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Roni Alsheich : la police n’a pas le logiciel-espion Pegasus à disposition

En plein scandale sur l'espionnage illicite de citoyens, l'ancien chef de la police a maintenu que le contrôle judiciaire concernant l'usage de cyber-technologies était minutieux

L'ex-chef de police Roni Alsheich s'exprime lors d'une conférence à l'université Reichmann, le 13 février 2022. (Crédit : Adi Cohen Tzedek)
L'ex-chef de police Roni Alsheich s'exprime lors d'une conférence à l'université Reichmann, le 13 février 2022. (Crédit : Adi Cohen Tzedek)

L’ancien chef de la police Roni Alsheich a affirmé dimanche que la police israélienne n’avait jamais eu à sa disposition le logiciel-espion Pegasus du NSO Group alors que les médias ont annoncé que la police l’avait utilisé pour pirater les téléphones de responsables du gouvernement, d’activistes et de journalistes sans avoir obtenu d’autorisation judiciaire préalable.

C’est la première fois qu’un haut-responsable passé ou actuel de la police s’exprime dans le cadre de ce scandale concernant le spyware.

« La police israélienne n’a pas Pegasus », a-t-il déclaré alors qu’il prenait la parole lors d’une conférence à l’université Reichman. « Quelqu’un devra payer le prix de cette fausse affirmation. »

Cette déclaration est venue contredire de nombreuses informations parues dans les médias sur l’utilisation présumée, par la police, de ce puissant outil de surveillance.

Une Israélienne parle au téléphone devant le bâtiment qui héberge les bureaux du NSO Group à Herzliya, près de Tel Aviv, le 28 août 2016. (Crédit : by JACK GUEZ / AFP)

Le logiciel est capable de donner à celui qui l’utilise le contrôle total du téléphone d’une cible, ouvrant l’accès à toutes les données figurant sur le téléphone et permettant à l’utilisateur d’activer la caméra ou le micro de l’appareil sans que son propriétaire en soit conscient.

La police n’a pas officiellement commenté l’utilisation présumée par ses forces de Pegasus, logiciel développé par le NSO Group, mais elle a confirmé être en possession de logiciels de cybersurveillance. Les responsables ont toutefois répété que ces logiciels n’avaient été utilisés qu’avec l’approbation des tribunaux et dans des situations précises.

Le scandale causé par l’utilisation massive présumée par la police de Pegasus à l’encontre de multiples citoyens israéliens a été révélé par une série d’articles publiés dans le journal Calcalist.

Alsheich – mis en cause par Calcalist dans la mesure où la police aurait largement commencé à abuser du logiciel-espion lorsqu’elle était placée sous son autorité – a déclaré qu’il y avait des outils que la police n’était pas autorisée à avoir.

Le commissaire Roni Alsheich durant une rception organisée pour Rosh Hashanah au siège de la police de Jérusalem, le 18 septembre 2017 (Crédit : Police israélienne)

« La police ne peut faire que des écoutes téléphoniques ou, si elle peut avoir le téléphone concerné en main, elle peut le fouiller », a-t-il ajouté.

Alors qu’il lui était demandé quelle supervision judiciaire était mise en place pour garantir que la police n’outrepasse pas son autorité, Alsheich a répondu que « la supervision est énorme, et cela se justifie pleinement ».

« Cela ne signifie pas qu’il ne puisse pas y avoir des incidents, mais des défaillances généralisées – non », a-t-il continué.

La semaine dernière, un reportage de la Douzième chaîne qui n’a pas cité ses sources, a allégué que Pegasus aurait été utilisé contre 90 personnes pendant les trois années où Alsheich avait été chef de la police, de 2015 à 2018. La chaîne a ajouté que le logiciel avait été utilisé contre 150 autres cibles lorsque Motti Cohen avait été chef de la police par intérim, entre 2018 et 2020.

Le chef de la police par intérim Motti Cohen prend la parole à la conférence annuelle sur la justice à Airport City, près de Tel Aviv, le 3 septembre 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

La Douzième chaîne n’a pas précisé si, selon ses sources, ces 240 personnes au total avaient été espionnées avec autorisation préalable des magistrats ou non.

La police a insisté sur le fait que toutes les utilisations du logiciel-espion avaient eu lieu en stricte conformité avec les ordonnances judiciaires, niant les affirmations des médias laissant entendre que les agents auraient largement abusé de leur pouvoir pour surveiller des citoyens innocents.

Après que le journal Calcalist a révélé, dans un reportage qui n’a pas cité ses sources, les noms de 26 personnes qui auraient été espionnées par la police de manière illégale, lundi dernier, une enquête interne dont les résultats ont été transmis vingt-quatre heures plus tard au Premier ministre Naftali Bennett a affirmé que trois individus seulement avaient été espionnés sous contrôle de la justice – l’un d’entre eux avec succès.

Le ministère public mène actuellement l’enquête.

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