Rue des Rosiers : La Norvège donne un feu vert à l’extradition d’un suspect
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Rue des Rosiers : La Norvège donne un feu vert à l’extradition d’un suspect

La justice norvégienne examinait aujourd'hui la demande française d'extradition d'un homme d'origine palestinienne suspecté d'avoir participé à l'attentat de la rue des Rosiers

Walid Abdulrahman Abu Zayed faisant un V de la victoire lors d'une audience d'extradition devant le tribunal de district d'Oslo, le 25 septembre 2020. (Crédit : Terje Bendiksby / NTB / AFP)
Walid Abdulrahman Abu Zayed faisant un V de la victoire lors d'une audience d'extradition devant le tribunal de district d'Oslo, le 25 septembre 2020. (Crédit : Terje Bendiksby / NTB / AFP)

La justice norvégienne a jugé vendredi réunies les conditions légales d’une extradition vers la France d’un des auteurs présumés de l’attentat de la rue des Rosiers, qui avait fait six morts dans le quartier juif de Paris en 1982.

Susceptible d’appel, la décision du tribunal d’Oslo ne porte que sur la légalité d’une telle extradition, celle d’extrader ou non Walid Abdulrahman Abou Zayed revenant en dernier ressort au ministère norvégien de la Justice, voire au gouvernement réuni dans son intégralité devant le roi.

Arrêté le 9 septembre en Norvège où il vit depuis 1991, Walid Abdulrahman Abou Zayed, 61 ans, d’origine palestinienne, a plaidé son innocence et s’est opposé à une extradition.

« J’y suis opposé parce que je n’ai rien à voir avec cela », a-t-il déclaré devant le tribunal d’Oslo, où il est arrivé sous escorte policière en costume sombre rayé, faisant des signes de victoire de la main.

Le 9 août 1982, un commando de trois à cinq hommes avait lancé une grenade dans le restaurant Jo Goldenberg dans le « Pletzl », quartier juif historique de Paris, puis ouvert le feu dans l’établissement et contre des passants. L’attaque avait aussi fait 22 blessés.

Vu le mode opératoire et les renseignements dont disposait la France, l’opération avait rapidement été attribuée au Fatah-Conseil révolutionnaire (Fatah-CR) d’Abou Nidal, groupe palestinien dissident de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

La justice française soupçonne Abou Zayed, naturalisé norvégien en 1997, d’avoir été « l’un des tireurs de l’attentat ». Lui assure qu’il se trouvait à Monte-Carlo au moment de l’attentat.

Des pompiers et des infirmières s’occupent d’un blessé derrière le comptoir d’un restaurant juif Jo Goldenberg, situé dans la rue des Rosiers à Paris, après l’attaque terroriste perpétrée par des hommes armés dans le restaurant, le 9 août 1982. L’attaque a fait six morts et de nombreux blessés. (AP Photo/ Aulnay)

« Je n’aime pas la France »

La Norvège n’avait pas donné suite à une précédente demande de Paris en 2015 car elle n’extradait alors pas ses ressortissants. Mais l’entrée en vigueur l’an dernier d’un accord avec l’UE et l’Islande le lui permet désormais.

Selon la loi norvégienne, une décision d’extradition juridiquement contraignante doit « si possible » intervenir 45 jours au plus tard après une arrestation.

Vendredi, la représentante de l’accusation, Anne Karoline Bakken Staff, a estimé que les conditions juridiques étaient réunies pour extrader Abou Zayed vers la France avec, comme possible condition, l’exigence qu’il purge une éventuelle peine en Norvège.

« Je n’aime pas la France », a proclamé le suspect. « Je ne veux pas aller en prison en France. »

Son avocat, Ole-Martin Meland, a estimé que plusieurs conditions pour une extradition n’étaient pas réunies : absence de réciprocité – la France n’accepterait pas d’extrader ses ressortissants vers la Norvège —, prescription des faits en droit norvégien, santé défaillante de son client qui présenterait « deux diagnostics psychiatriques graves » qu’il n’a pas documentés…

La requête française est « extrêmement maigre », a-t-il fait valoir, avec pour seule preuve le témoignage d’Atef Abubaker, un ancien membre du groupe Abou Nidal, incriminant Abou Zayed. Celui-ci dit ne pas connaître ce témoin mais, selon lui, il dénoncerait des Palestiniens moyennant de l’argent.

« Nous ne pouvons expulser jeter un citoyen norvégien hors de Norvège sur la base d’allégations fumeuses », a plaidé l’avocat.

Les secours et la police rue des Rosiers, à Paris, après un attentat qui a fait six morts et 22 blessés, le 9 août 1982. (Crédit : Jacques Demarthon/AFP)

Accord secret

Les familles des victimes, qui espèrent un procès depuis près de quatre décennies, ont placé beaucoup d’espoirs dans une éventuelle extradition.

« C’est très important au niveau du symbole, surtout au vu de l’actualité judiciaire française avec le procès des attentats de janvier 2015, qu’une personne mise en cause soit mise en face de ses responsabilités », a déclaré à l’AFP David Père, avocat de l’Association française des victimes du terrorisme (AFVT).

« J’attends que cette extradition ait lieu », a pour sa part indiqué Romain Boulet, avocat de proches de victimes. « Nous sommes très impatients d’avoir les explications de ce monsieur et très curieux de ce qu’il aura à nous dire, en espérant que cette extradition puisse débloquer les situations en Jordanie et à Ramallah. »

La justice française a en effet émis quatre mandats d’arrêt internationaux dans cette affaire, notamment contre deux individus localisés en Jordanie et un autre en Cisjordanie, tous soupçonnés d’avoir été impliqués dans la préparation ou la perpétration de l’attaque.

La Jordanie a refusé à plusieurs reprises d’extrader les deux suspects présents sur son territoire, dont le cerveau présumé de l’attentat.

L’affaire est d’autant plus sensible qu’un éventuel accord secret passé à l’époque entre les renseignements français et le groupe Abou Nidal est régulièrement évoqué : les premiers se seraient engagés à une libération de prisonniers en contrepartie de l’engagement du groupe à ne pas perpétrer d’opération sur le sol français.

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