Selon le roi jordanien, Amman empêche la « judaïsation » des lieux saints de Jérusalem
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Selon le roi jordanien, Amman empêche la « judaïsation » des lieux saints de Jérusalem

Le roi Abdallah II explique que le royaume hachémite remplit son rôle historique et légal pour protéger le mont du Temple et assure la conservation du statu-quo

Le roi Abdallah II de Jordanie lors d'une conférence de presse avec le président américain Donald Trump au Rose Garden à la Maison Blanche, le 5 avril 2017 (Crédit : AFP Photo / Brendan Smialowski)
Le roi Abdallah II de Jordanie lors d'une conférence de presse avec le président américain Donald Trump au Rose Garden à la Maison Blanche, le 5 avril 2017 (Crédit : AFP Photo / Brendan Smialowski)

Le roi de Jordanie Abdallah II a salué samedi la gestion par son pays de la crise du mont du Temple à Jérusalem ces dernières semaines et a indiqué que son pays continuerait à assumer son « rôle historique » de protection des « lieux saints islamiques et chrétiens » dans la ville, en empêchant leur « judaïsation » tout en garantissant le statu-quo au sein du complexe sensible.

S’adressant à un groupe de journalistes locaux, le souverain jordanien a indiqué qu’Amman travaillait de manière continuelle à « contenir les ramifications » des mesures de sécurité imposées aux entrées du mont du Temple en Israël, site connu par les musulmans sous le nom de Haram al-Sharif et qui accueille la mosquée Al-Aqsa et le Dôme du rocher, et à mettre la pression sur Israël pour que l’Etat juif retire les installations « par le biais de notre positionnement commun avec nos frères palestiniens ».

Israël a pris l’initiative rare de fermer brièvement le mont du Temple suite à l’attentat terroriste commis le 14 juillet lors duquel trois arabes israéliens ont tué deux policiers à l’aide d’armes qu’ils avaient introduites clandestinement dans le lieu saint. Le site a été rouvert quarante-huit heures après, avec des détecteurs de métaux et des caméras placés à l’entrée.

L’introduction des nouvelles mesures de sécurité israéliennes, notamment les détecteurs de métaux et les caméras, ont déclenché des affrontements quasi-quotidiens entre manifestants palestiniens et forces de sécurité israéliennes dans la Vieille ville et dans ses environs, à Jérusalem-Est en en Cisjordanie. Elle a également entraîné un boycott des fidèles musulmans qui ont menacé de ne pas retourner sur le site jusqu’au retrait définitif de toutes ces installations.

Les forces de sécurité israéliennes devant les fidèles palestiniens musulmans qui prient aux abords de la Porte des Lions, l'une des entrées principales vers le complexe du mont du Temple de la Vieille ville de Jérusalem, le 19 juillet 2017 (Crédit : Ahmad GHARABLI/AFP PHOTOS)
Les forces de sécurité israéliennes devant les fidèles palestiniens musulmans qui prient aux abords de la Porte des Lions, l’une des entrées principales vers le complexe du mont du Temple de la Vieille ville de Jérusalem, le 19 juillet 2017 (Crédit : Ahmad GHARABLI/AFP PHOTOS)

La Jordanie, gardienne du mont du Temple, et les Palestiniens ont mis une forte pression pour qu’Israël retire les mesures de sécurité durant ces presque deux semaines de violence. Dans le cadre de ces tensions, a eu lieu vendredi dernier un attentat terroriste au cours duquel trois membres d’une même famille, qui prenaient leur repas de Shabbat, ont été mortellement poignardés dans l’implantation de Halamish en Cisjordanie.

Israël a supprimé les mesures dans la matinée de jeudi et les fidèles musulmans sont retournés prier au sein du complexe en fin d’après-midi de la même journée. Les prières du vendredi se sont déroulées sans incident sur le site.

Le souverain jordanien a fait savoir samedi qu’il « est important de souligner la nécessité de garantir le plein respect du statu-quo historique et légal à Haram al-Sharif pour empêcher que ne survienne à nouveau une telle crise ».

« Nous remplissons notre rôle historique, politique et légal et nous offrons une couverture pour empêcher la judaïsation des lieux saints, malgré l’ampleur et la difficulté de ces défis », a-t-il dit.

Le sort du mont du Temple est une question excessivement sensible au coeur du conflit israélo-palestinien. Même le plus petit changement perçu dans les arrangements délicats relatifs au site attise les tensions. Dans le cadre du statu-quo mis en place lors de la victoire de 1967 d’Israël, qui a capturé cette année-là Jérusalem-Est et la Cisjordanie, Israël assure la sécurité sur le mont du Temple mais c’est une autorité religieuse jordanienne qui administre le site. Les non-musulmans peuvent y accéder mais ne peuvent y prier.

Les Juifs vénèrent le complexe comme étant le mont du Temple, ce lieu où se dressaient les deux temples bibliques juifs. C’est le site le plus sacré du judaïsme et le mur Occidental, situé à proximité – qui est un vestige de l’un des Temples – est le lieu de prière le plus saint pour les Juifs. Le mont du Temple est également le troisième site le plus vénéré dans l’Islam après la Mecque et Médine en Arabie saoudite. Les musulmans pensent que c’est de là que le prophète Mahomet est monté aux cieux.

Abdallah II s’est également référé samedi à la crise diplomatique survenue cette semaine entre Amman et Jérusalem après la mort, dimanche dernier, de deux Jordaniens tués par balles par un garde de sécurité israélien rattaché à l’ambassade de l’Etat juif à Amman. Parmi les deux morts, un adolescent qui avait poignardé l’agent de police, une attaque qualifiée de « nationaliste » par le ministère israélien des Affaires étrangères. Israël, pour sa part, a fait savoir que le garde avait ouvert le feu en légitime défense.

« Un membre du personnel de l’ambassade israélienne à Amman a tué deux de nos fils. Nous consacrerons toute notre énergie et les ressources de l’Etat jordanien à garantir que la justice suivra son cours », a déclaré le roi, selon une traduction fournie dans le Jordan Times.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre, le 25 juillet 2017, l'ambassadrice israélienne en Jordanie Einat Schlein et le garde de la sécurité 'Ziv,' qui a tué par arme à feu deux Jordaniens alors que l'un d'eux l'avait attaqué au couteau (Crédit : Haim Zach/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre, le 25 juillet 2017, l’ambassadrice israélienne en Jordanie Einat Schlein et le garde de la sécurité ‘Ziv,’ qui a tué par arme à feu deux Jordaniens alors que l’un d’eux l’avait attaqué au couteau (Crédit : Haim Zach/GPO)

La Jordanie a réclamé que le garde soit interrogé par ses forces de sécurité mais Israël a refusé, citant son immunité diplomatique. C’est simplement après l’intervention des Etats-Unis qu’Amman a autorisé le garde et le reste du personnel de l’ambassade à quitter la Jordanie, ce qu’ils ont fait lundi.

La Jordanie s’est également offusquée de l’accueil chaleureux de Netanyahu au garde – ce dernier est connu sous le nom seul de Ziv – le roi ayant demandé la tenue d’un procès. Abdallah a accusé Netanyahu de « mise en scène politique », disant qu’il utilisait ce « crime pour marquer des points politiques » après que le chef israélien a publié des photos de lui en train d’embrasser le garde.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 25 juillet 2017, avec l'agent de sécurité 'Ziv' qui a abattu deux jordaniens alors qu'il était poignardé par l'un d'entre eux au à l'ambassade d'Israël à Amman, en Jordanie le 23 juillet (Crédit : Haim Zach / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 25 juillet 2017, avec l’agent de sécurité ‘Ziv’ qui a abattu deux jordaniens alors qu’il était poignardé par l’un d’entre eux au à l’ambassade d’Israël à Amman, en Jordanie le 23 juillet (Crédit : Haim Zach / GPO)

Le souverain a répété ce sentiment samedi, disant que Netanyahu était dans l’obligation « d’honorer ses responsabilités et d’adopter les mesures légales nécessaires pour s’assurer que le meurtrier sera jugé et que justice sera rendue plutôt que d’exhiber un art de la mise en scène pour gérer ce crime, dans le seul but est de marquer des points politiques personnels ».

« Une telle conduite est hautement détestable et provocatrice. Elle nous met tous en colère, elle menace la sécurité régionale et elle attise l’extrémisme. C’est absolument inacceptable », a-t-il continué.

Jeudi, la Jordanie a accusé le garde de meurtre par contumace et a fait savoir que le personnel de l’ambassade ne serait pas autorisé à revenir dans le pays avant la conduite d’une enquête appropriée. Vendredi, la Jordanie a transmis à Israël les résultats de son enquête sur la fusillade et réclamé que le garde soit poursuivi sous les termes des lois internationales.

Dans la fin de la journée de vendredi, Israël a annoncé ouvrir également une enquête sur l’incident.

Des manifestants jordaniens brandissent des drapeaux nationaux et scandent des slogans durant une manifestation à proximité de l'ambassade israélienne dans la capitale d'Amman, le 28 juillet 2017, appelant à la fermeture de l'ambassade, au renvoi de l'ambassadeur et à l'annulation du traité de paix de 1994 avec Israël. (Crédit : KHALIL MAZRAAWI/AFP)
Des manifestants jordaniens brandissent des drapeaux nationaux et scandent des slogans durant une manifestation à proximité de l’ambassade israélienne dans la capitale d’Amman, le 28 juillet 2017, appelant à la fermeture de l’ambassade, au renvoi de l’ambassadeur et à l’annulation du traité de paix de 1994 avec Israël. (Crédit : KHALIL MAZRAAWI/AFP)

Vendredi également, Abdallah II a remercié le président américain Donald Trump lors d’un appel téléphonique pour le rôle de son administration qui a aidé à apaiser les tensions et souligné l’importance de l’approfondissement des liens américano-jordaniens « pour éviter que de telles crises ne surviennent à nouveau », selon une déclaration faite à la presse jordanienne.

« Les deux leaders ont déclaré qu’ils avaient été encouragés par les efforts livrés pour apaiser les tensions et par les progrès qui ont été réalisés », a expliqué la porte- parole de la Maison Blanche, Sarah Huckabee Sanders dans une déclaration. « Ils ont prévu de continuer et de rester en étroite communication ». Le président Trump a également souligné le rôle important tenu par la Jordanie dans la sécurité régionale.

L’envoyé de Trump Jason Greenblatt est envoyé cette semaine dans la région pour y rencontrer Netanyahu et l’ambassadeur américain en Israël David Friedman à Jérusalem lundi, avant de partir à Amman mardi pour y tenir des rencontres visant à mettre un terme à la crise.

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