Réouverture de Kerem Shalom : « le calme paye, pas la violence », dit Liberman
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Réouverture de Kerem Shalom : « le calme paye, pas la violence », dit Liberman

Dans une publication en arabe sur Facebook adressée aux Gazaouis, le ministre de la Défense a déclaré que la trêve dépendait du retour des captifs israéliens retenus à Gaza

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, (au centre), s'entretient avec le chef d'état-major de Tsahal Gadi Eizenkot, (à droite), et d'autres officiers supérieurs lors de sa visite dans la division de Gaza le 13 août 2018. (Shahar Levi/Ministère de la Défense)
Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, (au centre), s'entretient avec le chef d'état-major de Tsahal Gadi Eizenkot, (à droite), et d'autres officiers supérieurs lors de sa visite dans la division de Gaza le 13 août 2018. (Shahar Levi/Ministère de la Défense)

Israël a rouvert mercredi son seul point de passage pour les marchandises vers la bande de Gaza, signe d’apaisement au moins provisoire après de vives tensions le long de la frontière avec le territoire palestinien, ont constaté les journalistes de l’AFP.

Israël avait indiqué mardi qu’il rouvrirait entièrement Kerem Shalom si le calme observé ces derniers jours après des semaines de tensions persistait. Il a aussi dit son intention de ramener à neuf milles la zone de pêche au large des côtes gazaouies en Méditerranée. Cette zone avait été réduite en représailles.

Le ministre de la Défense Avidgor Liberman a appelé mercredi les résidents de la bande de Gaza à maintenir le calme relatif qui dure depuis le début de la semaine, affirmant que l’accalmie jouait en leur faveur, étant donné qu’elle conduisait Israël à rouvrir le point de passage vers l’enclave côtiere.

« Le calme paye, pas la violence », a écrit Liberman en arabe dans une publication Facebook, relayée sur la page du COGAT.

Le ministre de la Défense s’est exprimé après la réouverture du point de passage de Kerem Shalom vers Gaza, après un mois de fermeture, pour sanctionner la violence à la frontière, les tirs de roquettes et les incendies quotidiens causés par le lancement de ballons et de cerfs-volants depuis le 30 mars, début des émeute dites « Marche du Retour », une série de manifestations, parfois violentes, le long de la clôture de sécurité à Gaza.

Liberman a également parlé des négociations d’un cessez-le-feu à long terme entre Israël et le Hamas. Il a indiqué qu’il ne sera possible que lorsque deux civils israéliens et les dépouilles de deux soldats de l’armée israélienne ne soient rendus à Israël.

« En ce qui concerne les différentes propositions d’un accord à long-terme, ils doivent d’abord inclure une disposition sur les prisonniers de guerre et les soldats et captifs. Mais le facteur décisif ne sera pas la proposition, mais ce qui se passera dans les faits, et n’ayez aucun doute : nous ferons tout pour garantir la sécurité des citoyens d’Israël, et si le Hamas revient à la violence, nous riposterons immédiatement et plus sévèrement que jamais », a-t-il dit.

Mercredi et jeudi dernier, Israël et le groupe terroriste aux commandes à Gaza ont connu une montée des tensions. Le Hamas a tiré près de 200 roquettes et obus de mortiers, et l’armée israélienne a mené 150 frappes aériennes en représailles.

Un officier de police inspecte les dégâts sur un chantier de construction dans la ville de Sdérot, au sud d’Israël, près de la frontière de Gaza, suite à une salve de roquettes, le 9 août 2018. (Crédit : Police israélienne)

Bien que les deux parties se soient pliées à un cessez-le-feu de facto, des milliers de résidents de la bande de Gaza ont pris par à des émeutes à la frontière vendredi. Trois personnes ont été tuées, dont une infirmière, par des tirs israéliens pendants les affrontements.

« La semaine dernière, l’armée israélienne a porté un coup dur aux cibles du Hamas dans la bande de Gaza. Malheureusement, c’est après que l’on a rasé des quartiers généraux de la sécurité intérieure du Hamas, et seulement qu’après une autre émeute a fait trois morts, que le calme est revenu à la frontière. Ces quatre derniers jours ont été les plus calmes le long de la frontière depuis le 30 mars », a écrit Liberman sur Facebook.

« Je fais le distinguo entre les dirigeants du Hamas et les résidents de la bande de Gaza. C’est pourquoi, j’ai décidé de rouvrir le poste-frontière de Kerem Shalom et d’agrandir la zone de pêche à neuf milles, pour envoyer un message clair aux résidents de la bande de Gaza : le calme paye, pas la violence. Les résidents de la bande de Gaza ont tant à gagner quand les citoyens d’Israël vivent en paix et en sécurité, et tant à perdre quand le calme est perturbé », a-t-il dit.

Une photo prise le 8 août 2018 à Gaza montre de la fumée suite à une frappe aérienne israélienne (AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

Liberman a déclaré aux résidents de la bande de Gaza qu’ils ne doivent pas penser qu’Israël, qui maintient un blocus naval et contrôle strictement les points de passage terrestre, est à l’origine de leur misère.

« Le problème, ce sont les dirigeants du Hamas, qui se servent des civils comme des munitions et des boucliers humains », a-t-il dit.

D’autres mesures économiques stimulantes pourraient être envisagées cette semaine si la violence ne reprend pas, a indiqué le ministre de la Défense.

« Je tiens à vous rappeler qu’avant les accords d’Oslo, près de 90 000 Gazaouis travaillaient en Israël, et 80 usines fonctionnaient dans les zones industrielles Erez et Karni (le long de la frontière). Nous espérons pour vous, résidents de Gaza, que tous les budgets du Hamas et de la communauté internationale, seront destinés à votre bien-être et au développement de la bande de Gaza, au lieu du terrorisme », a-t-il dit.

« Gaza a le potentiel pour devenir le Singapour du Moyen-Orient. Ce serait une bonne chose pour les résidents de Gaza, une bonne chose pour Israël, et une bonne chose pour l’ensemble de la région », a-t-il ajouté.

Des dizaines de camions, transportant notamment du carburant, ont franchi le terminal de Kerem Shalom, seul point de passage pour les marchandises entre Israël et la bande de Gaza, a constaté un journaliste de l’AFP. Ce passage était en partie fermé depuis juillet, en représailles aux actes hostiles palestiniens venus du territoire et aux heurts le long de la frontière. La zone de pêche a également été agrandie.

Des camions au point de passage de Kerem Shalom, important des denrées alimentaires dans la bande de Gaza, le 17 juillet 2018. (Crédit : AFP / SAID KHATIB)

Depuis le 9 juillet, Israël bloque le passage de la plupart des marchandises à Kerem Shalom, y compris par intermittence les livraisons de carburant, essentielles dans l’enclave, en fonction de l’intensité des violences, et particulièrement des attaques incendiaires.

Israël ne laissait plus passer que les marchandises à caractère « humanitaire » : la nourriture, les médicaments et le matériel médical.

L’armée a indiqué mercredi que les opérations avaient repris à Kerem Shalom, et que les pêcheurs gazaouis étaient autorisés à aller jusqu’à neuf milles au large du littoral, sur ordre de Liberman.

« Suite à une décision du ministre de la Défense Avigdor Liberman, en consultation avec le chef d’état-major Gadi Eizenkot, le principal poste-frontière de marchandises vers Gaza, Kerem Shalom, rouvrira ce matin pour l’ensemble de ses activités », a déclaré l’armée.

Une photo prise le 29 mai 2018 montre des bateaux de pêche transportant un groupe d’activistes palestiniens qui protestent contre le blocus naval israélien sur Gaza, partant du port de la ville de Gaza. (AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

En annonçant sa décision, Liberman a déclaré qu’il « a été décidé que si l’accalmie relative à la frontière de Gaza qui a commencé cette semaine se poursuit jusqu’à demain matin, le poste-frontière de Kerem Shalom rouvrira à 9 heures du matin demain, et la zone de pêche sera agrandie à 9 milles nautiques au large de la côte », au lieu des six actuelles. »

Cette semaine, les autorités israéliennes ont noté une baisse significative des attaques incendiaires depuis l’enclave.

Des pompiers israéliens combattent un incendie dans un champ dans le sud d’Israël causé par des cerfs-volants incendiaires pilotés par des Palestiniens depuis la bande de Gaza le 5 juin 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Plus de 2 800 hectares de terres ont été calcinés, causant des dégâts évalués à plusieurs millions de shekels, selon les autorités israéliennes.

Les hauts-responsables israéliens insistent sur le fait que le pays n’a pas conclu le cessez-le-feu annoncé jeudi soir par le Hamas, et qui est entré en vigueur à minuit. Le Hamas, un groupe terroriste palestinien qui cherche à détruire Israël, affirme que cet accord a été négocié par l’Egypte, entre autres acteurs régionaux.

Cette apparente trêve est survenue après deux jours de violences. Il s’agissait du plus important échange de tirs entre Israël et le groupe terroriste de Gaza depuis l’Opération Bordure protectrice en 2014. Le Hamas a tiré plus de 150 roquettes et obus de mortiers en direction du territoire israélien, et l’armée israélienne a riposté avec plus ou moins autant de frappes aériennes sur des postes du Hamas à Gaza.

En dépit de l’apparente trêve dans les tirs de roquettes, la violence s’est poursuivie à la frontière et des tanks israéliens ont frappé deux postes du Hamas dans la bande de Gaza vendredi après qu’une grenade a été lancée en direction des troupes, pendant de multiples émeutes simultanées, à plusieurs endroits le long de la frontières.

Un jeune garçon brandit un drapeau palestinien pendant les émeutes à la frontière avec Gaza, le 14 mai 2018. (Crédit :
MAHMUD HAMS / AFP)

Depuis le mois de mars, des émeutes quasi-hebdomadaires se déroulent le long de la frontière entre Israël et Gaza, orchestrées par les dirigeants du Hamas. Elles ont conduit à une escalade impliquant des tirs de roquettes sur Israël et des frappes aériennes en représailles.

Les affrontements hebdomadaires à la frontières ont exposé les forces de sécurité israéliennes à des tirs, des grenades, des cocktails Molotov, et des tentatives d’infiltration, dont certaines ont été déjouées. Le mois dernier, Aviv Levi, un soldat israélien a été tué par un sniper.

Selon le ministère de la Santé à Gaza, contrôlé par le Hamas, plus de 150 Palestiniens ont été tués dans ces violences. Le Hamas a admis que plusieurs dizaines de ses membres figuraient parmi les victimes.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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