Sharon Alroy-Preis: Écoles et bureaux ouverts ? « Ce n’est pas un confinement »
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Sharon Alroy-Preis: Écoles et bureaux ouverts ? « Ce n’est pas un confinement »

De leur côté, les commerçants déplorent des limitations trop strictes et ajoutent qu'ils les défieront : "Nous sommes méprisés, nous les mépriserons"

Des magasins fermés au centre commercial Azrieli de Tel Aviv, le 27 décembre 2020. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)
Des magasins fermés au centre commercial Azrieli de Tel Aviv, le 27 décembre 2020. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Alors qu’Israël est entré, dimanche, dans son troisième confinement national, une éminente responsable du ministère de la Santé a affirmé que les nouvelles restrictions ne constituaient pas précisément un confinement dans la mesure où les Israéliens continueront à se rendre au bureau et dans les écoles.

Les commerçants, pour leur part, ont menacé de braver ouvertement l’ordre qui leur a été donné de baisser le rideau – en évoquant leurs difficultés financières.

Le confinement est entré en vigueur dimanche à 17 heures. Même s’il ne devrait durer a priori que deux semaines – il pourra toutefois être prolongé si nécessaire – les responsables de la Santé ont d’ores et déjà averti qu’il s’étendra probablement sur un mois. Le nombre de nouveaux cas quotidiens de coronavirus, au sein de l’Etat juif, a fortement augmenté ces dernières semaines, dépassant les 3 000 par jour au cours de la plus grande partie de la semaine dernière.

Les restrictions actuelles interdisent aux Israéliens de se rendre les uns chez les autres. Il leur est aussi interdit de dépasser un périmètre d’un kilomètre autour de leurs habitations avec des exceptions – parmi lesquelles se faire vacciner. Les commerces sont fermés, sauf ceux qui vendent des produits dits « essentiels » ; les structures de loisirs et autres divertissements baisseront le rideau ; les transports publics sont réduits à 50 % de leurs capacités et les lieux de travail qui n’accueillent pas le public fonctionnent également à une capacité de 50 %. Les amendes venant sanctionner la violation des règles seront de 500 shekels.

Les écoles restent, pour leur part, ouvertes.

Sharon Alroy-Preis, à la tête de la division des services de santé publique au sein du ministère de la Santé, a déclaré au cours d’un débat animé qui a eu lieu lundi à la Knesset que ces restrictions ne s’apparentaient pas véritablement à un confinement.

Elle a eu une discussion féroce avec l’épidémiologiste Hagai Levine, qui a conseillé plusieurs commissions au Parlement et qui a écrit sur Twitter, dimanche, que le ministère de la Santé ignorait les répercussions sanitaires négatives induites par un confinement – une publication qu’il concluait en disant que la fermeture du pays ne pouvait entraîner que « plus de dégâts que de bénéfices pour le public ».

Sharon Alroy-Preis. (Autorisation)

Lors d’une réunion de la commission de la Constitution, du droit et de la Justice, Alroy-Preis a répondu à Levine que les prévisions faites par le ministère de la Santé sur le taux d’augmentation des cas de coronavirus s’étaient révélées être exactes.

Mais, a-t-elle ajouté, « nous utilisons le mot ‘confinement’ même si ce n’en n’est pas un, que les gens vont aller au travail et les enfants dans les écoles. Il ne s’agit donc pas d’un confinement à proprement parler. Il y a des mesures qui peuvent être suffisamment strictes, ou pas suffisamment, pour faire baisser le nombre d’infections de manière significative ».

« Tout ce qu’on pourra dire d’autre, ce ne sont que des paroles prononcées par des personnes qui peuvent se présenter comme conseillers mais qui, en fin de compte, n’auront aucune responsabilité à assumer dans cette crise », a-t-elle continué.

‘Je ne peux plus me permettre de fermer encore une fois’

Par ailleurs, les médias ont indiqué que les commerçants et autres entreprises étaient de plus en plus nombreux à vouloir défier les mesures de fermeture qui leur sont imposées, évoquant leurs difficultés financières après les confinements de l’année dernière.

« Je pense qu’un grand nombre vont aller travailler », a commenté Dudu Kadosh, coiffeur à Beer Sheva, devant les caméras de la chaîne Kan. « Le fait est qu’il n’y a tout simplement aucun autre choix. On nous méprise ? On les méprisera aussi », a-t-il ajouté.

Danielle Barak, propriétaire d’un magasin de prêt-à-porter à Kiryat Bialik, a confié à Kan qu’elle ne savait plus si elle parviendrait à survivre financièrement avec de fortes dettes accumulées et un revenu à zéro. « Je ne vois aucune lumière au bout du tunnel, je ne vois pas comment survivre », a-t-elle déclaré.

« Je ne peux tout simplement pas me permettre de fermer encore une fois », a noté Ella Eiton, qui possède une salle de Pilates, s’adressant à un journaliste de la Douzième chaîne. « Il faut que je gagne ma vie. C’est un droit fondamental et je ne peux pas me permettre d’y renoncer. Je perds des clients à chaque confinement, et je repars ensuite toujours de plus bas. Il m’est impossible, aujourd’hui, d’aller plus bas : nous avons déjà énormément réduit les activités, ce qui signifie que mes revenus en subiront les répercussions même quand nous pourrons rouvrir ».

Elle a ajouté que garder sa structure ouverte était nécessaire pour certains de ses clients, qui sont en cours de rééducation suite à des blessures ou à des interventions chirurgicales, précisant que leur état de santé avait tendance à se détériorer en cas d’interruption de leurs activités.

La Treizième chaîne a annoncé que des représentants des commerçants devaient rencontrer le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans la journée de mardi. Ils devraient demander au Premier ministre de s’assurer que les restrictions ne dureront pas plus de deux semaines.

Les embouteillages sur l’autoroute Ayalon de Tel Aviv, alors qu’Israël entre dans son troisième confinement national pour tenter d’empêcher la circulation du coronavirus, le 27 décembre 2020. (Crédit : Avshalom Sassoni/FLASH90)

Le gouvernement subit des pressions pour raccourcir le confinement et un chiffre déterminant pourrait aider dans une telle décision – celui du nombre de reproduction de base, qui représente le nombre moyen de personnes infectées par chaque porteur du coronavirus.

Ce nombre est resté stable pendant le week-end après avoir augmenté de manière continue au cours des dernières semaines, ce qui laisse espérer que, si cette tendance persiste dans le temps, le confinement pourrait être moins long que prévu.

Le ministère de la Santé Yuli Edelstein a condamné, dimanche, les députés de la Knesset qui ont voté en faveur de l’ouverture de tous les établissements scolaires au cours de ce troisième confinement, expliquant que cette décision n’aurait comme unique conséquence que de prolonger le confinement national.

Selon les mesures qui avaient été proposées par le gouvernement, les écoles maternelles, les classes de CP au CM1 et celles de Première et Terminale devaient se rendre en cours sans aucun changement, les classes du CM2 à la Seconde reprenant, pour leur part, l’enseignement à distance. Des dispositions qui ont été rejetées dimanche par la commission de l’Education, qui a ainsi renvoyé tous les élèves dans les salles de classe.

Edelstein a déclaré que « la décision lamentable d’autoriser la reprise des cours pour toutes les classes est une décision qui entraînera très certainement une prolongation du confinement ».

Des élèves israéliens portant le masque retournent au lycée à Tel Aviv, le 6 décembre 2020. (Crédit :Avshalom Sassoni/Flash90)

Pendant le confinement, les forces de sécurité dresseront des centaines de postes de contrôle sur les autoroutes de tout le pays. Des informations parues dans les médias israéliens ont indiqué que la présence de la police, sur les routes, serait sporadique pendant la journée et renforcée la nuit.

6 000 agents seront chargés de faire appliquer les directives sur tout le territoire de l’Etat juif.

« Les confinements sauvent des vies », a commenté dimanche le responsable de la lutte contre le coronavirus Nachman Ash, peu avant le début du confinement.

« Nous sommes dans une course entre la morbidité croissante et les vaccins », a ajouté Ash. « La campagne d’immunisation se déroule exceptionnellement bien. Nous sommes parvenus à vacciner presque
300 000 personnes et, en même temps, les vaccins se déploient en Israël conformément au plan qui a été mis en place – et nous allons en recevoir encore davantage au cours des prochaines semaines », a-t-il continué.

Les responsables de la Santé ont, pour leur part, fait part de leur optimisme, expliquant que ce confinement serait le dernier alors que la nation accélère sa campagne de vaccination.

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