Seule la moitié des décès d’ouvriers font l’objet d’une enquête (média)
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Seule la moitié des décès d’ouvriers font l’objet d’une enquête (média)

Alors que le taux de décès des ouvriers en Israël est l’un des plus élevés de l’Occident, le manque de coordination au sein du gouvernement engendre des négligences

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Les sauveteurs sur le site de l'effondrement d'un parking dans le quartier Ramat HaHayal, dans le nord de Tel Aviv, qui a tué six personnes, le 5 septembre 2016. (Crédit : AFP/Gil Cohen-Magen)
Les sauveteurs sur le site de l'effondrement d'un parking dans le quartier Ramat HaHayal, dans le nord de Tel Aviv, qui a tué six personnes, le 5 septembre 2016. (Crédit : AFP/Gil Cohen-Magen)

Les autorités n’enquêtent pas sur les décès des ouvriers sur des chantiers, et les mauvaises pratiques des différentes institutions gouvernementales permettent aux négligences de se développer, aurait conclu une étude non
publiée de la Knesset.

Seulement la moitié des décès ayant eu lieu sur des chantiers entre 2011 et 2015 ont fait l’objet d’une enquête, selon l’étude menée par le Centre de recherche et d’information de la Knesset, et dans plus de 50 % des cas, ces enquêtes ont été closes en raison de données non concluantes, a annoncé mercredi la radio publique israélienne.

Selon le reportage, le faible taux d’enquête est dû à un manque de coordination entre les trois autorités responsables : l’administration de la sécurité, le bureau du procureur de l’Etat, et la police. Dans certains cas compris dans le rapport, certaines des autorités n’ont été informées d’un accident que six mois après.

Ces conclusions interviennent un mois après la mort de six ouvriers dans l’effondrement d’un parking de quatre étages en cours de construction dans le quartier de Ramat HaHayal, dans le nord de Tel Aviv.

Les secouristes sur le site d'un effondrement d'un parking dans le quartier de Ramat Hahayal  à Tel Aviv, le 5 septembre 2016. (Crédit : AFP/Gil Cohen-Magen)
Les secouristes sur le site d’un effondrement d’un parking dans le quartier de Ramat Hahayal à Tel Aviv, le 5 septembre 2016. (Crédit : AFP/Gil Cohen-Magen)

Suite à l’accident mortel, des députés avaient renouvelé leurs appels pour l’amélioration des normes de sécurité sur les chantiers et lancé une enquête parlementaire sur les décès des ouvriers.

Le taux de décès ouvrier en Israël est l’un des plus élevés parmi les pays occidentaux, et le double de la moyenne de l’Union européenne, selon les conclusions d’un rapport publié en mai par le ministère de l’Economie et l’Institut d’assurance national.

Le président de la commission du Travail et des Affaires sociales de la Knesset, le député Eli Alaluf (Koulanou), qui a été à la tête des efforts pour imposer des amendes et des peines de prison aux promoteurs qui n’assuraient pas la sécurité de leurs ouvriers, a déclaré que l’effondrement de septembre aurait pu être empêché.

« Malheureusement, cette tragédie que nous voyons à nouveau et que nous avions prévue s’est à nouveau jouée devant nos yeux », a-t-il déclaré.

Elie Alaluf, député Koulanou et président de la commission de la santé, du travail et des affaires sociales de la Knesset, le 30 juin 2014. (Crédit : Flash90)
Elie Alaluf, député Koulanou et président de la commission de la santé, du travail et des affaires sociales de la Knesset, le 30 juin 2014. (Crédit : Flash90)

Bien que les accidents sur des chantiers soient fréquents en Israël, la plupart des employés du secteur de la construction du pays sont des Palestiniens ou des étrangers, et le sujet est rarement au centre de l’attention publique.

En 2015, 34 ouvriers sont morts pendant qu’ils travaillaient sur des chantiers. La majorité d’entre eux, 21 sur 34, a chuté.

Selon un article publié en avril par Haaretz, 15 personnes sont décédées dans des accidents de chantiers au premier trimestre 2016. Le ministère de l’Economie a conclu que dans la moitié des cas, il n’y avait pas eu de sanctions à l’encontre des promoteurs suite aux décès, selon l’article.

Projet de loi sur la sécurité dans la construction

En août, la Knesset a voté un projet de loi qui s’attaque au problème des accidents du travail sur les chantiers en appliquant une fermeture automatique de tout chantier où un ouvrier meurt ou est grièvement blessé, ainsi qu’en imposant des amendes ou des peines de prison pour les propriétaires qui ne solutionnent pas les problèmes de sécurité.

Ayman Odeh, député de la Liste arabe unie, rend visite à une des victimes de l'effondrement d'un immeuble en construction à Tel Aviv à l'hôpital Ichilov, le 5 septembre 2016. La victime a donné son accord pour être photographiée. (Crédit : porte-parole de la Liste arabe unie)
Ayman Odeh, député de la Liste arabe unie, rend visite à une des victimes de l’effondrement d’un immeuble en construction à Tel Aviv à l’hôpital Ichilov, le 5 septembre 2016. La victime a donné son accord pour être photographiée. (Crédit : porte-parole de la Liste arabe unie)

Le projet de loi demande une fermeture de deux jours de tout chantier où il y a eu un mort et/ou un blessé grave. De plus, les inspecteurs du travail seront autorisés à fermer le site pour trois jours supplémentaires si les normes de sécurité sont inadaptées.

Les inspecteurs seront également autorisés à ordonner la correction des problèmes de sécurité. Les propriétaires des sites de construction qui ne se conforment pas risqueront deux ans de prison ou 75 000 shekels (environ 17 900 euros) d’amende. La loi dispose également que pendant toute la durée de la fermeture, les ouvriers continuent d’être payés.

En juillet, la commission de la Santé, du Travail et des Affaires sociales de la Knesset avait approuvé le projet de loi pour une deuxième et une troisième lecture en plénière, où il a été voté en août.

Alaluf, le président de la commission, avait déclaré pendant la réunion de juillet que « tous les jours il y a des accidents. Il y a un problème structurel. Notre objectif n’est pas de fermer un chantier, mais de le corriger. »

La loi a eu des opposants parmi les promoteurs, qui rechignent face à de potentielles fermetures.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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