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UNE ALLIANCE VISANT À REDORER LEUR BLASON

Shaked et Hendel leaders de la droite en difficulté, s’unissent avec Esprit sioniste

Les chefs des partis fusionnés Yamina et Derech Eretz disent vouloir former un gouvernement d'unité avec le Likud de Netanyahu et le centre-gauche, mais pas les Arabes

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Ayelet Shaked tient une conférence de presse avec Yoaz Hendel pour annoncer le lancement de leur parti Esprit sioniste à Kfar Maccabiah à Ramat Gan, le 27 juillet 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Ayelet Shaked tient une conférence de presse avec Yoaz Hendel pour annoncer le lancement de leur parti Esprit sioniste à Kfar Maccabiah à Ramat Gan, le 27 juillet 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Avec la promesse d’aller au-delà des clivages mais sans coopérer avec les partis arabes, Ayelet Shaked a relancé le parti de droite Yamina mercredi, en joignant ses forces à celles du leader du parti Derech Eretz, Yoaz Hendel, et en rebaptisant la liste commune « Esprit sioniste » (Harouah Hatzionit).

Ensemble après avoir signé un accord d’alliance, Shaked a déclaré que la nouvelle faction travaillerait pour un gouvernement national sioniste élargi, qui inclurait probablement le Likud et son leader Benjamin Netanyahu.

« Seul un vote en faveur d’Esprit sioniste garantira un gouvernement national sioniste large », a annoncé Shaked, qui est ministre de l’Intérieur, aux militants réunis à Kfar Maccabiah à Ramat Gan, ajoutant que « le gouvernement israélien ne peut pas compter sur un parti arabe ».

Le ministre des Communications, Hendel, qui s’était fermement opposé à tout partenariat avec Netanyahu au sein de la Knesset sortante, a déclaré qu’un « gouvernement d’unité » couvrirait l’ensemble du spectre politique du Likud à la gauche.

« Je le dis d’une voix claire avant les élections : [nous voulons] un gouvernement qui sera composé du Likud et du centre-gauche. Il n’y a pas d’autre solution. Dans ce gouvernement, nous avons appris que l’exclusion de la moitié des gens mène à l’instabilité », a déclaré Hendel, affirmant qu’Esprit sioniste fera pression pour un gouvernement d’unité.

Shaked et Hendel ont tous deux contribué à diriger la coalition la plus diversifiée d’Israël tout au long d’une année mouvementée, au cours de laquelle cette expérience politique a réuni huit partis de droite, de gauche, du centre et des milieux politiques arabes avec la promesse d’évincer le Premier ministre de longue date, Netanyahu. Cette coalition a fini par succomber en raison de divisions idéologiques sur les questions de sécurité et de nationalisme.

Derech Eretz faisait auparavant partie de Tikva Hadasha, et son unification avec Yamina s’opère en amont des élections du 1er novembre, fixées après que le leader de Yamina et Premier ministre d’alors Naftali Bennett a dissous son gouvernement en juin dernier.

Zvi Hauser, qui a fondé le parti Derech Eretz avec Hendel, rejoindra également l’alliance, mais est resté discret lors de la cérémonie de lancement.

La question principale qui se pose pour les prochaines élections est de savoir s’il faut ou non soutenir le très populaire mais très clivant Netanyahu au poste de Premier ministre. Au lendemain des dernières élections, Yamina avait refusé de s’engager à soutenir Netanyahu ou un gouvernement alternatif, ce qui avait permis à Bennett à la faveur d’un accord de devenir Premier ministre pendant un an, bien qu’ayant été à l’époque à la tête de l’un des plus petits partis de la Knesset.

Si Esprit sioniste parvient à franchir le seuil électoral de quatre sièges à la Knesset, il pourrait se retrouver dans une position similaire, avec la possibilité de faire pencher la balance en faveur d’une coalition dirigée par le Likud. Cependant, Yamina se situait bien en deçà du seuil de 3,25 % dans plusieurs sondages récents ; l’alliance de Shaked avec Hendel espère donc parvenir à relancer leurs chances respectives.

Ayelet Shaked (Yamina) et Yoaz Hendel (Derech Eretz) fusionnent leurs partis pour former le parti Esprit sioniste, 27 juillet 2022 (Crédit : Ariel Zandberg)

Hendel a noté que le soutien à un gouvernement dirigé par Netanyahu était conditionné par la possibilité d’inclure dans la coalition des éléments de centre-gauche, dont un grand nombre a hésité à coopérer avec Netanyahu en raison de ses problèmes avec la justice.

« Nous sommes catégoriquement opposés à un gouvernement Netanyahu étroit dans lequel ils ne s’occuperont que de ce qui est bon pour lui. Nous sommes catégoriquement opposés à un gouvernement de gauche étroit avec le parti de la Liste arabe unie [majoritaire dans l’opposition] et des éléments extrémistes », a poursuivi Hendel.

Hendel et Shaked arrivent tous deux avec leur bagage politique. Hendel et Hauser, qui avaient précédemment rejoint Tikva Hadasha, ont été exclus lors du nouvel accord de ce parti avec le parti Kakhol lavan de Benny Gantz au début du mois.

Shaked apporte sa contribution à un parti qui est passé de sept mandats en mars 2021 à seulement deux, après avoir frustré une grande partie de sa base avec ses choix post-électoraux.

Elle a fait des avances à sa base pour rétablir son rôle important dans le 36e gouvernement israélien, en disant que son intention avait été de stabiliser le pays après quatre élections consécutives depuis 2019, mais qu’elle a réalisé qu’elle avait fait une erreur.

« Je souhaiterais faire un examen de conscience avec la population qui m’a élue. Je sais que beaucoup d’entre vous ont été blessés », a-t-elle déclaré, ajoutant que « nous voulions éviter la folie d’une cinquième élection. Nous avons réfléchi à ce qui est le mieux pour l’État d’Israël à ce stade. »

« En même temps, rétrospectivement, la démarche a échoué et un gouvernement étroit n’a pas été en mesure de créer une stabilité gouvernementale », a-t-elle poursuivi, affirmant que le gouvernement manquait à la fois d’esprit sioniste et ne pouvait pas, à l’avenir, compter sur les voix des parlementaires arabes.

« L’entreprise sioniste ne peut pas dépendre de ce que font les représentants élus de la population arabe en Israël », a-t-elle ajouté.

Le Premier ministre par intérim Yair Lapid, au centre, s’entretient avec le chef du parti Raam, Mansour Abbas, avant le vote du projet de loi visant à dissoudre la Knesset, le 30 juin 2022. (Crédit : Ariel Schalit/AP)

Le parti Yamina de Bennett et Shaked a cultivé une base de droite, nationaliste, pro-implantations et pro-état juif, mais a fait des compromis sur nombre de ses principes pour diriger la coalition. Nombre de ses partisans se sont sentis trahis par la décision de Yamina de diriger un gouvernement comprenant un parti arabe islamiste, Raam, et plusieurs partenaires politiques de gauche.

La coalition dirigée par Bennett et Lapid a fini par s’effondrer sur des questions idéologiques, marquées par la défection des membres de Yamina, Idit Silman, qui a déclenché la crise en avril, et Nir Orbach, qui a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase en juin. Parallèlement, les députés arabes du Raam et du parti de gauche Meretz ont enfreint la discipline de la coalition pour faire obstacle à des réglementations essentielles liées à la sécurité, aux Palestiniens et à la Cisjordanie.

En déclarant qu’elle ne formera pas un gouvernement dépendant des députés arabes pour atteindre une majorité de 61 sièges, Shaked fait écho aux déclarations faites cette semaine par l’ancien partenaire politique de Hendel, Gideon Saar.

Le nouveau parti Esprit sioniste n’a pas encore annoncé sa liste complète de législateurs, mais Matan Kahana de Yamina n’était pas présent à la conférence de presse. Une source proche de Kahana a déclaré que son adhésion était encore sujette à débat, mais qu’il pourrait prendre la troisième place sur la liste d’Esprit religieux, ou s’aligner avec Kakhol lavan – Tikva Hadasha.

Hendel est un ancien porte-parole de Netanyahu, qui a depuis été député de Kakhol lavan, de Derech Eretz et de Tikva Hadasha, avant de se rallier à Shaked.

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