Seth Rogen et l’apprentissage du yiddish pour son rôle dans « American Pickle »
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Interview

Seth Rogen et l’apprentissage du yiddish pour son rôle dans « American Pickle »

Avant de recevoir un prix du Workmen's Circle, l'acteur canadien parle du tournage du film très juif dans la foulée de l'attaque de la fusillade contre une synagogue de Pittsburgh

Seth Rogen arrive à la première à Los Angeles de "Game Over, Man!", le mercredi 21 mars 2018 à Los Angeles (Willy Sanjuan / Invision / AP)
Seth Rogen arrive à la première à Los Angeles de "Game Over, Man!", le mercredi 21 mars 2018 à Los Angeles (Willy Sanjuan / Invision / AP)

THE NEW YORK JEWISH WEEK — L’année prochaine, Seth Rogen jouera un rôle résolument juif, dans « American Pickle », un film basé sur une nouvelle de Simon Rich. Rogen incarnera Herschel Greenbaum, un immigrant yiddishophone qui arrive aux Etats-Unis au début du 20e siècle, qui tombe dans un tonneau de cornichons. Quand il en sort, intact et bien conservé, il se retrouve en 2018, à Brooklyn et doit se faire à sa nouvelle vie et à son unique descendant, son arrière-petit-fils développeur informatique.

Le 2 décembre, Rogen s’est servi du yiddish qu’il a appris pour son rôle au dîner des Workmen’s Circle, une organisation qui se consacre à la promotion de l’identité juive sur la base de la justice sociale et du yiddish. Rogen et son père, qui ont déjà travaillé pour cette organisations, ont reçu le prix de l’Activisme de Génération en Génération.

Nous nous sommes entretenus avec le comédien, acteur et producteur du comédien de 37 ans, avant la remise des prix. Voici une transcription de l’interview.

Jewish Week : Quand j’ai dit à ma grand-mère que vous étiez honoré par le Workmen’s Circle, elle m’a dit que vous deviez être un très bon communiste. [Workmen’s Circle était autrefois une organisation socialiste.] Alors, êtes-vous communiste ?

Seth Rogen : [Rires] Plus maintenant, je garde mon argent. Mes parents se sont rencontrés dans un kibboutz, ils sont assez socialistes, et je suis Canadien, et au Canada, les gens sont plus socialistes qu’en Amérique. J’ai appris que la différence entre le Communisme avec un grand C, et le communisme, avec un C minuscule, n’était pas si mauvaise.

Seth Rogen, Anthony Mackie et Joseph Gordon-Levitt dans l’émission ‘The Night Before’ de Jonathan Levine’s (Crédit : Columbia Pictures/via JTA)

Pourquoi est-ce si important pour vous d’être impliqué dans la justice sociale à travers une organisation spécifiquement juive ?

Cela a joué un rôle capitale dans ma vie. Quand j’ai emménagé à Los Angeles, à 17 ans, et que j’ai commencé à travailler, mon père travaillait au Workmen’s Circle, et il semblait en profiter. Mes grands-parents parlaient yiddish, il appelait ça « juif » et je pense que lorsque l’on fait partie d’un groupe qui est ciblé, dans le monde entier, se rassembler et travailler au sein de cette communauté peut apporter un certain confort, et je pense que c’est ce que j’ai retrouvé durant toute ma vie.

A un très jeune âge, mon père m’a dit que tout le monde haïssait les Juifs et qu’il fallait en être conscient, et que c’est pour cela que c’était une bonne chose, de temps à autre, de faire des choses qui impliquaient uniquement des Juifs parce qu’au moins, on sera entouré de gens qui ne nous haïssent pas.

Avez-vous l’impression que votre perception de vous et de votre judéité correspond à la façon dont vous vous voyez vous-même ?

Ce n’est pas quelque chose dont je me suis vraiment éloigné, c’est quelque chose qui a toujours été une très grande partie de ma vie, bien que je ne sois pas une personne observante ni particulièrement religieuse. L’une des grandes choses quand on est juif, c’est qu’on ne peut pas croire en un quelconque judaïsme et qu’on est toujours juif. Les premières blagues que j’ai écrites portaient sur ce sujet, étaient inhérentes à mon identité.

Définiriez-vous votre humour comme juif ?

Je pense que si vous regardez tous nos films, ils comportent chacun une sorte de blague juive. Et donc je comprends pourquoi… Je pense aussi que c’est une façon légèrement antisémite [que] parfois les non-juifs aiment catégoriser les choses que les Juifs font. Beaucoup de gens qualifieraient Seinfeld d’humour juif, je ne sais pas si je considérerais tout cela comme de l’humour juif, et pour moi le terme humour juif, c’est comme si à moins de chanter en hébreu ou en yiddish, ce n’est pas vraiment de l’humour juif, c’est peut-être de l’humour sur le sujet du judaïsme.

Plus l’humour est personnel, plus les gens l’aiment.

Je ne considère pas cela comme de l’humour juif, et si ça l’était, j’aurais beaucoup plus de succès, parce qu’il n’y a pas assez de Juifs en Amérique pour me soutenir. Un humour précis n’est pas lié au judaïsme. Plus l’humour est personnel, plus les gens l’aiment. Plus les gens voient que vous y incorporez votre vie, votre sensibilité, votre travail, plus ils l’apprécient. Même si c’est différent d’eux, ils peuvent s’identifier.

Vous avez tourné votre prochain film, « American Pickle » qui sort en mars et qui est très juif, à Pittsburgh, juste après la fusillade de la synagogue Tree of Life. Comment était-ce ?

C’était étrange et déstabilisant. Nous étions à Pittsburgh au moment de l’attaque et nous tournions l’un des films les plus juifs possible. Mais d’une certaine manière, j’ai ressenti – et c’est évidemment terrible, traumatisant et surréaliste – une certaine fierté à être à Pittsburgh à ce moment-là pour réaliser quelque chose d’ouvertement juif.

Il y avait une certaine fierté à être à Pittsburgh à ce moment-là pour réaliser quelque chose d’ouvertement juif.

Je pense qu’il y une forme de fuite dans ces moments, et c’est normal et le contraire l’est aussi. Il faut se sentir fort et occuper davantage d’espace au lieu de se faire petit, et c’est un peu ce que j’avais l’impression que nous faisions.

Nous étions à quelques kilomètres de l’endroit où est survenue la pire attaque antisémite (ndlr : de l’histoire des Etats-Unis). Nous tournions l’un des films à thème juif les mieux financés dont j’ai connaissance. C’était comme si deux forces opposées occupaient le même espace, et c’était un bon feeling, d’une certaine manière, d’occuper cet espace. Ça a permis de réaffirmer les nombreux thèmes que l’on aime à ce sujet.

Un mémorial pour les victimes de la tuerie de la Synagogue Arbre de vie à Pittsburgh. (Hane Grace Yagel via JTA)

Qu’est ce qui vous a amené à faire ce film ?

Le début retrace essentiellement le parcours que les familles de mes grands-parents ont emprunté, à l’instar de la plupart des familles juives. Ça commence en Europe de l’est, dans le « Vieux continent », avec les cosaques qui tentent de tuer tous les Juifs et les Juifs contraints de fuir et d’immigrer en Amérique. C’était intéressant de se rappeler que la raison pour laquelle je suis là, et pour laquelle la quasi-totalité des Juifs que je connais sont en Amérique du nord, c’est parce que l’on a tenté de nous éradiquer et de nous chasser de nos pays d’origine, en Ukraine, en Pologne, en Europe de l’est et je pense que c’est quelque chose auquel les Juifs ne pensent pas si souvent que ça : nous sommes ici parce que tout le monde voulait nous tuer.

Le fait que nous dramatisions ce film, et dramatisions les quelques semaines qui ont suivi l’attaque, il y avait quelque chose qui réaffirmait notre intention, c’est que ce n’est pas une histoire que l’on voit souvent. Mais elle reste pertinente. Il y a toujours certaines personnes qui sont visés. Ce n’est pas parce que nous sommes ici maintenant que, pour une raison quelconque, les gens ne veulent pas nous rayer de la planète. C’était donc une convergence de choses très intéressantes.

Pouvez-vous me dire comment c’était d’apprendre le yiddish pour le rôle ?

C’était difficile. C’est une langue étrange. Je parle assez bien hébreu, et je parle bien l’anglais aussi, donc je pensais, mais non…  Ça a été très difficile pour moi, ce n’était pas comment apprendre une nouvelle langue. C’était comme apprendre du charabia. Je ne comprenais pas ce que chaque mot voulait dire… Je devais juste mémoriser les sons, parce que j’avais deux mots à dire en anglais, puis basculer vers le yiddish pour trois phrases… Je ne comprenais rien mais j’ai fait de mon mieux.

Avez vous l’intention de continuer à apprendre ? 

[Rires] Non, je n’ai pas l’oreille pour les langues. Ça ne coulait pas dans mes veines. Je n’ai plus le gène yiddish récessif.

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