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Saeed Roustaee à Cannes: « en Iran, il y a des lignes rouges et elles sont nombreuses »

La censure s'exerce à deux niveaux : le gouvernement doit "valider" le scénario et "vérifier" que le contenu du film est conforme à ses exigences

Le réalisateur iranien Saeed Roustayi pose lors d'une séance de portrait en marge de la 75e édition du Festival de Cannes, à Cannes, le 26 mai 2022. (Crédit : LOIC VENANCE / AFP)
Le réalisateur iranien Saeed Roustayi pose lors d'une séance de portrait en marge de la 75e édition du Festival de Cannes, à Cannes, le 26 mai 2022. (Crédit : LOIC VENANCE / AFP)

« Il y a des lignes rouges » à ne pas dépasser en Iran si les réalisateurs veulent tourner des films, raconte jeudi à l’AFP le jeune prodige du cinéma iranien, Saeed Roustaee, qui a fait ses débuts en compétition à Cannes avec « Les frères de Leïla ».

Après le succès de son polar « La loi de Téhéran » (2021) sur le business de la drogue et sa répression par le régime des mollahs, Saeed Roustaee, 32 ans, revient avec un film fleuve sur une famille au bord de l’implosion.

Celui qui incarne la nouvelle garde du cinéma iranien raconte à l’AFP la difficulté de réaliser des films dans son pays, où la censure est la règle. Censure que les réalisateurs doivent apprendre à gérer s’ils veulent continuer à travailler.

« En Iran, il y a des lignes rouges et elles sont nombreuses », affirme-t-il.

Mi-mai, des cinéastes et acteurs iraniens, dont les réalisateurs primés Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof, ont dénoncé l’arrestation de plusieurs de leurs collègues en Iran.

Interrogé sur ces arrestations, Saeed Roustaee explique ne pas connaître les tenants et les aboutissants de cette affaire mais ne se montre pas surpris pour autant: « Vous pouvez très facilement être arrêtés si vous ne respectez pas ces lignes rouges ».

« Pour pouvoir tourner en Iran, vous avez d’abord besoin d’un permis. L’obtention de ce permis est un processus. Lorsque vous finissez par l’obtenir vous pouvez commencer à tourner. Mais il vous faudra demander un autre permis pour le distribuer dans les salles de cinéma », détaille-t-il.

Une censure qui s’exerce donc à deux niveaux : la première permet au gouvernement de « valider » le scénario et la seconde de « vérifier » que le contenu du film est conforme à ses exigences. Si cela venait à ne pas être le cas, le gouvernement demandera des « changements ».

« Films clandestins »

Si le réalisateur refuse, le film ne sera pas diffusé dans le pays.

« Pour mon précédent film, il m’a fallu près d’un an pour obtenir le premier permis », raconte-t-il.

Encore aujourd’hui, le cinéaste n’a pas la certitude que « Les frères de Leïla » pourra être diffusé en Iran. S’il a obtenu le premier permis de la part du gouvernement d’Hassan Rohani, rien ne lui assure que la nouvelle présidence conservatrice, incarnée par Ebrahim Raïssi, va lui accorder le permis pour la diffusion.

Le réalisateur iranien Saeed Roustayi (C) prend la parole lors d’une conférence de presse pour le film « Les frères de Leila » avec (de gauche à droite) l’acteur américano-iranien Payman Maadi, l’actrice iranienne Taraneh Alidoosti, l’acteur iranien Navid Mohammadzadeh et l’acteur iranien Saeed Poursamimi lors de la 75e édition du Festival de Cannes, à Cannes, le 26 mai 2022. (Crédit : Julie SEBADELHA / AFP)

Face à cette censure, « beaucoup de directeurs font le choix de ne plus demander le permis de diffusion et font ce qu’ils appellent des films clandestins (…) qu’il envoient à l’étranger », rapporte-t-il.

Dans ces conditions, a-t-il déjà pensé quitter son pays ? « Non, rétorque-t-il sans sourciller. C’est là où nous avons nos racines. C’est notre pays, c’est chez nous ».

Révélé par son deuxième film « La loi de Téhéran » — le premier n’est jamais sorti en France — qui a été un succès public et critique, Saeed Roustaee, réalise ses premiers courts-métrages à l’âge de 15 ans, avant d’intégrer une école de cinéma.

« Pour moi, le plus important est de raconter une histoire (…) ensuite et seulement ensuite vient le contenu. S’il peut être humaniste et rendre hommage à la classe sociale (populaire, ndlr) d’où je viens, tant mieux », dit-il.

« Ma première intention et ma première passion est de faire des films », insiste-t-il.

Quand l’AFP lui demande ses inspirations, un film et un seul lui vient en tête: « Le Trou » (1960) de Jacques Becker, sur des détenus préparant leur évasion. La raison ? Le trentenaire, pas très à l’aise avec l’exercice de l’interview, ne le dira pas.

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