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Opinion

« Regardez leurs pieds » : Les « défenseurs » d’al-Aqsa ont profané leur mosquée

Des dizaines de milliers de Palestiniens s'étaient dispersés pacifiquement vendredi après la prière. Les centaines qui ont affronté la police, plus tôt, étaient venus se battre

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Des dizaines de milliers de fidèles musulmans, dont un grand nombre de Palestiniens venus de Cisjordanie, avaient fait le déplacement, vendredi après-midi, à la mosquée al-Aqsa, sur le mont du Temple, pour y prier avant de retourner paisiblement chez eux.

Et ils étaient venus malgré d’intenses tensions dans la Vieille Ville de Jérusalem et aux alentours où seulement quelques heures auparavant, une foule constituée de Palestiniens plutôt jeunes et originaires des abords de la ville sainte avaient jeté des pierres et affronté la police israélienne à al-Aqsa. A l’occasion de ces heurts violents, plus de 150 personnes avaient été blessées et près de 500 émeutiers présumés avaient été placés en détention.

La différence – il ne devrait même pas être nécessaire de le dire – c’est que les fidèles présents dans l’après-midi étaient vraiment venus pour prier lors de ce deuxième vendredi de fête du ramadan. Et c’est ce qu’ils ont fait. Les Palestiniens qui avaient pris part aux échauffourées antérieures, au contraire, étaient venus dans un seul objectif : se battre.

Ils avaient amassé des pierres, ils s’étaient barricadés dans la mosquée al-Aqsa pour préparer les violences. Certains avaient amené avec eux des drapeaux du Hamas à l’incitation du groupe terroriste islamiste, dont ils s’étaient revendiqués : Le Hamas qui, avec le même cynisme et la même indifférence à l’égard de la foi, la vraie foi, a utilisé dans le passé les mosquées de Gaza pour y stocker les roquettes au cours des conflits avec l’État juif qu’il affirme ouvertement vouloir détruire.

Et comme dans le cas du Hamas à Gaza, tout en affirmant ostensiblement défendre leur religion et le troisième sanctuaire le plus saint de l’islam, les émeutiers, en fin de compte, n’ont fait que les profaner.

Il suffisait, pour s’en rendre compte, de regarder leurs pieds : Ces jeunes qui jetaient des pierres aux forces israéliennes de sécurité dans la mosquée al-Aqsa et à ses abords portaient leurs chaussures, ce qui est une violation de la tradition islamique qui consiste à ôter ces dernières, considérées comme impures, à l’entrée d’un lien de culte.

Et ils n’étaient pas sortis de nulle part. L’extrémisme incendiaire de plusieurs groupes juifs du « retour sur le mont du Temple » évoquant leurs plans de se livrer à des sacrifices de Pessah sur le mont – le lieu le plus saint du judaïsme où se dressaient les temples bibliques, un site que la majorité des Juifs orthodoxes considèrent comme trop sacré pour s’y rendre par crainte de souiller par inadvertance l’endroit où se tenait le saint des Saints – avait clairement exacerbé les frictions dans la Vieille Ville.

L’un de ces groupes avait promis une récompense financière à tout fidèle qui se ferait arrêter en se livrant à un tel sacrifice.

Le rabbin du mur Occidental avait répété une règle de longue date du rabbinat qui interdit ce type de sacrifice. La police, qui avait arrêté plusieurs sacrificateurs potentiels, avait souligné qu’elle empêcherait toute activité de ce genre et, contrairement aux années passées, elle avait pris la peine d’avertir le Waqf musulman, responsable de l’administration du complexe hébergeant la mosquée al-Aqsa, qu’aucun sacrifice juif ne saurait être toléré.

Toutefois, au vu du large rejet politique palestinien de l’idée d’une légitimité des Juifs sur le mont du Temple et en raison aussi de la sensibilité accrue des musulmans à toute idée d’un temple juif renaissant de ses cendres, ce sujet du sacrifice de Pessah aura fourni un prétexte dont le Hamas et d’autres extrémistes se sont saisis avec délectation pour attiser l’hostilité sur les réseaux sociaux et appeler les jeunes Palestiniens influençables à accourir pour défendre la mosquée.

Suite aux violences de vendredi, les États-Unis ont exprimé leurs vives préoccupations sur la situation dans la ville sainte, des manifestations ont eu lieu en Jordanie et les condamnations ont été fortes dans tout le monde arabe – et notamment parmi les alliés d’Israël dans le cadre des accords d’Abraham, le Bahreïn, le Maroc et les Émirats arabes unis.

Mazen Ghnaim, membre de la Knesset issu du parti islamiste Raam – une formation déterminante qui siège actuellement dans le gouvernement de coalition fragile en Israël – a menacé de renverser le gouvernement si de tels événements devaient se répéter.

Des pierres empilées dans la mosquée al-Aqsa, le 15 avril 2020. (Crédit : Capture d’écran Douzième chaîne, conformément avec la clause 27a de la loi sur le copyright)

La tactique utilisée par la police peut être légitimement mise en doute – notamment en ce qui concerne la nécessité, pour les agents, de pénétrer dans l’enceinte de la mosquée.

Mais les policiers, il faut le remarquer, n’étaient entrés dans la mosquée qu’après que la prière du matin eut terminée, malgré leurs inquiétudes face aux jeteurs de pierre qui, craignaient-ils, pouvaient représenter un danger pour les fidèles juifs qui étaient rassemblés à ce moment-là au mur Occidental. Le moment choisi implique que les esprits ont aussi pu s’apaiser pendant plusieurs heures avant que les musulmans, bien plus nombreux que le matin, ne se retrouvent pour la prière de l’après-midi.

Les agents avaient judicieusement interdit de manière préventive les visites des groupes juifs sur le mont du Temple, vendredi.

Des Palestiniens se battent contre les forces de sécurité israéliennes à la mosquée al-Aqsa, sur le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 15 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

Il ne peut pas échapper à tous ceux qui ont observé les événements qui ont eu lieu vendredi que contrairement aux dizaines de milliers de personnes qui devaient se retrouver au même endroit dans l’après-midi, les Palestiniens présents vendredi matin à la mosquée al-Aqsa étaient venus pour se battre.

Et loin de montrer ce que le président Isaac Herzog, qui accueillait un dîner de l’Iftar pour les musulmans israéliens à peine 36 heures auparavant, avait qualifié de « beau visage de l’esprit islamique », ces émeutiers ont profané leur lieu de culte.

Et ceux qui cherchent réellement à défendre les valeurs de la foi authentique n’ont pas leur place parmi eux.

Des Palestiniens ayant affronté les forces israéliennes de sécurité à la mosquée al-Aqsa, sur le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, sont arrêtés et placés en détention à la porte Mughrabi, le 15 avril 2022. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

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