeur de la Biennale de Jérusalem, événement artistique majeur qui se déroule du 11 novembre au 30 décembre 2021. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Les œuvres présentées dans le cadre de « #TakeMeHome » sont éclectiques dans le style et elles sont accrochées sans nom, sans tag, de manière à ce que les visiteurs n’aient aucune idée préconçue au sujet de l’artiste ou de l’ouvrage qu’ils sont en train d’admirer. Toutes les personnes intéressées à l’idée de participer à la loterie choisiront les œuvres sur la base du nombre – un processus qui sera expliqué sur le site.

« Nous tentons de faire en sorte que les visiteurs puissent déambuler dans la salle et simplement regarder les œuvres qu’ils auraient envie de voir chez eux », continue Ozeri.

Au centre de l’ancien hôpital se trouve la synagogue qui avait été utilisée, pendant soixante-dix ans, par le personnel et les malades avant d’être abandonnée en tant que salle de prière, quand le bâtiment avait été occupé par la compagnie publique de radiodiffusion israélienne.

Située en face de l’entrée principale, c’est une salle avec une importante hauteur sous plafond et somptueusement peinte – un décor de fleurs et autres fioritures – avec une arche pour les rouleaux de Torah.

C’est là que l’orfèvre Sari Srulovitch expose son travail, réimaginant les objets cérémoniaux juifs utilisés par les familles et par les communautés, et ajoutant ses propres interprétations à l’argent et aux métaux qui sont au cœur de l’ouvrage de cette artiste formée à l’école Bezalel.

L’ancienne synagogue de l’hôpital Shaare Zedek est utilisée comme galerie centrale de la Biennale de Jérusalem, avec une exposition de l’orfèvre Sari Srulovitch, à découvrir du du 11 novembre au 30 décembre 2021. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

A l’extérieur de la synagogue, les murs des couloirs sont consacrés à différents regroupements de peintures, tandis que les salles ont été transformées en galeries pour des artistes individuels.

Yehudit Bermatz utilise les peluches de vêtements résultant d’un passage au sèche-linge pour réaliser des sculptures en feutre, inspirées par le livre pour enfant Good night Moon – se focalisant sur le recyclage du matériel pour créer une horloge, un mobile et d’autres objets.

A l’étage, deux studios d’artiste ont été créés dans un coin et Chanan Mazal et Motta Brim s’y sont installés pour créer des œuvres spécialement pour la Biennale.

Les peintures brillantes et audacieuses de Mazal sont souvent des portraits, réalisés avec des couleurs et des modèles forts.

L’horloge feutrée de Yehudit Bermatz réalisée à l’aide de peluches de sèche-linge, dans le cadre de son exposition à la Biennale de Jérusalem, événement artistique majeur qui se déroule du 11 novembre au 30 décembre 2021. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

« Ce qui m’intéresse, c’est de refléter les gens réels », explique Mazal, qui a peint tous ses tableaux exposés aujourd’hui – à l’exception d’un seul – pendant la pandémie. « Les quatre coudées m’ont permis de retourner dans mon monde, dans ce que je vois ».

Brim, qui est ultra-orthodoxe et qui a vécu et dormi dans son atelier de #TakeMeHome, est allé dans diverses habitations pour y rencontrer leurs résidents – et peindre les espaces intimes des familles, leurs « quatre coudées », et ses images rêveuses sont celles de tables de cuisine, de couloirs, de vases – et des autoportraits occasionnels.

Haim Mazal a peint la plus grande partie de ses œuvres présentées à la Biennale pendant la pandémie. (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israel)

Sont aussi à découvrir dans l’enceinte de l’ancien hôpital les œuvres de Shuli Bornstein Wolf, Linda Lieff Altabef, Ken Goldman et Rachel Rotenberg.

L’artiste belge Koen Vanmachelen présente aussi son travail dans le bâtiment qui hébergeait Shaare Zedek. L’une de ses installations, « Requête croisée », évoque les évolutions de la vie en utilisant deux Baladis, des volailles appartenant à une race de poule indigène en Israël, dans une large cage, au centre de son projet. Les deux poules participeront à un autre projet artistique à long-terme de Vanmechelen sur les croisements, le Cosmopolitan Chicken Project, en pratiquant un croisement avec le Mechelse Hrvatica présenté sur un portrait accroché au mur.

Pour découvrir l’intégralité de la Biennale, il faudra se rendre dans toute la ville – dans des lieux qui comprennent le musée de la Tour de David, HaMiffal, l’atelier d’imprimerie de Jérusalem, la galerie d’art de Mishkenot, la galerie d’art Agripas 12 et la maison d’hôtes Gesher.

Une exposition regroupant 16 joailliers contemporains – organisée par Ariel Lavian, le bijoutier israélien – rassemble des artistes de Turquie et d’Israël qui se sont tous isolés dans leurs ateliers pendant toute la durée de la pandémie.

Les joailleries de « Entre pause et rupture : La joaillerie en tant que miroir de la période actuelle » sont exposées dans l’une des galeries tout juste rénovées du musée de la Tour de David, en métal, en tissu et en pierres pour démontrer les frustrations et la puissance de l’isolement.

Les bijoux de l’exposition « Entre pause et rupture : La joaillerie en tant que miroir de la période actuelle » » dans l’une des galeries rénovées du musée de la Tour de David. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

L’exposition présentée à la galerie Mishkenot, « Voyage autour de ma chambre », a été organisée par Ermanno Tedeschi et Vera Pilpoul qui présentent les œuvres de douze artistes italiens et de quatre artistes israéliens qui explorent le concept de ce qu’est une pièce.

Ce sont Lenore Cohen-Mizrachi et Chama Mechtaly qui sont les curateurs de « Maktoub », au théâtre de Jérusalem. Ils ont fait appel à des artistes spécialistes de la calligraphie originaires des Émirats arabes unis et d’Israël après la signature des Accords d’Abraham.

« La Maison est dans le livre » est une exposition à découvrir à l’atelier d’imprimerie de Jérusalem, qui a été mise au point par Emily Bilski. Un nouveau livre collaboratif a été créé, pendant le confinement, par les artistes Andi Arnovitz, Lynne Avadenka et Mirta Kupferminc, originaires respectivement de l’État juif, des États-Unis et d’Argentine, utilisant un répertoire d’images partagées développé par chaque artiste au cours d’un travail en solitaire.

Au cours de cette Biennale d’un mois et demi, il y aura également des conférences, des débats avec les artistes ou les conservateurs, des concerts, des spectacles de danse et des visites guidées en anglais et en hébreu, en présentiel mais aussi en distanciel.

Les billets pour toutes les expositions publiques sont gratuits, à l’exception de l’exposition qui est présentée au musée de la Tour de David. Pour toute information, rendez-vous sur le site internet ou sur la page Facebook de la Biennale.

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