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Robert Hébras, dernier survivant du massacre d’Oradour-sur-Glane, témoigne

Avec sa petite-fille, Agathe, il publie ce mois-ci l’ouvrage "Le dernier témoin d'Oradour-sur-Glane"

Robert Hébras et sa petite-fille Agathe, sur le plateau de Télématin, en juin 2022. (Crédit : capture d’écran France.tv)
Robert Hébras et sa petite-fille Agathe, sur le plateau de Télématin, en juin 2022. (Crédit : capture d’écran France.tv)

Robert Hébras et sa petite-fille, Agathe, publient ce mois-ci l’ouvrage Le dernier témoin d’Oradour-sur-Glane, écrit avec la journaliste Mélissa Boufigi.

Le livre narre ainsi l’histoire de l’homme, âgé aujourd’hui de 96 ans.

Né le 29 juin 1925 à Oradour-sur-Glane, il est l’une des sept personnes à avoir survécu au massacre perpétré dans cette localité de la Haute-Vienne le 10 juin 1944. Ce crime de guerre, qui a fait 643 morts civils français, l’une des pires atrocités commises pendant la Seconde Guerre mondiale, perpétré par la division SS Das Reich, est devenu, dans la France de l’après-guerre, un symbole national des atrocités nazies.

Gravement blessé, Robert Hébras, alors âgé de 18 ans, a réussi à fuir le village en feu, ravagé par les nazis. La moitié de la famille Hébras – la mère et deux des filles – a péri lors du massacre. À l’exception du fils, Robert, n’ont survécu que la fille aînée, qui n’habitait plus à Oradour, et le père (celui-ci se trouvait, au moment des faits, dans un village voisin).

« Quand j’ai expliqué à mon père ce qu’il s’était passé, [il a], sans rien me dire, pris sa bicyclette et a été jusqu’à Oradour. Il s’est approché de l’église [en feu, où la population avait été rassemblée] et il a vu le massacre dans l’église. Mon père est revenu d’Oradour-sur-Glane et m’a dit : ‘Tu ne reverras plus ta mère et tes sœurs, ils les ont brûlées dans l’église.’ Je crois que ça a été le choc le plus important de ma vie », a-t-il récemment témoigné dans une interview pour France info.

Après le 10 juin 1944, Robert Hébras a participé activement à la Résistance contre les nazis et a combattu sur le champ de bataille.

Il a témoigné de ce qu’il a vu lors du massacre lors du procès de Bordeaux, en 1953, où ont été jugés plusieurs SS présents à Oradour.

Après la guerre, il s’est engagé pour la réconciliation entre l’Allemagne, la France et l’Autriche et a entrepris des visites guidées dans les ruines du village martyr.

« Le 10 juin 1944, lorsqu’une unité de la Waffen SS investit Oradour-sur-Glane, Robert Hébras a l’insouciance d’un jeune homme loin de la guerre, tout à son match de foot du lendemain », indique la quatrième de couverture de son nouvel ouvrage. « L’histoire en décidera autrement. En ce sombre samedi, dans le paisible village de Haute-Vienne, les soldats allemands vont commettre le plus grand massacre de civils de la Seconde Guerre mondiale : 643 morts dont plus de 450 femmes et enfants. Seule une poignée de personnes réchapperont de cet enfer, dont Robert Hébras. Près de 80 ans après les faits, le drame résonne toujours en lui. Dans les ruines du village, il emmène Agathe, sa petite-fille, dès son plus jeune âge, et lui raconte Oradour. Sa jeunesse, sa mère et ses sœurs perdues dans l’église, et cette journée tragique dans chaque détail mais dont le récit est nécessaire à la sauvegarde de la mémoire. Agathe s’imprègne de chaque mot, de chaque anecdote. Sous l’œil bienveillant de Robert naît peu à peu en elle une évidence, comme un besoin : devenir la gardienne de l’histoire de son grand-père et de celle du village-martyr. Pour transmettre, inlassablement, ce témoignage aux générations futures, et ne jamais oublier. »

Robert Hébras avait déjà publié auparavant plusieurs ouvrages : Avant que ma voix ne s’éteigne ; Oradour-sur-Glane, notre village assassiné ; et Oradour-sur-Glane : Le Drame heure par heure.

En 2003, le réalisateur allemand Bodo Kaiser lui avait consacré le documentaire « Rencontre avec Robert Hébras : sur les traces de vie effacée ». Il a aussi participé au film-documentaire « Une vie avec Oradour », de Patrick Séraudie, réalisé en 2011.

Robert Hébras vit aujourd’hui à Saint-Junien, près d’Oradour. Il est marié, a eu un fils et trois petits-enfants. Il a été fait Officier de la Légion d’honneur, Commandeur de l’ordre national du Mérite et Chevalier de l’ordre des Palmes académiques. Il a aussi reçu le Prix autrichien pour la mémoire de l’Holocauste des mains de l’ambassadeur Hubert Heiss à l’ambassade d’Autriche à Paris « pour son engagement remarquable dans la lutte contre l’oubli en tant que témoin, mais aussi pour son implication passionnée dans le travail de réconciliation entre les Allemands, les Français et les Autrichiens ».

À l’occasion de la sortie de leur livre, Agathe Hébras a déclaré auprès de France info au sujet de son grand-père : « Moi, je dis souvent que c’est mon super héros. J’ai cru très longtemps qu’il était immortel. J’ai mis longtemps à réaliser que je ne l’aurais pas toute ma vie. Je sais qu’une de ses craintes était de ne pas me voir aller à l’école. Il voulait me voir à neuf ans, l’âge de sa petite-sœur Denise, qui est partie à Oradour. C’est le premier homme de ma vie. »

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