Réduction de salaire pour les soignants israéliens en quarantaine
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Réduction de salaire pour les soignants israéliens en quarantaine

Des milliers de professionnels de santé ont observé une diminution sur leur dernière fiche de paie après un isolement obligatoire, qui a, en plus, été déduite des jours de maladie

Une équipe médicale traite un patient atteint du COVID-19 dans une unité spécialisée à l'hôpital Mayanei Hayeshua à Bnei Brak, le 13 avril 2020. (Nati Shohat/Flash90)
Une équipe médicale traite un patient atteint du COVID-19 dans une unité spécialisée à l'hôpital Mayanei Hayeshua à Bnei Brak, le 13 avril 2020. (Nati Shohat/Flash90)

Les infirmier(e)s et les médecins israéliens ont fait part de leur colère parce que leurs salaires sont diminués s’ils sont confrontés au coronavirus sur leur lieu de travail et sont contraints de s’isoler.

Des milliers de professionnels de santé ont observé une réduction sur leur dernière fiche de paie, en raison du temps passé en quarantaine obligatoire après avoir été en contact avec une personne contaminée. Ces jours sont comptabilisés comme des arrêts maladie, et sont moins bien rémunérés.

Uri Fleischmann, directeur général de l’Association israélienne des infirmiers (INA) a déclaré au Times of Israël que cette politique touche ses membres dans l’ensemble des départements hospitaliers, et notamment ceux qui ont choisi de travailler dans des départements consacrés au coronavirus.

La colère est encore montée d’un cran après qu’Ephraim Malkin, un responsable du ministère des Finances, a jugé les revendications des professionnels de santé « excessives et déséquilibrées » lundi, après une réunion de la commission des Affaires sociales et du Travail de la Knesset.

Zeev Feldman, directeur adjoint de l’Association israélienne des médecins (IMA) a déclaré au Times of Israël que les commentaires de Malkin étaient scandaleux et que l’attitude « radine » du gouvernement à l’égard des professionnels de santé en quarantaine, est « le problème le plus insultant et le plus bouleversant auquel nous sommes confrontés en ce moment ».

Le docteur Zeev Feldman fait une déclaration aux médias, au centre médical Sheba près de Tel-Aviv, le 15 septembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Nous gérons la crise du coronavirus, nous traitons les patients avec dévotion et enthousiasme et c’est la seule chose qui dérange les médecins et infirmiers de tous rangs », a-t-il ajouté. L’exposition au coronavirus fait désormais partie de leur travail et ils ne devraient pas avoir à le payer de leur salaire, a-t-il affirmé.

Malkin, directeur adjoint du département des Salaires et du Travail au ministère de la Santé, a déclaré que les professionnels de santé en isolement percevaient 80 à 90 % de leurs salaires. Mais l’IMA et l’INA ont soutenu que leur exposition au virus ayant lieu dans le cadre de leur travail, les professionnels de santé ne devraient subir aucune perte financière. Ils ont ajouté que les jours d’isolement ne devraient pas être déduits de leurs congés maladie, dont ils pourraient avoir besoin si eux-mêmes ou leurs enfants tombaient malades.

Fleischmann a déclaré que les infirmiers étaient scandalisés de devoir gérer à la fois une pénurie de matériel de protection – qui augmente leurs risques de devoir s’isoler – et la perte de salaire s’ils doivent s’isoler.

« Nous livrons la guerre [au coronavirus] de manière inconditionnelle, nous nous donnons corps et âme, mais au final, le gouvernement refuse d’assurer une protection comme il devrait le faire », a-t-il dit au Times of Israël.

Uri Fleischmann, directeur général de l’Association israélienne des infirmiers (INA). (Autorisation)

Feldman a comparé l’actuelle politique salariale à la déduction des jours de congé maladie pour les soldats blessés au combat. « Les soldats au front, qui sont blessés physiquement ou mentalement à cause des combats ne doivent pas se mettre en maladie », a-t-il dit.

Il a souligné que certains soignants ont été mis en quarantaine après avoir été exposés au virus, sont retournés travailler et ont dû s’isoler à nouveau.

« Chaque patient atteint du coronavirus rencontrera des médecins, des infirmiers et des soignants, et nous sommes exposés au coronavirus et risquons d’en payer les conséquences », a-t-il dit, affirmant que le gouvernement « ne mesure pas les retombées » de leur travail.

Rejetant les demandes de plein salaire pour les travailleurs de la santé mis en quarantaine, Malkin a déclaré lundi à la réunion de la commission de la Knesset que des personnes de l’ensemble des secteurs souffrent de l’impact du coronavirus, affirmant que « des centaines de milliers de travailleurs dans d’autres domaines dans le pays font faillite ou se voient interdire de venir sur leur lieu de travail, sans que ce soit leur faute, au détriment de leurs jours de vacances ».

« Un médecin qui reste à l’hôtel ou chez lui n’effectue pas la totalité de son travail », a-t-il insisté. « Il est vrai que la situation est unique et peu caractéristique [des autres], et nous sommes prêts à donner aux travailleurs du système de santé une grande partie de leur salaire, mais pas 100 %, et pas de manière à ce que tous les jours de maladie soient payés par l’employeur ».

Un membre de l’équipe médicale de l’hôpital Barzilay, dans la ville d’Ashkelon, au sud d’Israël, portant un équipement de protection, manipule un échantillon de coronavirus, le 29 mars 2020. (Flash90)

Aida Touma-Sliman, présidente de la commission de la Knesset, a rejeté cette position, déclarant que « les [travailleurs] médicaux qui sont obligés d’entrer en quarantaine n’ont pas choisi de rester à la maison et de ne pas aller travailler. Ils sont nombreux à investir des heures dans des consultations, même pendant la quarantaine.

« Les salaires des membres de la Knesset et des ministres qui entrent en quarantaine ne sont pas touchés, mais ceux des médecins le sont. Nous devons leur apporter tout le soutien, y compris financier, car ils nous soignent, nous, nos parents et nos enfants ». Ahmad Tibi, également de la Liste arabe unie, a déclaré que cette politique reflète « l’ingratitude de l’État ».

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