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« Récupérer, ensemble » : Des soldats israéliens blessés se reconstruisent à New York

Le voyage, organisé par l’organisation à but non lucratif Belev Echad, permet aux soldats blessés de Tsahal de rencontrer des Juifs américains et de renforcer les liens

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Un groupe de soldats israéliens blessés lors d’une tournée organisée par Belev Echad aux Nations Unies à New York, le 17 mai 2022. (Crédit : Courtoisie)
Un groupe de soldats israéliens blessés lors d’une tournée organisée par Belev Echad aux Nations Unies à New York, le 17 mai 2022. (Crédit : Courtoisie)

NEW YORK – David Axel était en patrouille avec la police des frontières, dans la Vieille Ville de Jérusalem, en 2015, lorsqu’un terroriste s’est approché de lui par derrière et lui a lancé une hache à la tête, le manquant de quelques centimètres seulement.

Axel s’est battu avec l’agresseur, qui a réussi à prendre la fuite. Axel l’a poursuivi dans les rues étroites, près de la porte de Damas, tenant les passants à distance, avant de l’attaquer. Il a lutté pour prendre le contrôle sur son assaillant, alors qu’une foule s’assemblait autour d’eux.

« Pendant la bagarre, il a sorti un couteau, qu’il m’a planté dans la jambe », se souvient Axel.

« Je ne me souviens pas trop de la scène parce que j’ai perdu beaucoup de sang. Je me souviens que mon responsable est venu me chercher, a pris le couteau ensanglanté, m’a demandé si tout allait bien. »

Il a passé deux mois à l’hôpital, puis très peu de temps à la maison. Il avait commencé son service cinq mois avant l’attaque et souhaitait terminer son service avec ses amis.

« J’ai terminé les trois ans, mais pendant ces trois années, j’ai eu beaucoup de signes de stress post-traumatique (SPT). Je n’en ai parlé à personne parce tout le monde se disait : ‘Il est fort, il va bien.’ Personne ne savait vraiment ce que je ressentais », confie Axel.

Après l’armée, il a travaillé comme agent de sécurité pour des touristes. Lorsque l’un de ces groupes s’est approché de la Vieille Ville, il s’est troublé, submergé par l’émotion lorsque son SPT a refait surface. Il a décidé de quitter Israël quelques jours plus tard.

Depuis l’étranger, il a reçu un message de Belev Echad, un groupe de soutien aux anciens combattants blessés qui organise des voyages, entre autres activités. Il était sceptique, mais a accepté de les rencontrer à son retour en Israël et a rejoint le groupe pour un voyage, en 2018.

« Mes parents ne pouvaient pas me comprendre, mes amis, ma sœur, personne », a-t-il expliqué cette semaine au Times of Israel, depuis New York. « Pendant ce voyage, j’ai rencontré des gars incroyables qui me comprennent mieux qu’un psychiatre. Nous sommes vraiment devenus bons amis. »

C’est cette fois en tant que chef de groupe qu’Axel se trouve à New York, avec l’organisation, pour le dernier voyage en date de Belev Echad hors des frontières d’Israël. L’organisation à but non lucratif new-yorkaise organise des voyages pour les soldats blessés de l’armée israélienne afin de les distraire, les mettre en contact avec des Juifs américains et faire en sorte qu’ils nouent des contacts.

Un groupe de soldats israéliens blessés lors d’une tournée organisée par Belev Echad aux Nations unies à New York, le 17 mai 2022. (Autorisation)

Le rabbin Uriel Vigler et son épouse Shevy ont organisé le premier voyage pour des soldats blessés à New York en 2010 : « C’était une vraie première. Les anciens combattants ont énormément apprécié », assure-t-il, et la communauté juive locale « a joué le jeu. Il y avait des centaines de personnes aux dîners et aux événements du Shabbat ».

Le groupe a effectué des voyages similaires les années suivantes, jusqu’à ce que la guerre de Gaza de 2014 fasse beaucoup plus de blessés parmi les soldats et que Belev Echad décide d’intensifier ses activités et devienne une organisation officielle en 2017, explique Vigler.

« Boucler la boucle »

Outre les voyages, Belev Echad, qui signifie « Avec un seul cœur » en hébreu, gère une maison pour les soldats blessés près de Tel Aviv avec un jacuzzi, une piscine, des services de thérapie et autres commodités. Des membres du groupe rendent visite aux soldats blessés à l’hôpital et leur fournissent une aide médicale et professionnelle, entre autres activités, pour combler les manques des soins gouvernementaux. Une équipe de 13 anciens combattants blessés se charge de la sensibilisation et des questions d’organisation, en Israël.

Axel explique que son rôle, en tant que membre du personnel lors du voyage, lui permet de « boucler la boucle ».

« Je me sens mieux avec moi-même quand je fais de bonnes choses pour tout le monde ici », explique-t-il. « Quand j’aide à la réadaptation de quelqu’un, cela m’aide aussi. »

Vigler se garde de toute critique des soins prodigués par l’État à ses anciens combattants blessés, mais le sujet est devenu particulièrement sensible en Israël, l’an dernier, lorsqu’un vétéran atteint de SPT s’est immolé par le feu devant un bureau du gouvernement, pour dénoncer la manière dont on le traitait.

L’un des membres du voyage de Belev Echad explique vouloir « se battre contre le ministère de la Défense » pour obtenir les avantages auxquels il peut prétendre, admettant toutefois que, dans l’ensemble, les soins sont bons en Israël. Israël compte plus de 50 000 anciens combattants handicapés.

Vigler précise que l’organisation à but non lucratif a effectué une trentaine de voyages à New York, avec une moyenne de 12 vétérans à chaque fois. Le dernier groupe comprenait d’anciens soldats qui ont raccroché leur uniforme il y a quelques mois à peine, et d’autres, pour lesquels le service obligatoire était déjà un lointain souvenir. On comptait dans ses rangs un courtier immobilier, un détective, un illustrateur, un développeur de logiciels, un étudiant en informatique et un contremaître.

Le programme de la semaine se composait d’un vol en hélicoptère au-dessus de la Statue de la Liberté, une performance du Blue Man Group, un entretien aux Nations unies avec l’ambassadeur israélien Gilad Erdan, une matinée dans un spa et des visites à l’Apple Store sur la Cinquième Avenue, au Ground Zero Memorial, au pont de Brooklyn et dans une école maternelle juive.

Le groupe a demandé au PDG d’une start-up, dans son magnifique bureau, si la technologie développée par son entreprise était de nature à améliorer l’image d’Israël à l’étranger, a interrogé un courtier en valeurs mobilières sur le fonctionnement de la Bourse de New York et a été accueilli, pour le petit-déjeuner, par un propriétaire de restaurant israélien qui a perdu un frère au Liban. Les Américains qu’ils ont rencontrés ont tous échangé leurs coordonnées avec les anciens combattants et les ont encouragés à rester en contact.

Un groupe de soldats israéliens blessés lors d’une tournée organisée par Belev Echad aux Nations unies à New York, le 17 mai 2022. (Autorisation)

Un torrent d’affection

Le simple fait de quitter Israël est parfois un grand soulagement pour les anciens combattants.

« Être ici à New-York agit comme une libération de l’esprit – on oublie ce qui se passe en Israël, le terrorisme », explique Axel. « Tout le monde ici [dans le groupe] souffre de SPT ou d’une douleur physique, et ce voyage nous apporte de la détente, une sorte de libération. »

Israël compte un grand nombre d’anciens combattants, ce qui a tendance à les noyer dans la masse. En revanche, « ici à New York, la communauté les traite comme des VIP, leur donne énormément d’affection », ajoute Vigler. « Cela fait des merveilles. »

Belev Echad est financé par des dons privés, principalement de la part de Juifs américains et d’Israéliens vivant aux États-Unis. Israël est une question clivante aux États-Unis, mais les sondages montrent que les Juifs américains considèrent que se soucier d’Israël leur est consubstantiel. Quelque 40 000 personnes, représentant la pluralité des mouvements juifs, devraient défiler dimanche à New York en soutien à Israël.

Le groupe de 12 vétérans accueillis cette semaine illustre les nombreuses manières dont les soldats peuvent être blessés pendant leur service. Deux d’entre eux ont été grièvement blessés par des tirs amis, l’un s’est blessé à la colonne vertébrale lorsque son char s’est renversé à Gaza, un autre a failli être tué par des bactéries qui avaient attaqué son épaule et un dernier a été traumatisé par l’évacuation des morts et blessés du Liban.

Il y a autant de blessures que de difficultés, certaines physiques, d’autres psychologiques, des cauchemars aux membres affaiblis. L’un d’entre eux évoque cette infection, contractée pendant l’entraînement, qui l’a presque emporté et qui a nécessité cinq mois d’hospitalisation, mais qui n’a rien de « sexy » – comprendre qu’elle n’a pas le prestige d’une blessure au combat, et n’attire l’attention de personne.

Matan Eizenberg, membre du groupe, était officier au sein de la brigade d’infanterie Golani, en service dans la ville d’Hébron, en Cisjordanie. Tard dans la nuit, après un briefing, l’un de ses soldats lui a demandé de revoir quelque chose. C’est alors que le fusil micro-Tavor du soldat a explosé accidentellement, tirant une balle de 5,56 millimètres dans la hanche droite d’Eizenberg.

Matan Eizenberg pendant son service militaire. (Autorisation)

Le coup de feu lui a fracturé le bassin, déchiré une artère et une veine centrale de la jambe, endommagé sa vessie, et la perte de sang a endommagé son nerf optique. Il a passé deux mois à l’hôpital, subi quatre interventions chirurgicales et fait une année de rééducation. Il ne peut toujours pas courir, rester debout trop longtemps, et elle lui occasionne des douleurs à la jambe.

Il assure que le voyage, et sa toute première visite à New York, donne aux anciens combattants l’occasion de s’ouvrir aux autres d’une manière difficilement envisageable en Israël.

« Nous sommes liés les uns aux autres. Cela nous fait du bien de raconter notre histoire. Ce n’est pas comme à la maison, où notre famille et nos amis ne savent pas vraiment ce que nous avons vécu », explique-t-il, ajoutant qu’il faisait en sorte de ne pas accabler ses proches.

« On préfère ne pas leur parler de nos blessures. On ne veut pas les stresser, ni les inquiéter », confie-t-il. « Ma famille a été à mes côtés, chaque jour pendant deux mois, à l’hôpital. On a envie de les libérer de cet endroit, de les laisser vivre leur vie. »

C’est avec désinvolture que les membres du groupe évoquent leurs blessures, entre deux activités, discutant des traitements les plus efficaces contre le SPT à bord du minibus lancé dans les rues de Manhattan.

« Ici, tout va bien, et on se rapproche les uns des autres. Tout le monde a son histoire, se lie aux autres : cela nous rend plus forts », confie Eizenberg. « On a l’impression d’être amis depuis toujours. »

Vigler explique que les participants au voyage ont tendance à rester en contact, une fois le voyage terminé, et à prendre part aux activités de Belev Echad en Israël.

« La meilleure rééducation ne se fait pas avec les psychologues ou la physiothérapie », conclut Eizenberg. « Nous avons à qui parler ici : cela fait toute la différence. Au lieu de nous réhabiliter seuls, nous le faisons ensemble. »

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