Retour sur le voyage de Lindsey Graham en Israël
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Retour sur le voyage de Lindsey Graham en Israël

Le sénateur américain a évoqué la volonté de dirigeants au Moyen Orient d'enrichir de l'uranium, l'Iran et un pacte de défense avec Israël similaire au traité conclu avec l'OTAN

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le sénateur républicain de Caroline du sud Lindsey Graham s'exprime devant les journalistes sur le toit de l'hôtel King David, le 1er juin 2021. (Crédit : Lazar Berman/Time of Israel)
Le sénateur républicain de Caroline du sud Lindsey Graham s'exprime devant les journalistes sur le toit de l'hôtel King David, le 1er juin 2021. (Crédit : Lazar Berman/Time of Israel)

Un éminent sénateur américain a révélé que les dirigeants arabes lui avaient dit, en privé, qu’ils demanderaient à pouvoir être autorisés à enrichir de l’uranium au même niveau que celui qui a été approuvé pour l’Iran par la communauté internationale.

« Si on ne fait pas attention, on va se réveiller un jour, très vite, en constatant que des programmes d’enrichissement de l’uranium ont lieu dans tout le Moyen-Orient », a commenté le sénateur de Caroline du sud Lindsey Graham dans la journée de mardi.

S’exprimant depuis le toit de l’hôtel King David, avec la Vieille Ville en arrière-plan, le sénateur – fort de quatre mandats – a souligné qu’une course à l’armement nucléaire au Moyen-Orient « pouvait être évitée si le monde s’exprime d’une seule voix et se dresse contre l’Iran », ajoutant que Téhéran « doit ressentir ses mauvais comportements plus douloureusement ».

Graham a indiqué que le point de vue israélien et arabe concernant l’accord sur le nucléaire est « le même : celui qu’il est impossible de faire confiance à l’Iran en ce qui concerne un programme d’enrichissement ».

« Plus long, plus fort, ce n’est pas possible », a-t-il continué, se référant au positionnement adopté par l’administration Biden qui souhaite un accord « plus long et plus fort » sur le programme nucléaire conclu avec l’Iran après la réintégration des États-Unis dans le pacte, et qui veut que la République islamique se conforme à nouveau au traité d’origine.

Des négociations indirectes entre Washington et Téhéran ont actuellement lieu à Vienne concernant le retour des États-Unis dans l’accord, le JCPOA, après le retrait du pays du pacte par l’ex-président américain Donald Trump en 2018.

Graham a annoncé qu’une tribune qu’il a co-écrite aux côtés du sénateur démocrate du New Jersey, Robert Menendez, serait publiée dans le Washington Post, réclamant une alternative au JCPOA de 2015.

Le sénateur du New Jersey Robert Menendez prend la parole lors de la conférence politique de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) à Washington, DC, le 6 mars 2018. (AFP PHOTO / Nicholas Kamm)

« C’est le positionnement français original », a-t-il expliqué, « celui que l’Iran et les Arabes peuvent avoir toute l’énergie nucléaire qu’ils désirent auprès d’une banque internationale de combustible mais qu’ils n’auront pas l’autorisation d’enrichir de l’uranium ».

Il a noté qu’il avait rencontré des politiciens israéliens qui, selon lui, sont « très intrigués » par cette idée, et il a ajouté que lui et Menendez la présenteraient à l’administration Biden.

L’important sénateur a aussi souligné que des inquiétudes étaient réelles chez certains démocrates et républicains américains concernant le programme nucléaire iranien et le soutien apporté aux groupes terroristes.

« Il semble que l’Iran soit en capacité d’être le plus important sponsor, en tant qu’État, du terrorisme dans le monde et que rien ne dissuade Téhéran », a-t-il asséné. « Sans le soutien iranien, le Hamas serait neutralisé et le Hezbollah serait neutralisé ».

Le président Hassan Rouhani, deuxième à droite, écoute le chef de l’Organisation de l’énergie atomique iranienne, Ali Akbar Salehi lors d’une visite d’une exposition sur les récentes avancées nucléaires à Téhéran, en Iran, le 10 avril 2021. (Crédit : Bureau de la présidence iranienne via AP)

« Quand on en vient aux menaces faites à la sécurité d’Israël, toutes les voies remontent vers Téhéran », a-t-il ajouté.

Un milliard de dollars pour le Dôme de fer

Graham a expliqué que le ministre israélien de la Défense soumettrait une requête à hauteur d’un milliard de dollars au Pentagone pour reconstituer l’arsenal de missiles du Dôme de fer suite au conflit de onze jours qui a opposé Israël aux groupes terroristes de la bande de Gaza. Une annonce faite alors que le ministre de la Défense, Benny Gantz, doit s’envoler mercredi soir pour Washington pour y rencontrer son homologue américain au cours d’un bref déplacement aux États-Unis.

« Le Dôme de fer a incroyablement bien fonctionné, sauvant des milliers de vies israéliennes et des dizaines de milliers de vies palestiniennes », a-t-il indiqué. « J’imagine que l’administration approuvera cette requête et qu’elle sera acceptée au Congrès ».

Malgré les « accrochages » survenus aux États-Unis au cours des derniers combats entre Israël et le Hamas, a dit Graham, l’État juif jouit encore d’un soutien bipartisan ferme dans le pays.

Le président américain Joe Biden s’exprime au sujet d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, dans le Cross Hall de la Maison Blanche, le 20 mai 2021, à Washington. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)

« Il y a un large et profond soutien pour Israël au sein du parti démocrate », a-t-il continué, avant de remercier le président américain Joe Biden pour sa défense de l’État juif pendant le conflit. Lors de l’annonce du cessez-le-feu, le mois dernier, Biden a promis de reconstituer les arsenaux de missiles de défense du Dôme de fer.

« Nous apprécions la volonté de l’administration de demander au Congrès plus d’argent pour le système du Dôme de fer », a poursuivi Graham.

« Je suis républicain et je suis venu ici avec un message simple, » a-t-il souligné. « Même si certains démocrates disent des choses qui me paraissent très dérangeantes, j’ai la certitude que le président Biden et la majorité des membres du parti démocrate seront dans le camp d’Israël ».

Il a fait référence ici à des appels croissants émis par certains progressistes à mettre un terme à l’aide militaire donnée à Israël.

Graham a vivement recommandé aux démocrates de gauche d’aller visiter l’État juif et de s’entretenir avec les soldats et les résidents du sud du pays.

Le système de défense aérienne Dôme de fer d’Israël est activé pour intercepter une roquette tirée depuis la bande de Gaza, le 12 mai 2021. (EMMANUEL DUNAND / AFP)

« La seule raison pour laquelle des milliers d’Israéliens ne sont pas morts, aujourd’hui, c’est qu’ils ont pu se défendre contre les attaques au missile lancées par le Hamas, qui visent à tuer massivement des Israéliens. La raison pour laquelle le bilan meurtrier à Gaza est à ce niveau est qu’Israël cherche à ne pas tuer au hasard des Palestiniens. Les soldats israéliens suivent les règles d’engagement fixées – et si le Hamas le pouvait, il tuerait tout le monde en Israël. Si vous ne le croyez pas, alors venez voir par vous-même ».

Évoquant la vague d’attaques antisémites aux États-Unis et en Europe, Graham a souligné que « la recrudescence de l’antisémitisme dans le monde entier me trouble. Mais contrairement à ce qu’il s’est passé dans les années 1930, quand le monde était resté en marge et avait excusé l’avancée des nazis, cela ne pourra jamais arriver parce qu’Israël a la capacité de se défendre et la détermination nécessaire pour empêcher une seconde Shoah ».

« Le temps est venu pour nous, en Amérique, de nous exprimer clairement et d’une seule voix », a-t-il affirmé.

Il a aussi dit qu’il était en train de proposer un pacte de défense avec Israël similaire au traité conclu avec l’OTAN, qui exigerait l’intervention des États-Unis si Israël devait subir une attaque.

« Les engagements de l’Article V du traité de l’OTAN exigent que chaque pays défende tous les autres. Si quelque chose devait arriver demain en Estonie, alors nous viendrions tous en aide à l’Estonie… L’objectif de l’accord est de faire savoir aux Iraniens que s’ils se réveillent, un jour, en voulant que le Hezbollah et le Hamas écrasent le Dôme de fer pour tenter de détruire l’État d’Israël, les États-Unis se mettront au milieu de leur chemin ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu accueille le sénateur républicain de Caroline du sud Lindsey Graham au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 31 mai 2021. (Crédit : Koby Gideon / GPO)

Le Premier ministre Netanyahu a rencontré Graham, lundi, à Jérusalem. Netanyahu a qualifié Graham « d’ami et allié formidable » du pays, ajoutant que « personne n’a fait davantage en faveur d’Israël que vous ».

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