Rivlin : l’EI s’est enraciné dans la communauté arabe israélienne
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“De plus en plus, les voix modérées se sentent menacées, sentent le sol s’écrouler sous leurs pieds”

Rivlin : l’EI s’est enraciné dans la communauté arabe israélienne

Dans le vide laissé par la négligence du gouvernement et la méfiance entre arabes et juifs, les idées jihadistes se répandent, avertit le président ; il appelle à de nouveaux investissements dans l’éducation et l’application de la loi

Le président Reuven Rivlin présente ses vœux pour Hanoukka, en décembre 2015. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le président Reuven Rivlin présente ses vœux pour Hanoukka, en décembre 2015. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le président Reuven Rivlin a appelé lundi le gouvernement à attribuer de nouveaux financements aux communautés arabes israéliennes pour aider à contrer ce qu’il décrit comme une influence croissante de l’Etat islamique (EI) dans le pays.

Prévenant que « Daesh [acronyme arabe de l’EI] est déjà dans la communauté arabe en Israël », Rivlin a déclaré pendant une conférence sécuritaire à Tel Aviv que les communautés arabes avaient besoin de plus de soutien pour combattre la radicalisation des jeunes.

« Les recherches, les arrestations, les témoignages et les analyses, classifiées ou non, montrent clairement un soutien croissant et même une augmentation [des tentatives] de rejoindre Daesh parmi les arabes d’Israël », a-t-il déclaré au rassemblement annuel de l’institut pour les études sur la sécurité nationale à l’université de Tel Aviv.

« Ceux qui connaissent la communauté arabe savent que ces dernières années il y a eu une radicalisation significative de plusieurs villages bédouins dans le Néguev et dans [certains] villages arabes du nord sur la question de la mise en place de la charia [loi islamique]. Même des endroits et des organisations considérés comme laïcs ressentent maintenant l’influence des idées extrémistes. De plus en plus, les voix modérées se sentent menacées, sentent le sol s’écrouler sous leurs pieds ».

Il a prévenu qu’il ne fallait pas « abandonner le public arabe et le laisser gérer seul la menace de Daesh. La pourriture sur laquelle Daesh s’enracine est le résultat, entre autres choses, du vide identitaire et éducatif. L’Etat d’Israël doit proposer une alternative, une alternative qui ne soit pas effrayée par une identité israélo-palestinienne positive et sure, et dans le même temps ne doit pas accepter, en aucune circonstance, la délégitimisation de l’Etat d’Israël ou que l’on rejoigne le pire de ses ennemis. »

Il a ajouté : « Si la pourriture est aussi un vide de gouvernance [qui mène à] l’insécurité et au manque d’application [de la loi], nous devons faire tout ce qui est possible pour remplir ce vide et réaliser la souveraineté israélienne dans tout l’Etat d’Israël, même si cela signifie trouver des budgets ».

Les services de sécurité israéliens estiment qu’environ 50 Arabes israéliens ont rejoint l’EI pour se battre en Syrie.

Le cabinet a adopté en décembre un plan de développement de 15 milliards de shekels à destination des communautés arabes, mais ni les financements ni les programmes spécifiques n’ont encore été mis en place.

Rivlin, dont le poste de président est essentiellement symbolique, a déclaré qu’alors que la radicalisation n’était pas spécifique à Israël, il est « inquiet que plus l’Etat évite de prendre ses responsabilités, plus l’Etat se distance, plus vite les salafistes jihadistes se précipiteront dans ce vide ».

Racontant une rencontre avec un enseignant dans une communauté arabe, Rivlin a déclaré qu’on lui avait dit que beaucoup d’Arabes israéliens se sentent comme des citoyens de seconde classe dans le pays.

Les Arabes israéliens disent qu’ils sont discriminés et affrontent la marginalisation dans beaucoup d’institutions israéliennes, et en particulier quand on en vient à l’accès aux financements publics.

« Si les enfants grandissent sans rêve, sans espoir et sans aspirations, avec le sentiment que leur sang, leur vie, ont moins de valeur dans l’Etat d’Israël, alors nous devons réfléchir à la manière de leur offrir un rêve, un espoir, et une foi », a déclaré Rivlin.

Et, a-t-il ajouté, cela signifie qu’Israël doit trouver un moyen de « restaurer la confiance entre arabes et juifs ».

Rivlin a appelé le gouvernement à trouver les financements aussi vite que possible.

« La récente résolution du gouvernement d’un large plan d’intégration économique de la population arabe est un pas dans la bonne direction », a-t-il déclaré.

« Le plan a beaucoup de détracteurs parmi la population juive, et l’on sait pourquoi. Mais il s’agit d’une étape correcte et essentielle, puisque c’est une décision qui représente un changement fondamental de direction », a-t-il ajouté.

Le président Rivlin a pris à plusieurs reprises des positions libérales qui tranchent avec celles du Premier ministre Benjamin Netanyahu, bien que les deux hommes soient membres du Likud, le grand parti de droite.

Les arabes israéliens représentent environ 18 % de la population israélienne, majoritairement juive, et se plaignent de discriminations sociales et professionnelles.

Cette nouvelle inquiétude sur l’intégration des Arabes israéliens fait suite à l’attentat terroriste du 1er janvier à Tel Aviv par un Arabe israélien, Nashat Milhem, qui a tué trois personnes et aurait pu être inspiré par l’EI, bien que les enquêteurs étudient toujours ses motifs.

Milhem a été tué pendant un échange de tirs avec la police dans sa ville natale d’Arara, après une chasse à l’homme d’une semaine.

Cette affaire avait déclenché une polémique à la suite des déclarations de Netanyahu dénonçant l’existence de zones de non-droit dans les localités arabes israéliennes « où règnent la provocation islamiste, la criminalité et les armes illégales ».

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