Révélation : la guerre avant la Guerre des Six Jours
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Révélation : la guerre avant la Guerre des Six Jours

Immédiatement avant le début du conflit, des politiciens et des généraux israéliens de haut rang se sont confrontés pour savoir comment traiter la menace arabe

Mitch Ginsburg est le correspondant des questions militaires du Times of Israel

Yitzhak Rabin, au centre avec une casquette, le chef d'état-major de Tsahal, au cours de la guerre des Six Jours, en parlant avec le commandant de la région sud Yeshayahu Gavish (Crédit : Autorisation d'Israel Defense Force Archive)
Yitzhak Rabin, au centre avec une casquette, le chef d'état-major de Tsahal, au cours de la guerre des Six Jours, en parlant avec le commandant de la région sud Yeshayahu Gavish (Crédit : Autorisation d'Israel Defense Force Archive)

Deux jours avant qu’Israël ne s’embarque dans la Guerre des Six Jours, des politiciens et les militaires de haut rang ont tenu une réunion tumultueuse où un groupe de généraux nés en Israël, observant la préparation des forces égyptiennes dans le désert du Sinaï, semblait accuser le Premier ministre Levi Eshkol de souffrir d’hésitation dangereuse liée à la Diaspora qui aurait pu avoir des répercussions existentielles pour l’État.

Les détails du 3 juin 1967, la rencontre entre le chef de l’armée et le gouvernement d’Israël, ont été publiés pour la première fois jeudi par l’armée israélienne et l’archive du ministère de la Défense, révélant la dimension du fossé séparant les dirigeants militaires et politiques à l’époque.

Certains ont prétendu que l’armée était au bord d’un coup d’état à l’époque. Le protocole ne soutient pas cela, mais il illustre les efforts de l’armée pour forcer Eshkol à la guerre.

« Je pense que nous pourrions nous trouver dans une situation militaire dans laquelle nous perdons beaucoup de nos avantages et pourrions être dans une situation – que je ne veux pas décrire avec des mots tranchants – mais il y aurait un grave danger pour l’existence d’Israël », a déclaré le chef de l’état-major général de l’armée israélienne, le lieutenant général Yitzhak Rabin, deux jours avant le début de la guerre des Six Jours.

Il a décrit une immense accumulation de forces égyptiennes dans le désert du Sinaï. Plus Israël attendrait pour lancer une frappe préventive, a expliqué le futur Premier ministre, plus il y avait de risques pour que la Jordanie, l’Irak et la Syrie rejoignent l’offensive arabe.

« Moi, tout du moins, j’ai l’impression, ou plutôt la sensation, qu’un nœud coulant militaire et diplomatique a été placé autour de nous, et je ne pense pas que quelqu’un d’autre ne le desserre », a-t-il dit.

Le Premier ministre Levi Eshkol peu de temps après la guerre dans la vallée du Jourdain (Crédit : Moshe Milner / Bureau de presse du gouvernement)
Le Premier ministre Levi Eshkol peu de temps après la guerre dans la vallée du Jourdain (Crédit : Moshe Milner / Bureau de presse du gouvernement)

La réunion a eu lieu environ deux semaines après que le président égyptien Gamal Abdel Nasser a évincé les forces de l’ONU du Sinaï, le 22 mai, fermé le détroit de Tiran au trafic maritime israélien.

Israël a longtemps affirmé que la fermeture des détroits était l’équivalent d’une déclaration de guerre. Il a convoqué ses troupes réservistes, mais Eshkol, cherchant soit un feu vert du président Lyndon B Johnson ou une action des États-Unis pour qu’ils rouvrent les détroits, n’a pas donné l’ordre à l’armée d’agir.

Tandis que les jours passaient, avec des messages diplomatiques voyageant vers et depuis Israël, l’Egypte a réuni plus de 1 000 chars dans le désert du Sinaï. Le peuple a enduré peut-être les semaines les plus poignantes de l’histoire de l’Etat.

Le chef des renseignements militaires, le major Général Araleh Yariv, qui a décrit Israël et l’Egypte comme des « pions » dans une partie à plus grande échelle, a dit aux ministres du cabinet que « le président sera ennuyé et nous serions condamnés », mais si Israël prend une action rapide et immédiate, les États-Unis ne seront pas « un obstacle majeur à nos actions ».

Rabin avait assuré Eshkol que les Russes ne se joindraient pas à la mêlée.

D’autres étaient plus énergiques. Le major général Ariel Sharon est arrivé lors de la réunion du Commandement du sud. Il a immédiatement déclaré que l’objectif de l’armée n’était « rien de moins que la destruction complète des forces égyptiennes ». L’armée israélienne était pleinement capable de cela, avait-il argué, mais « en raison de l’hésitation et de la perte de temps, nous avons perdu le principal point de la dissuasion que nous avions, qui est la peur que nous inspirions aux Etats arabes ».

Ariel Sharon, au centre, commandant d'une division blindée dans le Sinaï lors de la Guerre des Six Jours (Crédit : Autorisation d'Israël Archive Defense Force)
Ariel Sharon, au centre, commandant d’une division blindée dans le Sinaï lors de la Guerre des Six Jours (Crédit : Autorisation d’Israël Archive Defense Force)

Agir en tandem avec une puissance étrangère, comme Israël l’avait fait en 1956, était une erreur, a-t-il asséné, un signe de faiblesse. « Il y a un point qui permettra de déterminer si nous devons exister ici au fil du temps ou non, et c’est notre [capacité à] défendre nos droits. Courir partout, et je ne vais pas utiliser le terme de ‘racolage’ parmi les puissances et demander à être sauvé ne fait pas partie de [la notion de] se tenir debout pour vos droits. Si nous voulons continuer ici au fil du temps, nous devons nous battre pour nos droits ».

Sharon a poursuivi en affirmant que ce qui déterminait « une guerre entre nous et les Arabes est la rapidité et le moment de la frappe » et non pas l’équilibre du pouvoir sur le champ de bataille.

Retarder une frappe, a-t-il continué, serait « une erreur de premier ordre ». Il a ensuite garanti la défaite retentissante de l’armée égyptienne, en disant : « Je vous promets que cela sera fait de la meilleure façon possible » tant que le gouvernement donne l’ordre d’agir.

Le major général Moshe Peled a ajouté que le chef de l’état-major « n’a pas reçu une seule explication – qu’attendons-nous ?… révéler le secret et nous saurons ce que nous attendons ! ».

Nasser, a-t-il dit, a placé son armée aux frontières d’Israël alors qu’elle n’est pas prête. « La seule chose qui travaille en sa faveur est que le gouvernement d’Israël n’est pas disposé à frapper ».

Il a qualifié les précautions que prenaient le gouvernement d’ « un manque de foi » en l’armée et a poursuivi en soulignant que même si les soldats tenaient les lignes de front, le Commandement de la défense passive était en train de s’effondrer.

« L’Etat d’Israël n’a pas une endurance sans fin … il n’est pas clair pour moi si le gouvernement a l’image exacte de ce qui se passe à l’intérieur… si vous saviez, vous demanderiez pourquoi nous n’agissons pas plus rapidement. L’ennemi prend des forces et est en pleine croissance, l’économie est de plus en plus faible, et tout cela pour un objectif que personne ne nous explique ».

« Nous méritons de savoir pourquoi nous devons supporter cette humiliation. Peut-être que nous allons recevoir, à cette occasion, des explications sur ce que nous attendons ? », s’est-il interrogé.

Preuves photographiques d'une réunion cruciale entre le président Lyndon Johnson et le Premier ministre Levi Eshkol au ranch texan de LBJ en janvier 1968 comme on le dans « Les Premiers ministres » (Crédit : Autorisation)
Preuves photographiques d’une réunion cruciale entre le président Lyndon Johnson et le Premier ministre Levi Eshkol au ranch texan de LBJ en janvier 1968 comme on le dans « Les Premiers ministres » (Crédit : Autorisation)

Après environ deux heures de débat acharné, le Premier ministre Eshkol a pris la parole. Il a concentré ses commentaires sur Sharon. « Il a parlé de racolage et je n’ai pas aimé l’expression. Maintenant, il parle de courir partout. Je lui dis : tout ce que nous avons en matière de puissance pour notre armée – vient de cette course tout autour. Ne l’oublions pas et ne nous voyons pas comme un Goliath. Avec des poings non armés et mal équipés – nous n’avons pas de force ».

L’Union soviétique, a-t-il poursuivi, pourrait ou non ne pourrait pas participer. Et l’armée israélienne pourrait prévaloir, comme elle affirme qu’elle le pourra, mais même si Israël brise le dos de l’ennemi aujourd’hui, a-t-il asséné, il aura encore besoin de se réarmer.

Sans aucun doute il y a place pour la ligne de pensée qui dit « de ne pas attendre des goyim qu’ils vous aident », a-t-il dit, mais l’armée a besoin de comprendre « que la question ne s’arrête pas là » et non pas parce que le gouvernement ne le veut pas mais parce qu’il y a encore du temps qui doit s’écouler de l’horloge diplomatique.

« Nous avons besoin de quelques jours de plus afin de ne pas perdre la sympathie et l’assistance – financière et matérielle – qui seront nécessaires, de quelqu’un. Et cela », a-t-il observé à l’issue de la réunion « l’Union soviétique ne nous l’accordera sûrement pas ».

La guerre des Six Jours, dans laquelle Israël a pris le plateau du Golan à la Syrie, le Sinaï à l’Égypte et la Cisjordanie et la Vieille Ville de Jérusalem à la Jordanie, a commencé par une frappe israélienne préventive deux jours plus tard.

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