Saar, rival de Netanyahu: Je fais face à une campagne d’incitation et de menaces
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Saar, rival de Netanyahu: Je fais face à une campagne d’incitation et de menaces

Alors qu'il reste 16 jours pour éviter un 3e scrutin, l'élu du Likud dit que le Premier ministre qui a servi le plus longtemps est "politiquement indéfendable"

Gideon Saar, membre du parti du Likud, pendant la campagne électorale, durant une visite du marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 4 avril 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Gideon Saar, membre du parti du Likud, pendant la campagne électorale, durant une visite du marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 4 avril 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le député du Likud Gideon Saar, qui conteste la candidature du Premier ministre Benjamin Netanyahu à la direction du parti, a de nouveau demandé lundi que le parti tienne des élections primaires avant l’échéance du 11 décembre pour les nouvelles élections.

Après l’échec de la formation d’une coalition par Netanyahu et Benny Gantz, le dirigeant de Kakhol lavan, après les élections du 17 septembre, le pays est entré dans une période de grâce de 21 jours, jamais appliquée auparavant, durant laquelle tout député qui peut réunir une majorité de 61 sièges à la Knesset a la possibilité de former une coalition et de devenir Premier ministre.

Si aucun député ne parvient à obtenir 61 voix d’ici la fin de la période de 21 jours, qui se termine le 11 décembre à minuit, le pays connaîtra une troisième élection sans précédent en 12 mois. Netanyahu n’a pas non plus réussi à former un gouvernement après la course du 9 avril.

Saar a insisté lundi sur le fait que contrairement à Netanyahu, « je pourrai former un gouvernement à la Knesset actuelle et unir le pays ».

La candidature à la direction de Saar intervient après les 14 ans de règne de Netanyahu à la tête du parti et plus d’une décennie au poste de Premier ministre. Malgré son long règne – il est le Premier ministre israélien qui a servi le plus longtemps – Netanyahu est devenu politiquement vulnérable alors que les problèmes juridiques dans trois affaires de corruption se multiplient.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu serrant la main de ses partisans devant sa résidence officielle à Jérusalem, le 23 novembre 2019. (Capture d’écran : Twitter)

Jeudi, le procureur général Avichai Mandelblit, nommé par Netanyahu, a annoncé qu’il accuserait le Premier ministre de corruption, abus de confiance et fraude dans les affaires qui le concernent. C’était la première fois dans l’histoire d’Israël qu’un Premier ministre en exercice faisait face à une mise en accusation criminelle.

Netanyahu a contesté cette décision, a juré de rester et de combattre ce qu’il a appelé des enquêtes « entachées » et préjudiciables, et a accusé les enquêteurs de police et les procureurs de préparer une « tentative de coup d’Etat » pour le faire tomber.

« Netanyahu a d’énormes réalisations à son actif », a déclaré M. Saar dans une interview accordée lundi à la radio publique Kan. « Il a mené la lutte contre le glissement du pays sur la pente glissante du [processus de paix] d’Oslo. C’est pourquoi je l’ai soutenu même lorsque nous n’avons obtenu que 12 sièges [aux élections de 2006], et l’ai suivi dans d’innombrables élections. »

Mais, poursuit Saar, « aujourd’hui, il est politiquement indéfendable. Il ne peut pas former un gouvernement et ne pourra malheureusement pas le faire même après une troisième élection. Je sais que c’est dur, mais il doit le comprendre. »

Netanyahu avait essayé d’éviter de nouvelles primaires, mais avait finalement acquiescé dimanche soir à la demande des militants du parti, dirigé par Saar, pour une nouvelle course à la direction. Lors des entretiens qu’il a eus dimanche avec le député Haim Katz, qui préside le comité central du parti, M. Netanyahu a accepté de se soumettre au vote dans les six semaines qui viennent.

Le procureur général Avichai Mandelblit tient une conférence de presse au ministère de la Justice à Jérusalem annonçant sa décision d’inculper le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 21 novembre 2019. (Hadas Parush/FLASH90)

Selon la Douzième chaîne, alors que le Premier ministre « n’a pas exclu » d’accepter l’appel de Saar à faire campagne pour la direction dans les 16 jours restants afin d’éviter des élections générales, le scénario a été jugé peu probable pour des raisons logistiques.

L’idée de nouvelles élections dirigées par un futur chef de parti a poussé certains dirigeants du Likud, bien qu’anonymement, à exprimer leur frustration croissante face au refus de Netanyahu de se retirer.

« Si Netanyahu bloque les primaires pour des raisons techniques, il ne devrait pas être surpris si quelqu’un d’autre au Likud obtient soudainement 61 signatures », a déclaré dimanche à la Douzième chaîne un ministre du Likud non nommé.

Malgré cela, le défi lancé par Saar à Netanyahu a suscité la colère de certains des fidèles du parti. Le Likud a une longue tradition de ralliement autour de son chef ; le parti n’a eu que quatre dirigeants depuis la fondation d’Israël en 1948.

« Je fais l’objet d’une campagne d’incitation et de diffamation contre moi et ma famille », a déclaré Saar à Kan lundi, affirmant que certains « menaçaient de recourir à la violence. Quiconque me suit sur les médias sociaux voit ces menaces de violence ».

Des partisans du Premier ministre Benjamin Netanyahu manifestent devant la résidence du Premier ministre à la suite de l’annonce faite par le procureur général Avichai Mandelblit de son intention d’accuser Netanyahu pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires de corruption, le 21 novembre 2019. (Noam Revkin Fenton/FLASH90)

Il a juré que « rien de tout cela ne m’empêchera de faire ce qui est juste pour le Likud et le pays. Même si certains ne me comprennent pas, ils me comprendront parfaitement bien assez tôt, car si nous ne prenons pas ce chemin, le chemin original de notre mouvement, nous nous retrouverons dans une situation dangereuse. »

Saar a critiqué la famille Netanyahu comme étant la source de la diffamation, ajoutant, « Vous ne pouvez pas me faire peur. Je dors très bien la nuit, et je sais que ma famille et moi allons devoir faire face à beaucoup de calomnies, mais je savais que cela faisait partie de mon retour en politique ».

Saar, autrefois n°2 du Likud, a pris une pause soudaine de la politique en 2014 pour, avait-il dit, passer du temps avec son petit garçon. Il a annoncé son retour à la politique trois ans plus tard, et lors de la course des primaires du Likud en février 2019, il a remporté la cinquième place sur la liste du parti à la Knesset.

Netanyahu a voulu paraître optimiste lors de sa visite sur la frontière nord dimanche, en insistant sur le fait que l’agitation juridique n’avait pas entravé sa capacité à gouverner.

« Je fais tout ce qui est nécessaire pour m’assurer que le travail du gouvernement et du cabinet est fait de toutes les manières nécessaires pour assurer la sécurité des citoyens d’Israël », a-t-il déclaré à un journaliste. Il a insisté sur le fait qu’il s’acquittait de ses fonctions « de la meilleure façon possible, par dévouement suprême à la sécurité d’Israël », et que ses décisions sont « fondées et mes décisions ont été très bonnes ».

Les membres du Likud, Gideon Saar (à droite), Gilad Erdan (2D), Miri Regev (2G) et Ofir Akunis (G), lors d’une réunion de la faction du Likud à Jérusalem, après les résultats des élections, le 18 septembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Plus précisément, un journaliste lui a demandé s’il réclamerait l’immunité parlementaire pour éviter des poursuites – ce qu’il aurait longtemps cherché à obtenir, mais il a régulièrement nié s’en préoccuper – et le Premier ministre a refusé de répondre.

« Eh bien, maintenant, vous posez des questions beaucoup plus compliquées », a-t-il dit au journaliste, en le tapotant sur le bras tout en s’éloignant.

Suite aux informations selon lesquelles Mandelblit est sur le point d’émettre un avis juridique formel sur la question de savoir si Netanyahu, alors qu’il fait face à une mise en accusation, serait éligible pour la tâche de former une coalition, la Douzième chaîne a déclaré dimanche que le procureur général n’avait pas prévu de le faire immédiatement.

Dimanche, il y a également eu d’intenses querelles publiques entre Saar et l’ancien maire de Jérusalem, Nir Barkat, aujourd’hui membre du Likud. Le député Barkat, considéré comme un futur candidat possible à la succession de Netanyahu, s’est placé fermement dans le camp du Premier ministre dans l’après-midi lorsqu’il a déclaré que l’appel de Saar pour des primaires « n’est pas innocent », mais plutôt « une tentative pour évincer le président élu et le Premier ministre, contournant les procédures constitutionnelles du parti et au mépris total de ce que la majorité des membres du Likud veut ».

Barkat lui-même avait demandé plus tôt dans la journée un plan pour la tenue de primaires pour un nouveau poste de chef adjoint du parti qui remplacerait Netanyahu s’il était obligé de prendre un congé pour s’occuper des actes d’accusation contre lui.

Nir Barkat (au centre) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) lors d’une réunion spéciale du cabinet pour Yom Yeroushalayim à la source Ein Lavan à Jérusalem, le 2 juin 2016. (Marc Israel Sellem/Pool)

Barkat a déclaré son soutien à Netanyahu, en disant : « Nous devons rester à ses côtés », et a accusé les députés anti-Netanyahu du Likud de « coordonner ouvertement les messages avec les membres de gauche de la Knesset, en essayant de persuader les députés du Likud de déserter et de former un gouvernement de gauche. »

Saar, à son tour, a publié un communiqué notant que Barkat était autrefois un membre du parti centriste Kadima.

« Alors que je me battais pour un Likud qui n’avait plus que 12 sièges [à la Knesset après les élections de 2006], Barkat sirotait du champagne au siège de Kadima, dont il était membre », a dit Saar sur Twitter. Il a accusé Barkat de mener une « campagne d’incitation » contre lui. « Barkat, écoutez-moi : On ne peut pas acheter des membres du Likud avec de l’argent, ni des dirigeants avec des zigzags et des clins d’œil », a écrit Saar à propos du millionnaire de la high-tech.

De nombreux dirigeants du Likud, dont le président de la Knesset, Yuli Edelstein, et le ministre de la Sécurité publique, Gilad Erdan, sont manifestement silencieux depuis jeudi, refusant même de répondre aux questions directes des journalistes.

S’exprimant anonymement, certains ministres du Likud ont révélé leur inquiétude dimanche, se plaignant sur le site d’informations Ynet que les conseillers de Netanyahu leur demandaient de prendre publiquement position contre le ministère public. Le rapport indique que le bureau de Netanyahu a demandé aux députés du Likud et aux ministres du gouvernement d’assister à un rassemblement mardi au musée de Tel Aviv qui comprendrait des appels pour enquêter sur les procureurs de Netanyahu pour des méfaits présumés et des critiques à l’endroit du procureur général.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le ministre de la Défense Naftali Bennett lors d’une visite sur la frontière nord, le 24 novembre 2019. (Haim Zach/GPO)

Beaucoup ont dit qu’ils n’y assisteraient pas, et certains ont dit qu’ils iraient, mais qu’ils étaient mal à l’aise à ce sujet.

« Quel est le thème de cette manifestation ? » a demandé un haut responsable du Likud, selon Ynet. « On nous demande de participer à une manifestation qui comprendra des critiques avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord contre l’accusation et le procureur général. Ils parlent d’un « coup d’Etat ». Cela ne convient pas à tout le monde.

« Le fait qu’ils exigent notre présence et que notre refus soit perçu comme une déloyauté est malsain. »

Un autre responsable du Likud a été plus direct. « Je peux critiquer l’accusation, mais il y a une grande différence entre cela et accuser Mandelblit d’avoir piégé [Netanyahu] ou de prétendre qu’il y a un coup d’État en cours », a-t-il dit.

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